L'armoise soignant à elle seule le paludisme ? Faux et dangereux, met en garde l'Académie de médecine

L'armoise soignant à elle seule le paludisme ? Faux et dangereux, met en garde l'Académie de médecine
Bien-être
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FAKE NEWS - L'Artemisia annua, ou armoise, est une plante bien connue pour prévenir et traiter le paludisme... quand elle est associée à des médicaments. Or une campagne de promotion, notamment orchestrée par une association française, tente de faire croire que son utilisation seule serait suffisante. De dangereuses allégations que dénonce l'Académie nationale de médecine dans un communiqué publié mardi.

L'Académie nationale de médecine tire la sonnette d'alarme. Face aux "dangers" de l'utilisation des feuilles séchées d'Artemisia pour le traitement et la prévention du paludisme, elle a publié mardi un communiqué mettant en garde "les autorités de santé, les populations des zones de transmission du paludisme, les voyageurs séjournant dans ces pays, face aux recommandations scientifiquement incertaines et irresponsables pour l’utilisation de cette phytothérapie".


L'artémisinine, la substance active issue de l'Artemisia annua, ou armoise, est effectivement recommandée pour traiter le paludisme en association avec d'autres médicaments à l'action plus prolongée. Mais l'utilisation de cette plante seule, en tisane ou sous forme de poudre en cure d'une semaine, une méthode notamment promue par l'association française La Maison de l'Artemisia, n'a aucune garantie d'efficacité, insistent les auteurs du communiqué. "De plus, cette monothérapie favorise l'émergence de souches [...] résistantes alors qu'aucune molécule n'est actuellement disponible pour remplacer l'artémisinine dans les CTA [combinaisons thérapeutiques à base d'artémisinine, ndlr.]", souligne-t-elle.

Campagne de promotion trompeuse et étude avec un "évident lien d'intérêt"

La société savante médicale demande d'autre part "que cesse une campagne de promotion organisée par des personnalités peut-être bien intentionnées mais incompétentes en paludologie". Elle vise principalement l'association française La Maison de l'Artemisia citée plus haut, qui impulse la plantation et la commercialisation de cette plante dans plusieurs pays d'Afrique où l'accès aux médicaments anti-paludéens est insuffisant. "Ces associations ont réussi à entraîner dans leur sillage des célébrités non médicales de tous horizons, à bénéficier d'une audition à l'Assemblée nationale et d'échos médiatiques qui s'amplifient depuis le début du mois de novembre", déplore l'Académie de médecine.


Les allégations portées au sujet de l'Artemisia se fondent principalement sur une étude publiée en décembre par la revue Phytomedicine, qui prétend démontrer la supériorité de l'Artemisia par rapport à un traitement classique "malgré un évident lien d’intérêts et de nombreuses insuffisances méthodologiques qui auraient dû entraîner un rejet de l’article par les relecteurs". Or, souligne l'Académie de médecine, le CTA n'a été donné aux patients, dans ces travaux comparatifs, que pendant trois jours et ne différencie pas les rechutes (patients pour qui le traitement n'a pas fonctionné) des réinfections (patients de nouveau piqués par un moustique infecté).

En 2017, 219 millions de cas de paludisme ont été déclarés dans le monde, principalement en Afrique subsaharienne et en Inde. 435.000 en sont décédées, selon l'OMS. Des chiffres qui ne diminuent plus depuis 2015. Pour lutter contre cette maladie, transmise par les moustiques, l'organisation recommande l'utilisation des moustiquaires, un diagnostic rapide et des traitements par CTA. 

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