La mastectomie inutile pour prévenir le cancer du sein ? L'éclairage d'un spécialiste sur l'étude polémique

Bien-être
CONTROVERSE - Une étude scientifique fait couler beaucoup d'encre depuis sa publication. Des chercheurs néerlandais y affirment que l'ablation préventive des seins pour les femmes porteuses du gène BRCA, qui favorise le cancer du sein, ne permet pas toujours de gagner en espérance de vie. Des conclusions qui ont mis en colère certains oncologues flamands, mais qui ne surprennent en revanche pas Jean-Baptiste Méric, de l'Institut national du cancer.

Des milliers de femmes se seraient-elles fait opérer pour rien ? C'est en tout cas la façon dont des oncologues flamands interprètent une récente étude néerlandaise parue dans le journal Breast Cancer Research and Treatment. Menée par des chercheurs du centre Erasme de Rotterdam sur 1.712 porteuses du gène héréditaire BRCA (BReast CAncer gene), suivies pendant dix ans, elle affirme que l'amputation préventive des seins chez ces femmes ne permettrait pas toujours d'augmenter leurs chances de survie. Les résultats indiquent en effet que si la mastectomie préventive reste une solution pour espérer vivre plus longtemps chez les femmes porteuses d'une mutation du gène BRCA1 (99,7% de taux de survie chez les femmes opérées contre 93% chez celles qui ne le sont pas), cela ne semble avoir que très peu d'influence pour celles qui sont porteuses du gène BRCA2 (100% chez les femmes opérées contre 98% chez celles qui ne le sont pas).


Dans plusieurs médias, des oncologues se sont dits indignés du fait que ces travaux insinuent que les femmes ayant choisi la mastectomie préventive ont fait un sacrifice inutile. Contacté par LCI, Jean-Baptiste Méric, directeur du pôle santé publique et soins à l'Institut national du cancer, ne les interprète quant à lui pas de la même façon.

Des chances de survie quasi-égales, mais d'autres avantages à prendre en compte

"Ce n'est pas parce que, pour la mutation BRCA2, la mastectomie préventive apporte des chances de survie très proches de celles obtenues avec un suivi médical que l'intervention ne sert à rien", estime le docteur. "Elle va entre autres être utile pour éviter la survenue d'un cancer, que la surveillance n'empêchera pas. La mastectomie préventive peut donc éviter aux patientes un traitement par chirurgie, par rayons et éventuellement par chimiothérapie, soit une histoire de vie compliquée jalonnée par les parcours de soins."


S'être fait ôter les seins, et donc avoir fait disparaître une épée de Damoclès, peut aussi représenter un grand soulagement. À l'inverse, précise Jean-Baptiste Méric, il y a aussi des patientes qui ont beaucoup de mal à accepter l'amputation de leur poitrine. Pour résumer, il n'y a pas de bon ou de mauvais choix pour une femme dotée de la mutation BRCA2. Dans ce genre de situation, les médecins laissent donc leurs patientes prendre par elles-même leur décision. "Depuis dix ans, tout est fait pour qu'elles puissent faire un choix éclairé. Les patientes doivent être informées par un chirurgien, un onco-généticien, rencontrer un psychologue..." Pour les porteuses de la mutation BRCA1, avec laquelle le risque de développer un cancer est plus important, les médecins incitent en revanche beaucoup plus au recours à la chirurgie préventive.

En France, le gène BRCA est responsable de 2 à 5% des cancers du sein, au nombre de 54.000 chaque année. Selon l'association BRCA France, une femme porteuse d’une mutation BRCA1 a un risque de 51 à 75% de développer un cancer du sein au cours de sa vie, et de 33 à 55 % si elle est porteuse d’une mutation BRCA2. Chez les femmes non-porteuses de ce gène, le risque est de moins d'1%. Tous les ans, quelques centaines de patientes concernées par une mutation du gène choisissent de se faire opérer avant que la maladie ne survienne. L'opération est intégralement prise en charge par la sécurité sociale.

Des chances de survie plus élevées après une ovariectomie

En revanche, insiste le directeur du pôle santé publique et soins, si la mastectomie n’est pas forcément obligatoire, "la question se pose pour l’ovariectomie". Car au-delà du risque de développer un cancer du sein, le gène BRCA induit aussi un risque supplémentaire de cancer de l'ovaire, qui concerne chaque année quelques 4.500 femmes en France. "Il n’existe aucun examen de dépistage du cancer de l’ovaire qui ait montré son efficacité. En tant que médecins, nous savons que lorsque le cancer se déclare, nous arrivons trop tard dans 75% des cas", regrette-t-il.  D'où la décision d'Angelina Jolie qui, en 2015, deux ans après avoir subi une mastectomie, s'est fait retirer les ovaires de manière préventive.


Face au risque, le corps médical se montre donc beaucoup plus incitatif pour réaliser cette opération, qui, au-delà d'éliminer le risque de cancer de l'ovaire, fait aussi chuter de 40%  celui de cancer du sein grâce à la suppression de la sécrétion hormonale. Le risque de développer un cancer hormonodépendant est donc éliminé.

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