La transplantation fécale, une technique pleine de promesses qui pourrait soigner bien des maladies

La transplantation fécale, une technique pleine de promesses qui pourrait soigner bien des maladies

Bien-être
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ZOOM - Les excréments sont synonymes de saleté, évoquent le dégoût, la répugnance. Pourtant, la faune de bactéries qu'ils contiennent intéresse beaucoup la médecine. La transplantation fécale, soit le fait d'implanter les selles d'un donneur dans l'intestin d'un receveur, déjà capable de guérir une maladie, pourrait en faire de même avec bien d'autres et permettre la mise au point de médicaments nouvelle génération.

L'affaire a fait grand bruit la semaine dernière. L'hôpital Saint-Antoine, à Paris, a annoncé devoir arrêter une étude sur la transplantation fécale pour cause de marée humaine de donneurs volontaires. L'affiche qui faisait appel à eux et promettait un dédommagement de 50 euros par don de selles, et qui avait uniquement été collée à l'hôpital et à la faculté de médecine, avait fini par circuler sur les réseaux sociaux, attirant les foules. Si l'opération s'est soldée par un fiasco, LCI a voulu savoir en quoi consistait la transplantation fécale. Harry Sokol, hépato-gastro-entérologue à l'hôpital Saint-Antoine, nous répond.

Implanter de bonnes bactéries pour guérir

"Le concept est très simple. Il s’agit de remplacer le microbiote (ensemble de bactéries, de levures et de virus, ndlr) que l'on pense anormal d’un patient atteint d’une maladie par le microbiote d’un sujet sain", nous explique le spécialiste. La matière fécale, véritable vivier de bactéries, est donc prélevée chez un donneur sain pour être transplantée chez le malade.


L'administration, qui ne se pratique que dans quelques centres en France, se fait par les voies naturelles, de préférence par l'anus, lors d'une coloscopie ou d'un lavement. Cela peut aussi se faire par le nez, grâce à une sonde qui descend jusque sous l'estomac. "On utilise une quantité suffisante, soit à peu près 50 grammes de matière fécale", explique Harry Sokol. Du donneur au receveur, elle est très peu transformée. Les selles sont d'abord suspendues dans du sérum physiologique, puis se voient administrer du cryopréservant, une substance qui permet de préserver les bactéries même si elles sont congelées. Le tout est ensuite conservé à très basse température (- 80°C), jusqu'à la transplantation.

Du IVe siècle à aujourd'hui

"En soi, ce n’est pas nouveau du tout, assure le gastro-entérologue. Il y a des traces d’utilisation de ce type de procédés dans la médecine chinoise du IVe siècle. Dans la nature, d’ailleurs, cela se fait beaucoup. Il n’y a qu’à regarder les chiens qu’on promène en laisse. Ils mangent assez régulièrement les crottes de leurs congénères."


À l'heure actuelle, la transplantation fécale est uniquement utilisée pour soigner l'infection à chlostridium difficile, une infection à la bactérie du même nom qui peut se déclencher suite à une prise d'antibiotiques. "Si elle prolifère, c’est parce qu’on a perturbé le microbiote. La maladie est quasiment purement liée à cette perturbation", développe Harry Sokol. Ce traitement, qualifié d'"extrêmement efficace" par le spécialiste, est pratiqué quasiment toutes les semaines dans son service, à l'hôpital Saint Antoine. "On n’a malheureusement pas de banque de selles comme on a une banque du sang, donc on fait appel aux malades eux-mêmes pour nous trouver des donneurs dans leur entourage."

Il y a même des études en cours sur des maladies neurologiques comme la sclérose en plaques ou l’autisme.Harry Sokol, gastro-entérologue à l'hôpital Saint-Antoine

Des études sont en cours sur d'autres maladies, comme le syndrome de l’intestin irritable et le syndrome métabolique. Les résultats sont pour l'instant mitigés. La rectocolite aiguë, objet de l'étude qui a dû être abandonnée pour quelques temps, avait déjà fait l'objet d'études suggérant que la transplantation fécale pourrait être avoir une certaine efficacité. "Il y a même des études en cours sur des maladies neurologiques comme la sclérose en plaques ou l’autisme", ajoute le médecin.


Ces études, précise-t-il, doivent se faire dans un cadre strict, car ce n'est pas un traitement anodin. Si l'état de santé du donneur et la qualité de ses selles ne sont bien correctement contrôlés, il y a un risque de transmettre une maladie ou d'avoir des effets négatifs. " Il y a des gens qui se sont fait faire des transplantations fécales, parce qu’ils avaient des troubles du transit par exemple, et leur situation s’est aggravée plutôt que de s’améliorer." 

L'idée, c'est d'identifier les bactéries du microbiote qui ont des effets positifs dans telle ou telle situation et d'essayer d'en faire des médicaments.Harry Sokol, gastro-entérologue à l'hôpital Saint-Antoine

Au-delà de l'application de la transplantation fécale à certaines maladies, la recherche se concentre aussi sur la façon d'utiliser le microbiote de façon plus précise. "L'idée, explique Harry Sokol, c'est d'identifier les bactéries du microbiote qui ont des effets positifs dans telle ou telle situation et d'essayer d'en faire des médicaments. C'est le principe du probiotique nouvelle génération." Les résultats de ces recherches pourraient être appliqués dans les prochaines années. 


La transplantation fécale, si efficace soit-elle pour traiter le chlostridium difficile et peut-être, dans l'avenir, d'autres maladies, n'est sûrement, donc, qu'une technique de transition, dans l'attente d'une meilleure compréhension du rôle des bactéries.

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