La fluoration de l'eau préjudiciable au QI selon une étude controversée : le fluor est-il vraiment dangereux ?

Bien-être

CONTROVERSE - Le fluor altérerait-il notre quotient intellectuel ? C'est ce qu'insinue une récente et décriée étude canadienne. Depuis son apparition dans l'eau du robinet de certains pays et dans les dentifrices, l'oligo-élément est l'objet de nombreuses craintes. LCI a vérifié le bien-fondé de celles-ci.

Depuis les années 1950, du fluorure est ajouté à l'eau du robinet dans de nombreux pays industrialisés pour prévenir les caries dentaires. Selon une étude canadienne publiée ce lundi 19 août dans JAMA Pediatrics, cette disposition pourrait affecter le quotient intellectuel des enfants qui y auraient été exposés pendant la grossesse. Les chercheurs ont étudié le cas de 601 paires mère-enfant dans six villes canadiennes, dont 41% vivent dans des collectivités alimentées en eau municipale fluorée. Ils disent avoir constaté qu'une augmentation de 1 milligramme de l'apport en fluor chez la femme enceinte était associée à une baisse de 3,7 points de QI pour les garçons et les filles.

De nombreux experts ont déjà réagi à cette étude, considérant ses conclusions trop faibles et limitées pour être prises à la lettre. Malgré tout, la dangerosité, ou non, du fluor pose depuis longtemps question. Mais ces risques sont-ils vraiment réels ?

Des sources d'exposition multiples au fluor

Contrairement aux États-Unis ou au Canada, où a été menée l'étude en question, l'eau potable n'est pas supplémentée en fluor en France. Elle peut cependant en être naturellement riche, selon les régions. Selon l'Association dentaire française (ADF), 3,7% de la population française serait concernée. La réglementation limite cependant la présence de l'oligo-élément à 1,5 mg/L. L'eau en bouteille peut elle aussi représenter une source importante de fluor, la limite de qualité réglementaire maximale étant fixée depuis 2008 à 5 mg/L. Lorsque la teneur en fluor est supérieure à 1 mg/L, la mention "Fluorée", "Fluorurée", "Contient du fluor" ou "Contient des fluorures" doit cependant figurer sur l’étiquette. Si elle est supérieure à 1,5 mg/L, la mention "Contient plus de 1,5 mg/L de fluor : ne convient pas aux nourrissons et aux enfants de moins de 7 ans pour une consommation régulière" est obligatoire et la teneur en fluor doit être précisée.

Au-delà de l'eau et comme le soulignait en 2016 le documentaire "Fluor, un ami qui vous veut du mal" réalisé par Audrey Gloaguen et diffusé sur France 5, les sources de fluor sont dans notre société très diversifiées. Depuis les années 50, les dentifrices sont quasiment tous supplémentés en fluor, ce qui a permis une réduction drastique du nombre de caries chez les enfants, comme chez les adultes. Là encore, des seuils d'exposition ont été définis. Ainsi, jusqu'à temps que l'enfant sache cracher (à 2 ans environ), il est recommandé de ne lui brosser les dents qu'une fois par jour sans dentifrice. Après ce stade, et jusqu'à 3 ans, le brossage doit être effectué deux fois par jour avec un dentifrice fluoré entre 250 ppm (partie par million) et 600 ppm. Après 3 ans, la pâte à dents peut être dosée jusqu'à 1.000 ppm, et jusqu'à 1.500 ppm après 6 ans. Interviewé il y a quelques mois sur la problématique de la trop grande quantité de dentifrice généralement utilisée par les enfants, le chirurgien-dentiste Yassine Corbin nous indiquait qu'après avoir recraché un dentifrice fluoré à 1500 ppm, il ne reste qu'1 ppm en bouche, soit une quantité infinitésimale.

