Vers marins : ces petites bêtes vont sauver beaucoup de vies grâce aux étonnants pouvoirs de leur sang

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VERS LE FUTUR - Oui, les vers marins ont d'autres utilités que de faire de petites crottes en tire-bouchon sur la plage et servir de repas aux poissons. Autrement appelés Arenicola marina, ils sont actuellement élevés par une start-up du Finistère pour leur sang, capable de fixer 40 fois plus l'oxygène que le nôtre. Un avantage énorme pour les greffes, notamment.

Depuis son lancement en 2007, la start-up cumule les récompenses. Hemarina est l’œuvre du docteur en biologie marine et ex-chercheur au CNRS Franck Zal. Au fil de 14 ans de recherches sur les relations entre la structure et la fonction des pigments respiratoires marins, il a découvert les propriétés incroyables des vers marins, ou Arenicola marina, dont on trouve les tortillons sur nos plages.


Ces animaux, qu’il élève sur treize hectares à Morlaix, dans le Finistère, sont capables de stocker dans leur sang quarante fois plus d’oxygène que les humains. Mieux encore, ces vers sont des donneurs de sang universels, rapporte L’Usine Nouvelle. De la greffe d’organes à la cicatrisation des plaies, ils pourraient prochainement jouer un rôle très important dans la médecine du XXIe siècle.

Des greffons mieux conservées, des patients mieux traités

Force de persévérance et de recherches, Franck Zal a mis au point une solution à base d’eau, de sel, de chéloïde et de vers marins destinée à la conservation des organes. Baptisée Hemo2Life, elle permet d’oxygéner le greffon de son prélèvement à sa greffe afin qu’il ne subisse ni lésions, ni dysfonctionnement qui favorisent le rejet aigu. "Du coup, au lieu de n’avoir que 4 à 8 heures pour une paire de poumons par exemple, l’équipe médicale dispose de 48 heures, ce qui réduit la course effrénée à la greffe", explique le biologiste à L’Usine Nouvelle.


Le nombre de greffons de mauvaise qualité parce que mal conservés, et qui mettent en danger la vie des patients, devrait donc réduire considérablement, tandis que le taux d'acceptation devrait être amélioré. Grâce à une plus longue conservation rendue possible, la solution pourrait d'autre part aider à mieux gérer médicalement l’attribution de l’organe. En 2009, près de 250 personnes sont décédées par manque de greffons en France sur 14.400 patients inscrits sur liste d’attente. 

Des essais déjà concluants

En juin, l’entreprise a validé un premier essai de cette solution auprès de soixante patients pris en charge dans six centres français de transplantation pour une greffe de rein. Pour sa huitième et dernière greffe totale du visage, réalisée à l’hôpital européen Georges Pompidou en janvier dernier, le professeur Lantieri a lui aussi évalué l’efficacité de la solution d’Hemarina. Il s’était écoulé quatre heures entre le moment où le sang, et donc l’oxygène, n’a plus circulé dans les tissus prélevés et le rétablissement de la circulation sanguine lors de la greffe. Le résultat avait été salué par le chirurgien. La solution, qui pourrait selon son inventeur faire augmenter le nombre de greffes réalisées chaque année dans le monde de 100.000 à 250.000, devrait être commercialisée courant 2019.

D'autres application en développement

Au-delà de cette application, Hemarina souhaite aussi développer d'autres formules utiles à la médecine. Un pansement universel, destiné à la cicatrisation des plaies des malades du diabète ou encore des escarres, est ainsi en cours de création. À base d'une solution de vers marins, il permettrait d'apporter l'oxygène manquant aux blessures pour enclencher le processus de cicatrisation. Une autre formule, appelée HEMOXYCarrier, a été développée pour restaurer une oxygénation optimale dans l’organisme après un accident, sans effets secondaires induits par les produits utilisés actuellement, comme la vasoconstriction. Il permettrait ainsi de mieux traiter l’infarctus du myocarde ou l’accident vasculaire cérébral, causés par l'obstruction d'une artère par un caillot.

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