Pourquoi les garçons devraient eux aussi être vaccinés contre les papillomavirus

Pourquoi les garçons devraient eux aussi être vaccinés contre les papillomavirus

Bien-être
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RECOMMANDATION - Faire vacciner les garçons contre les papillomavirus humains, responsables de milliers de cancers chaque année en France, c'est ce que propose dans son livre blanc la Ligue contre le cancer. Plusieurs pays, dont la Suisse et l'Australie, ont déjà mis en place cette vaccination, avec des résultats très positifs.

A l'occasion de ses premiers Etats généraux de prévention des cancers, la Ligue contre le cancer a publié mercredi 21 novembre un livre blanc contenant onze recommandations. Les citoyens, chercheurs et experts qui ont été consultés pour les formuler évoquent ainsi, entre autres, la nécessité de vacciner les garçons aux papillomavirus humains en plus des filles. Egalement appelés HPV, ces virus sont sexuellement transmissibles et responsables chaque année de 4.200 nouveaux cancers anaux-génitaux (col de l'utérus, vagin, vulve, anus) et de 1.450 cancers ORL (gorge, bouche).


Nous avons demandé à Emmanuel Ricard, délégué à la prévention de la Ligue contre le cancer et Véronique Chabernaud, oncologue et consultante en santé, quelle était l'utilité d'une telle préconisation.

Unis pour une même cause

"L’idée de faire vacciner les filles au départ, explique Véronique Chabernaud, c’est pour les protéger du cancer du col utérin". Celui-ci touche, chaque année, près de 3.000 femmes et cause environ 1.100 décès en France. "Mais si l’on adhère à l’hypothèse vaccinale et à son efficacité, il n’y a pas de raison de ne pas vacciner les garçons puisque les HPV se transmettent lors de rapports sexuels. Donc, les deux sexes sont concernés." D'autant qu'en 2015, sur les 6.300 cancers qui étaient attribués aux HPV, près d'un tiers concernait les hommes avec 1060 cancers de l'oropharynx, 360 cancers de l'anus et plus de 300 cancers de la cavité orale, du larynx et du pénis. Dans sa notice, le Gardasil 9 assure protéger à 90% des souches responsables des lésions anormales et précancéreuses de l’anus, des cancer de l’anus et verrues génitales.


À l'heure actuelle, le Haut conseil de la santé publique préconise la vaccination seulement pour les hommes ayant des rapports avec les hommes, jusqu’à l’âge de 26 ans. Des prérogatives, qui, selon Emmanuel Ricard, rendent les recommandations "difficilement applicables". "Il est assez rare que les jeunes garçons se revendiquent homosexuels de façon identitaire à un jeune âge, et ils n'en parlent pas toujours à leur médecin." Ainsi, dans la dernière enquête sur le contexte de

la sexualité en France, réalisée en 2006, 3,4 % des répondants âgés de moins de 25 ans déclaraient avoir eu une expérience sexuelle avec un homme au cours de leur vie, mais 1,2 % s’identifiaient homosexuels.


Pour lui, la vaccination de tous les garçons au même âge que celui recommandé aux filles, entre 11 et 14 ans, permettrait non seulement de réduire le nombre de cancers qui touchent les hommes, mais aussi de renforcer la protection des femmes. "On aurait une maximisation des effets de la vaccination puisque la probabilité de rencontrer le virus sera amoindrie", explique-t-il.

Des résultats déjà probants

En Australie, les garçons sont vaccinés depuis 2013 dans le cadre d'une campagne de vaccination. Les filles, depuis 2007. Avec un taux de couverture vaccinale de près de 80% chez les Australiennes et de 75% chez les Australiens de 15 ans, le pays est désormais en passe de devenir l'un des premiers à avoir éradiqué le cancer du col de l'utérus. L'Autriche, la Suisse, les Etats-Unis et le Canada proposent aussi la vaccination aux garçons.


En France, à peine 20% des femmes sont vaccinées. Et ce malgré les campagnes publiques menées depuis le lancement du vaccin, le Gardasil, en 2006. Bien que gratuit, il subit en grande partie la méfiance du grand public concernant de possibles effets secondaires.

La vaccination des garçons, tout comme les autres propositions, a été transmise à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. La Ligue contre le cancer espère, si cette mesure est acceptée, la voir entrer en application courant 2019.

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