Homéopathie, maux de tête, verrues... L'effet placebo, quand et comment ça marche ?

Bien-être
EFFET D'ESPRIT - L'effet placebo fascine autant qu'il divise. En homéopathie comme pour le traitement des maux de tête ou des verrues, son action est évoquée, parfois prouvée scientifiquement. France Haour, directeur de recherche Inserm honoraire et psychothérapeute EMDR, nous explique de quoi il s'agit, comment il fonctionne et dans quels cas.

Ce qui avait fuité mercredi dans la presse se confirme. La Haute Autorité de Santé (HAS) a annoncé ce vendredi, dans un avis rendu public, qu'elle se prononçait contre le remboursement de l'homéopathie par la Sécurité sociale car son "efficacité" est "insuffisante". Le choix du gouvernement est désormais attendu. Mais la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a déjà affirmé à plusieurs reprises qu'elle suivrait l'avis de la HAS pour la décision finale. 


Depuis son invention à la fin du XVIIIe siècle par un médecin allemande, l'efficacité de ce type de médication a toujours fait débat. Dilué à l'extrême, le principe actif de ces petits granules blancs fait-il toujours effet ? Ou n'est-ce qu'un placebo que la Sécurité sociale rembourse - jusqu'ici tout du moins - au même titre qu'un médicament ? Comme l'homéopathie, en laquelle 77% des Français ont confiance, de nombreux traitements et astuces de grand-mère ont fait leurs preuves au travers les âges. Une dermatologue nous indiquait par exemple il y a peu que se frotter de la sève de pissenlit ou de l'ail sur une verrue pouvait parfois être plus efficace que de la brûler, affirmant que "l’effet placebo dans le traitement des verrues a été démontré".


 Pour en savoir plus sur cet effet placebo et savoir s'il existe vraiment, nous avons contacté France Haour, directeur de recherche Inserm honoraire et psychothérapeute EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), une thérapie qui utilise une stimulation sensorielle bi-alternée (droite-gauche) par mouvements oculaires. Elle est également auteure d'un article scientifique intitulé "Mécanismes de l'effet placebo et du conditionnement - Données neurobiologiques chez l'homme et l'animal", paru en 2005 dans Médecine Sciences.

Un effet décrit pour la première fois au début du siècle

"L'effet placebo existe bel et bien, chez l'humain comme l'animal", nous confirme la psychothérapeute. Ce phénomène se définit par l'effet thérapeutique obtenu par l'administration de comprimés, de liquides ou encore d'injections qui n'ont aucun effet spécifique sur la maladie à traiter, mais qui ont tout de même des répercussions biologiques ou comportementales chez le patient. Cet effet, utilisé dans toutes les médecines traditionnelles, n'a cependant été décrit scientifiquement pour la première fois qu'au début du siècle, lors des premiers essais thérapeutiques. "Nous nous sommes rendu compte à ce moment-là qu’en administrant un placebo, les mêmes résultats qu'avec un vrai médicament étaient observés."

Une efficacité particulière dans le cas de douleurs, de maladies de peau ou d'états psychiques

Si toutes les maladies sont sensibles à l'effet placebo, celui-ci est particulièrement efficace pour tout ce qui n'est pas biologiquement traumatique, comme le sont un cancer ou le diabète. Des résultats positifs sont par exemple observés dans 26 à 32% des maux de tête, tandis que son efficacité peut atteindre jusqu'à 90% pour d'autres types de douleurs. Les maladies de peau y sont aussi sensibles, ainsi que Parkinson. Cette dernière, qui provoque des manifestations physiques comme des tremblements ou encore des rigidités, se traite grâce à une administration de dopamine. Or, affirme le directeur de recherche Inserm, "il est avéré que si l'on donne à un patient un placebo au lieu d'une dose de dopamine, cela active la même région du cerveau que lors d'une réelle administration de dopamine". "L’idée même de guérison a un effet détectable au niveau cérébral."


L'effet placebo a également montré des résultats pour les états psychiques. Dans les essais cliniques concernant la dépression, environ 35% des patients ont vu leur état s'améliorer. "Certaines personnes affirment que ce que nous faisons, en tant que psychothérapeutes, relève du placebo. Moi je n’ai rien contre. C’est efficace et il y a des procédures qui peuvent tout à fait être placebo, en particulier celles où il y a beaucoup de rituels", note la spécialiste.

La conviction du patient nécessaire

En soit, explique France Haour, l'effet placebo fonctionne chez n'importe qui, mais de façon plus ou moins intense. "Je pense, sans être certaine, que les gens rationnels sont un peu moins sensibles que les autres", souligne-t-elle. "L'émotionnel et le rationnel entrent en jeu." Cette efficacité est en revanche conditionnée à la présence d'un médiateur en qui le patient peut avoir confiance (un proche, un médecin...). Le produit doit aussi avoir la couleur et la forme adéquate. "C'est une série de mesures qui sont de l’ordre de l’observation, du ressenti et du psychologique", indique la psychothérapeute. Pour l'homéopathie, qui, selon elle, fonctionne probablement de façon très majoritaire par effet placebo, son activité serait induite par sa délivrance par un pharmacien ou un "expert", mais aussi par le fait qu'il est remboursé, ce qui le place au rang des médicaments "nobles".


L'efficacité de l'effet placebo est aussi visible lors de l'absorption de médicaments. Ainsi, dans une méta-analyse incluant dix-neuf essais cliniques de médicaments antidépresseurs, l’effet placebo représenterait 75% de l’efficacité du traitement, "lorsqu'il est exprimé en pourcentage de l’effet réel de l’antidépresseur", indique la psychothérapeute. "Vous savez que vous avalez quelque chose qui est bon pour vous et qui vous a été prescrit par votre médecin, en qui vous avez confiance. Il y a tout un contexte qui fait que l’effet placebo s’additionne à l’effet du médicament. Si l'on ne croit pas vraiment en l’effet du médicament que l’on prend, il peut avoir un effet un peu inférieur à la normale."

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