Les aiguilles de tatouage soupçonnées de favoriser les allergies

Bien-être

DANS LA PEAU - En France, plus d'une personne sur dix est tatouée. Un chiffre en constante progression. Malgré son succès, il est important de connaître les risques qu'un tel acte induit. Si la composition des encres a déjà été pointée du doigt, une étude internationale avertit sur les dangers liés à l'abrasion des aiguilles.

Jusqu'ici, les inquiétudes se portaient sur l'encre. Une équipe internationale de chercheurs alerte sur les risques qu'engendrent les aiguilles utilisées pour les tatouages. Selon eux, celles-ci véhiculeraient dans le corps des particules de métal susceptibles de provoquer des allergies.

L'étude, dirigée par des chercheurs de l'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques et impliquant plusieurs instituts et universités allemandes, ainsi que des scientifiques du synchrotron européen de Grenoble (Isère), a été publiée dans la revue spécialisée Particle and Fiber Toxicology.

Un phénomène seulement présent avec les encres de couleur

Lors d'une précédente étude, ces mêmes chercheurs avaient retrouvé dans les ganglions lymphatiques - petits organes  assurant la filtration de la lymphe, qui joue un rôle important dans le système immunitaire - des nanoparticules de pigments et de métaux. Sachant que les aiguilles utilisées dans les salons de tatouage sont composées de 15 à 20% de chrome et de 6 à 8% de nickel, ils ont voulu déterminer si les particules métalliques provenaient de l'encre ou des aiguilles.

Ils se sont donc rendus au synchrotron européen (ESRF), l’une des sources de rayons X les plus intenses au monde, pour analyser des échantillons de peau humaine, de peau de cochon, mais aussi des aiguilles de tatouage. Là, ils se sont aperçu que lorsque l'encre de tatouage contient du dioxyde de titane (pigment blanc souvent mélangé aux couleurs vertes, bleues et rouges), elle abrasait l'aiguille. Un phénomène inexistant avec l'encre noire de carbone. "Il ne fait aucun doute que les particules de métal proviennent de l'aiguille de tatouage à la suite d'un broyage mécanique pur'", déclare dans un communiqué l'un des auteurs de l'étude, Bernhard Hesse. "On sait que le dioxyde de titane est très abrasif en raison de sa densité et de sa dureté élevées par rapport au noir de carbone."

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D'autres études nécessaires pour évaluer l'impact réel de ces particules sur la santé

Selon les chercheurs, la migration de ces particules pourrait jouer un rôle dans la survenue des allergies au tatouage. D'autres études doivent cependant être menées pour évaluer clairement l'impact sur la formation d'allergies au tatouage. "Seules des études épidémiologiques, qui surveillent la santé de milliers de personnes sur des décennies, peuvent évaluer les effets à long terme", explique dans ce même communiqué Inès Schreiver, membre de l'Institut fédéral pour l'évaluation des risques en Allemagne.

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Des dangers déjà soulignés concernant les encres

S'il est actuellement difficile de connaître la proportion des allergies qui se déclarent chez les 14% de tatoués français, 6% des Allemands déclarent subir des problèmes chroniques liés aux tatouages, rapporte une étude datant de 2010. Et alors que les travaux parus dans la revue Particle and Fiber Toxicology indiquent que l'encre noire ne fait pas partie des couleurs incriminées dans le relâchement de particules métalliques, une étude menée sur 300 personnes et publiée dans la revue Contact Dermatitis en 2015 assure qu'elle est tout de même responsable de 25% des réactions cutanées (44% pour l'encre rouge).

L'année suivante, la Commission européenne s'alertait des dangers sur la santé des encres, de façon générale. "Les pigments utilisés ne sont pas spécifiquement produits pour les tatouages/maquillages permanent et montrent généralement une faible limpidité. La majorité d'entre eux ne sont pas autorisés dans l'utilisation des produits cosmétiques et plusieurs ne devraient pas être présents, selon la résolution européenne CoE ResAP(2008)1.", soulignait-elle alors dans la synthèse d'un rapport d'information sur la sécurité des tatouages.

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