Homéopathie : un rapport prône son déremboursement, de quoi sont vraiment composés les granules en question ?

Bien-être
DirectLCI
ZOOM - L'avis n'a pas encore été rendu officiellement, mais sa conclusion a été divulguée jeudi par Franceinfo. Selon le site d'information, la Haute autorité de santé est défavorable au remboursement de l'homéopathie. LCI revient sur l'invention de ce procédé ainsi que sur son processus de fabrication.

Le coup sera-t-il fatal pour l'homéopathie ? Alors que les Académies de médecine et de pharmacie réclamaient en mars la fin de son remboursement, la Haute autorité de santé s’apprête à en faire de même, selon les informations de Franceinfo qui a pu avoir accès jeudi 16 mai à son avis, officiellement attendu pour le mois de juin. Saisie au préalable par la directrice de la Sécurité sociale en mars, elle a étudié 1.200 médicaments homéopathiques avant de conclure que ces granules offrent un "service médical rendu insuffisant".


Mais sur quoi se fondent vraiment l'homéopathie ? Que contiennent ces granules ? Pourquoi certains sont persuadés de leurs effets, tandis que d'autres les réfutent formellement ? LCI s'est penché sur le sujet.

La naissance de l'homéopathie

Le principe de l'homéopathie a été découvert en 1796 par un médecin allemand, Samuel Hahnemann, à la suite d'une expérimentation sur sa propre personne. Considérant les vertus de l’écorce de quinquina, utilisée pour traiter la malaria, l'homme en prend pendant quelques jours des doses importantes. En peu de temps, il note sur lui tous les symptômes de la maladie et émet l’hypothèse qu’une substance qui provoque un symptôme peut être utilisée pour traiter ce même symptôme. La devise de l'homéopathie est née : "Que les semblables guérissent les semblables!" Ainsi, le coffea cruda, issu du café, devient par exemple un remède aux palpitations, à la nervosité et aux insomnies, elles-mêmes provoquées par une importante absorption de café.

Une dilution quasi-infinie

Pour faire profiter ses patients de cette découverte sans les mettre en danger, le médecin adopte un procédé de dilution graduelle de toute substance destinée à devenir un remède, ajouté à un processus d'agitation, autrement appelé "dynamisation", censé augmenter la puissance d'action du produit. Ainsi, une goutte de substance active issue de plantes, d'animaux ou de minéraux est mélangée à 99 gouttes de solvant, soit de l'eau alcoolisée. La solution est agitée, ce qui donne une solution 1 CH (CH pour dilution centésimale hahnemannienne), soit le degré de dilution premier. Si l'opération est répétée avec la solution obtenue, cela donne une solution 2 CH, et ainsi de suite. Une solution homéopathique peut être diluée jusqu'à 30 fois. Plus le CH est élevée, plus la solution est diluée. Une dilution de 13 CH correspond déjà à la dilution d'une goutte d'eau dans la totalité des océans de notre planète bleue. La solution finale est ensuite utilisée pour imbiber les fameux granules de sucre à conserver sous la langue.

On sait que ça agit, mais on ne sait pas comment.Michelle Boiron, administratrice des laboratoires Boiron

Cette dilution est le point qui crispe le plus les esprits. Comment, alors qu'il ne reste plus le moindre atome de l'ingrédient d'origine dans la plupart des remèdes homéopathiques, cela peut-il fonctionner ? Michelle Boiron, administratrice des laboratoires homéopathiques du même nom le reconnaît elle-même sur le site Lyon Mag en 2018 : "On sait que ça agit, mais on ne sait pas comment". Ainsi, alors que 77% des Français disent faire confiance à l'homéopathie, nul n'a encore pu expliquer comment ces médicaments fonctionnent, ni même s'ils fonctionnent. Ceux-ci sont, comme les médicaments, soumis à une autorisation de mise sur le marché pour prouver leur innocuité mais sont, à l'inverse de ces derniers, dispensés d'études cliniques visant à évaluer leur efficacité.


Des centaines d'études scientifiques ont cependant tenté de déterminer leur efficacité. Jusqu'à aujourd'hui, aucun consensus n'a été trouvé et leur effet placebo est souvent pointé du doigt. "J'aime bien le chocolat noir, ça me fait du bien quand je suis un peu déprimé, mais je ne demande pas à la sécurité sociale de le rembourser", lance ainsi un médecin généraliste interviewé pat TF1 sur le sujet. "Ce n'est pas parce qu'on ne connaît pas le mode d'action qu'il faut priver des millions de patients de cet atout que représente le médicament homéopathique", lance de son côté Valérie Poinsot, la directrice générale du laboratoire Boiron. La décision finale est désormais entre les mains de la HAS qui se prononcera, de façon officielle dans quelques semaines, pour ou contre le remboursement des granules.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter