Dépression, autisme... Les maladies psychiatriques dépistées avec "deux à huit ans de retard" : pourquoi de telles failles dans le diagnostic ?

Dépression, autisme... Les maladies psychiatriques dépistées avec "deux à huit ans de retard" : pourquoi de telles failles dans le diagnostic ?

Bien-être
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MÉDECINE - Victimes d'idées reçues et d'un manque de sensibilisation, les maladies psychiatriques ne sont souvent, en France, dépistées qu'au bout de plusieurs années. Une perte de temps préjudiciable au malade que dénonce le psychiatre et chef de service au CHU de Clermont-Ferrand Pierre-Michel Llorca.

En France, une personne sur cinq est touchée par une maladie psychiatrique. Qu'il s'agisse de dépression, d'autisme ou de troubles bipolaires ou alimentaires, ces pathologies nous concernent donc tous, de près ou de loin. Pourtant, elles sont encore loin d'être correctement diagnostiquées, entraînant aggravation des symptômes et isolement des personnes touchées. Ce retard, Pierre-Michel Llorca, psychiatre et chef de service au CHU de Clermont-Ferrand, en a fait l'un de ses combats. Déjà signataire en 2015 d'une tribune pour "lever le voile sur ces maladies taboues", il vient de co-publier avec la professeure Marion Leboyer "Psychiatrie : l'état d'urgence - 12 millions de Français concernés", dans lequel il aborde notamment la question du diagnostic tardif.

Plus on traite précocement, meilleur est le pronosticPierre-Michel Llorca, psychiatre

"On estime qu’entre l’apparition des premiers signes et la première mise en place d’un traitement, il peut s'écouler de deux à huit ans", explique Pierre-Michel Llorca à LCI. Pour lui, prendre en charge le plus tôt possible ce type de maladie, qui débute le plus souvent chez l'enfant ou le jeune adulte, est crucial. "Plus on traite précocement, meilleur est le pronostic. Il y a des données qui démontrent que le fonctionnement d'un cerveau, associé pendant longtemps à l’expression d’une pathologie, entraîne une altération durable et plus difficile à améliorer par les traitements", souligne-t-il. Si la personne malade souffre de plus de symptômes la poussant à s'isoler ou à avoir des comportements inappropriés, et qui plus est dans un moment où elle est en train de construire sa vie professionnelle et affective, les conséquences sociales peuvent d'autre part être désastreuses.

Des idées reçues qui n'aident en rien à un diagnostic précoce

Ce retard de diagnostic, qui peut avoir de lourdes conséquences pour le patient et réduire son espérance de vie de dix à vingt ans, peut s'expliquer de multiples façons, explique Pierre-Michel Llorca. Dans le cas de certaines maladies, comme la schizophrénie, les patients n'ont pas forcément conscience de leurs troubles et ne cherchent donc pas à se soigner. "Cet aspect est amplifié par le fait que les maladies mentales sont souvent très stigmatisées, donc les personnes touchées comme leur famille les voient comme quelque chose dont il ne faut pas parler", précise le professeur.


Selon une enquête réalisée par la Fondation FondaMental en 2014, les clichés au sujet de ces maladies sont en effet monnaie courante. 74% des personnes interrogées pensent que les malades mentaux sont dangereux pour eux-mêmes ou pour les autres, tandis que 54% estiment qu'ils doivent être assistés au quotidien. Enfin, 42% des répondants associent la maladie mentale à la folie.

Des professionnels insuffisamment formés

S'il est difficile, pour les malades, de prendre conscience de leurs symptômes et de les aborder avec un médecin, la réponse médicale ne serait d'autre part pas toujours à la hauteur. Selon Pierre-Michel Llorca, les professionnels de santé de première ligne, comme les généralistes, sont souvent insuffisamment sensibilisés au repérage de ces maladies. Le psychiatre raconte ainsi avoir reçu il y a peu un jeune homme atteint d'une maladie à qui on avait affirmé quatre ans plus tôt que ses troubles ne traduisaient qu'une "forme de crise d’adolescence un peu sévère".


Ce manque d'information, le gouvernement semble l'avoir entendu puisque le plan santé présenté en septembre par la ministre Agnès Buzyn prévoit une meilleure formation à la santé mentale pour les futurs médecins généralistes. "C’est une très bonne idée, se réjouit Pierre-Michel Llorca. Mais la question reste de savoir comment cela sera mis en œuvre, parce qu’ils ont déjà un cursus qui leur demande de repérer et d’identifier tout un tas de maladies diverses et variées."

Et, alors que ces maladies psychiatriques se manifestent pour la plupart à un jeune âge, la sensibilisation du personnel éducatif est, pour le psychiatre, un élément clé pour réduire le délai du diagnostic. "On peut penser qu’une représentation un peu différente des maladies mentales chez les professeurs pourrait contribuer à ce qu'ils deviennent, entre guillemets, des donneurs d’alerte".

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