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En France, la commercialisation de sel supplémenté en fluor, à raison de  250 mg/kg de fluorures, est d'autre part autorisée depuis 1985. Cet apport doit être mentionné sur l'emballage. Si son utilisation n'est pas autorisée dans l'élaboration de plats industriels, elle l'est au sein des cantines depuis 1993. Selon l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), la dose moyenne de fluor absorbée par l’intermédiaire de sel fluoré lors des repas par un enfant après l'âge de deux ans (son alimentation étant avant cet âge très peu salée) est d'environ 0,25 mg/jour.

Les poissons de mer peuvent également contenir des quantités de fluor relativement importantes (de 1 à 3 mg/100 g), tout comme le thé (environ 0,5 à 1,5 mg/L).

Une surexposition aux risques essentiellement esthétiques

Le risque principal lié à l'ingestion excessive de fluor est la fluorose dentaire. Elle est due, rapporte l'ANSM, à un surdosage pendant plusieurs mois ou années, survenant lors de la période de minéralisation de la dentition. Capable de s'insérer dans la structure de la dent pour la renforcer, le cario-protecteur peut aussi la fragiliser. Un émail trop chargé en fluor devient poreux, ce qui entraîne l'apparition de taches blanches, puis brunes, qui caractérise la fluorose dentaire. Elle touche environ 2% des enfants en France. Selon Anne-Marie Musset, praticienne hospitalière à la faculté de chirurgie dentaire de Strasbourg interviewée dans le documentaire diffusé sur France 5, près de 80% des cas dans notre pays sont dus à l'ingestion de dentifrice à trop forte dose par les enfants.

D'après les calculs de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la dose à ne pas dépasser pour éviter tout risque de fluorose dentaire est de 0,05 mg/jour par kg de poids corporel, tous apports confondus, sans dépasser 1 mg/jour. Si, pour un adulte de 60 kg, le seuil semble difficile à atteindre, celui-ci l'est beaucoup moins chez les enfants. À 4 ans, un enfant (qui pèse environ 15 kilos) ne devrait pas ingérer plus de 0,75mg/jour. La vigilance doit donc être de mise quant à son alimentation et l'ingestion éventuelle de dentifrice. 

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La fluorose osseuse, qui rend les os cassants, est également citée parmi les risques liés à une trop forte exposition au fluor dans "Fluor, un ami qui vous veut du mal". Elle n'apparaît en revanche que dans des cas extrêmes, avec l’ingestion de doses très importantes (10 à 40 mg/jour). Des cas ont par exemple été décrits chez des ouvriers travaillant dans l’industrie de l’aluminium à la suite d’une exposition chronique à une eau très fluorée, indique l'ANSM. Si, l'OMS compte le fluor parmi les dix produits chimiques "qui posent un problème majeur de santé publique" en raison des risques de fluorose dentaire et osseuse après une exposition excessive prolongée, tout n'est finalement, et comme beaucoup d'autres substances réputées comme bénéfiques à notre santé (vitamine C, fer...), qu'une question de dosage.

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Le risque d'une baisse du nombre de points de QI chez des enfants exposés à de fortes doses de fluor pendant la grossesse n'a quant à lui jamais été clairement démontré, les méthodes employées dans les études étant régulièrement contestées. En 2013, Slate consacrait ainsi un article à une méta-analyse de 27 études tendant à prouver que la présence de fluor dans l'eau du robinet altérait le QI des enfants. Or, soulignait le média, 25 d'entre elles ont été menées en Chine, où la supplémentation en fluor de l'eau potable "est souvent très importante". L'exposition des enfants à d'autres toxiques, comme le plomb, n'était pas connue des auteurs, tout comme leur statut socio-économique et leur niveau d'éducation, ce qui peut également influer sur l'intelligence. Dans la dernière étude sur le sujet, parue lundi, JAMA Pediatric a pris l'inhabituelle précaution de faire paraître en parallèle une note précisant que la décision prise de publier l'article n'était "pas facile".

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