Faut-il avoir peur du virus Zika ? L'avis d'un spécialiste après l'infection d'une femme dans le Var

Bien-être

INÉDIT - Le premier cas autochtone de Zika en France métropolitaine vient d'être diagnostiqué chez une femme. Cette infection marque-t-elle un tournant dans la propagation du virus sur le territoire ? Nous avons posé nos questions à Arnaud Fontanet, directeur de l’unité d’épidémiologie des maladies émergentes à l'Institut Pasteur.

Le diagnostic est tombé "la semaine dernière", selon l'Agence régionale de santé (ARS) du Var. Dans un communiqué, elle rapporte qu'une femme a été infectée par le virus Zika à Hyères. Elle serait ainsi le premier cas autochtone de la maladie jamais observé en France métropolitaine. Prise en charge par son médecin traitant, elle se porte désormais bien.

S'agissant de Zika, seuls des cas dits "importés" avaient jusque-là été rapportés. Il s'agissait donc de personnes qui se rendaient dans des zones où le virus circulait, se faisaient infecter sur place et déclaraient la maladie une fois rentrées en France. Dans ce cas-ci, la patiente a été infectée à partir d’un moustique présent sur le territoire français. Doit-on s'inquiéter de ce nouveau mode de transmission ? Faut-il s'attendre à une vague d'infections ? Arnaud Fontanet, directeur de l’unité d’épidémiologie des maladies émergentes à l'Institut Pasteur, répond à nos questions.

Doit-on s'inquiéter de ce premier cas autochtone ?

Arnaud Fontanet : Il faut savoir que Zika est dans la majorité des cas une maladie bénigne. Elle est même le plus souvent asymptomatique, les personnes contractant l’infection ne s'en rendant même pas compte. Dans de rares cas cependant, il peut y avoir de graves complications, comme des syndromes de Guillain-Barré chez l'adulte, ou, chez les enfants nés de mères qui ont été infectées pendant la grossesse, des anomalies neurologiques congénitales, comme des microcéphalies. Ces enfants naissent avec une petite tête en raison d'un retard de développement du cerveau.

Le coupable, nous le connaissons très vraisemblablement : il s'agit du moustique tigre, ou aedes albopictus. Je ne vois pas quel autre type de moustique pourrait transmettre Zika dans ce coin-là. Jusqu’à présent, nous avions pu montrer dans des travaux effectués en laboratoire à l’Institut Pasteur que cet insecte pouvait être infecté par le virus Zika et éventuellement le retransmettre. Malgré tout, nos observations ont montré qu'il n'était pas un vecteur très efficace de la maladie. Grâce à ce cas rapporté, nous savons néanmoins maintenant qu’aedes albopictus est capable de transmettre Zika dans des conditions naturelles. Mais, si des flambées de transmission on été observées par le passé aux Antilles ou encore en Amérique latine entre 2015 et 2016, il est important de noter que la densité de moustiques en France métropolitaine est beaucoup moins forte qu’en milieu tropical. Donc non, il n'y a pas vraiment de raison de s’inquiéter. 

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Cela représente-t-il un tournant dans la propagation du virus en France métropolitaine ?

Arnaud Fontanet : Je ne dirais pas qu'il s'agit d'un tournant, car il a pu y avoir des cas asymptomatiques dans le passé. Il est aussi possible que des gens qui ont été infectés et ont contracté une éruption cutanée n'aient pas consulté, en pensant peut-être qu’ils avaient fait une allergie, ou que certains médecins évoquent eux-mêmes une allergie. Ce n’est pas un tournant mais cela rappelle qu'il est important, pour le corps médical, de penser au virus Zika devant des symptômes évocateurs, qui sont dans 90% des signes cutanées et possiblement un peu de fièvre.

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Que faire pour éviter la propagation du virus ?

Arnaud Fontanet : Il est possible qu'il y ait encore des cas secondaires dans la zone où a été infectée cette femme, si le moustique qui l'a piqué a également piqué d'autres personnes qui ont elles aussi pu transmettre le virus à d'autres moustiques. Mais, comme pour les cas autochtones de dengue et de chikungunya dans le sud de la France, des campagnes de démoustications ont ou vont avoir lieu dans la région, ce qui devrait endiguer tout risque. Le moustique tigre est en effet un moustique qui ne vole pas très loin, sur un rayon de 150 mètres environ. Une surveillance des populations va aussi être opérée pour s’assurer qu’il n’y a pas d’autre cas.

Pour limiter la propagation des moustiques, et donc le risque d'être infecté, il est conseillé d'éliminer toute source d'eau stagnante qui peut constituer un gîte aux larves de ces insectes. Les gens peuvent aussi se protéger en portant des vêtements longs et amples, ainsi qu'en utilisant éventuellement des répulsifs.

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