Abus de "gaz hilarant" : des sénateurs veulent interdire sa vente aux mineurs

Abus de "gaz hilarant" : des sénateurs veulent interdire sa vente aux mineurs
Bien-être

DROGUE - Le protoxyde d'azote, couramment appelé "proto", va-t-il bientôt faire l'objet d'une loi ? C'est ce que vont proposer cette semaine des sénateurs, alors que ce gaz hilarant, qui peut provoquer brûlures, perte de connaissance ou asphyxie, est très répandu chez les jeunes.

Meilleur allié des chantilly aériennes, le protoxyde d'azote, gaz utilisé dans les siphons de cuisine, est de plus en plus détourné de son usage culinaire par les jeunes pour ses effets euphorisants. Au point que des sénateurs veulent légiférer. Une proposition de loi à l'initiative de la centriste Valérie Létard et de sept autres sénateurs du Nord, département particulièrement touché par cette pratique en nette augmentation, sera ainsi à l'ordre du jour du Sénat, mercredi. Elle sera examinée lors d'une "niche" du groupe Union centriste, mais elle a été co-signée par une centaine d'élus de tous bords.

"Nous sommes au début d'un phénomène qui risque de se répandre", souligne auprès de l'AFP Valérie Létard, qui plaide pour la mise en place d'un "arsenal législatif pour limiter les dérives, même si on sait que ce n'est pas parfait". Très facilement accessible dans le commerce, le protoxyde d'azote, ou encore "proto", se vend sous forme de cartouches de siphon à chantilly. Il est aussi utilisé en milieu hospitalier pour ses propriétés anesthésiques et anti-douleur, où il est connu sous le nom de gaz hilarant.

25 signalements en France en 2019, 30 morts en Grande-Bretagne depuis 2001

Dans son usage détourné, le gaz que contiennent les cartouches est déversé dans un ballon de baudruche et quelques inspirations provoquent un fou rire irrépressible. Il y a 15 jours, les autorités sanitaires se sont alarmées d'une "augmentation des cas de troubles neurologiques graves" liés à un usage "récréatif" du gaz hilarant. Depuis le début de l'année, "25 signalements d'effets sanitaires sévères" ont été enregistrés, dont 10 cas "graves avec des séquelles pour certains", comme des paralysies des membres à des degrés divers. Huit de ces cas graves ont été recensés dans les Hauts-de-France.

En Grande-Bretagne, où le phénomène est plus ancien, "plus de 30 morts ont été enregistrés depuis 2001", souligne Mme Létard. Pour le président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie, Nicolas Prisse, "il est urgent de débanaliser cet usage qui, depuis deux ans, touche de plus en plus de jeunes qui n'ont pas conscience des risques encourus". "Il faut en finir avec la notion de gaz hilarant, car ses effets sur la santé n'ont pas de quoi faire rire", souligne aussi la rapporteure du texte, Jocelyne Guidez (centriste).

La mesure phare est l'interdiction de la vente de ce gaz aux mineurs, y compris sur les sites de commerce en ligne. Les industriels auraient en outre l'obligation d'indiquer sur l'emballage la dangerosité du produit. La proposition de loi adoptée en commission prévoit aussi de pénaliser l'incitation d'un mineur à faire un usage détourné d'un produit de consommation courante pour en obtenir des effets psychoactifs.

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Un risque de brûlures et de perte de connaissance

Aujourd'hui, les cartouches sont vendues sans aucune restriction, dans les grandes surfaces comme sur internet. Un site de vente en ligne propose sur la même page les accessoires ad hoc: ballons ou même une bouteille de gaz hilarant pour "un gonflement plus rapide des ballons", qui sont "offerts". L'alerte a été donnée par l'Association des maires du Nord, raconte Valérie Létard. Le "premier signal" a été le nombre grandissant de capsules métalliques vides retrouvées sur la voie publique. À Loos, commune limitrophe de Lille, ce sont 100 kg de ces cartouches qui sont ramassées chaque mois.

L'Observatoire français des drogues et des toxicomanies a identifié une utilisation festive, notamment dans les "soirées étudiantes". Mais les élus pointent aussi une consommation chez les jeunes ados, lycéens voire collégiens. D'où la crainte que le gaz hilarant soit "une porte d'entrée dans les consommations addictives". Parmi les risques immédiats encourus, les autorités sanitaires citent les brûlures par le froid à l'expulsion du gaz, des pertes de connaissance ou encore une asphyxie par manque d'oxygène. Une utilisation régulière ou à forte dose peut entraîner "atteinte de la moelle épinière, carence en vitamine B12, anémie et troubles psychiques".

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