Les femmes invitées à ne pas s'épiler avec le défi "Januhairy" : le body positivisme est-il vraiment libérateur ?

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TELLE QUELLE - C'est le challenge dont tout le monde parle en ce début d'année : une étudiante britannique a décidé de lancer le "Januhairy", qui consiste à ne pas s'épiler pendant tout le mois de janvier. Une démarche empreinte de "body positivisme" pour lutter contre les diktats de la beauté et promouvoir l'estime de soi.

Janvier, le mois de tous les défis ? Ça se pourrait bien. Après le lundi sans viande et le mois sans alcool, voilà qu'on va toutes finir poilues ! Comme le rapporte la BBC, Laura Jackson, une jeune étudiante britannique de 21 ans, invite en effet les femmes à arrêter de s’épiler durant tout le mois de janvier et à partager des photos de leurs jambes et de leurs aisselles tous poils dehors avec le hashtag #Januhairy (contraction de hairy, poilu en anglais, et de January qui signifie janvier).

Dans la même veine que le mouvement #bodypositive, qui ne cesse de prendre de l'ampleur, le but de ce challenge est de lutter contre les stéréotypes de beauté imposés par la société et d'aider les femmes à "s’aimer et à s'accepter telles qu'elles sont". Après avoir été nombreuses à dévoiler sur Instagram des clichés de leurs vergetures, ou de leur cellulite, les femmes sont donc pressées maintenant de montrer leurs poils. 

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"Une bonne chose pour redonner confiance à des femmes complexées qui ont, par exemple, un système pileux très développé", commente auprès de LCI Hervé-Charles Léger, un coach qui a créé il y a 11 ans J'aime mon Corps, un programme pour travailler sur l'estime de soi et l'acceptation corporelle. Et il sait de quoi il parle. Sa crédibilité, il la puise dans son complexe à lui : sa taille. "1m58 debout", s’amuse-t-il. Une différence dont il a fait aujourd'hui une force, mais après un long travail sur lui-même. Alors il aurait tendance à vouloir tempérer ces mouvements de mode : "Il ne faut pas que cette démarche soit brandie comme un étendard. La seule question que l'on doit se poser c'est : 'est-ce que je suis bien dans mon corps ?' et non de savoir si on doit ressembler aux autres ou si on est dans la norme."

Il nous reste beaucoup à faire pour que l’on s’accepte pleinement et véritablement les uns les autres.- Laura Jackson, instigatrice du Januhairy

Mais la démarche de Laura Jackson se veut mûrement réfléchie. Elle s'en explique dans un long message posté sur les réseaux sociaux : "A l’origine, j’ai laissé pousser les poils de mon corps dans le cadre d’une performance pour mon diplôme d'art dramatique en mai 2018", avance-t-elle sur son compte Instagram en légende d'une photo où elle pose fièrement avec ses aisselles poilues. 

"Après quelques semaines, je m’y suis habituée et j’ai commencé à aimer mes poils et à apprécier de ne pas avoir à les épiler régulièrement. Je me suis sentie libérée et j’ai eu davantage confiance en moi, même si certaines personnes autour de moi ne comprenaient pas ou n’étaient pas d’accord avec le fait que j’arrête de me raser. J’ai alors réalisé qu’il nous restait beaucoup à faire pour que l’on s’accepte pleinement et véritablement les uns les autres ", confie l’étudiante. 

Ainsi, lorsque Laura a arrêté de se raser, elle raconte que sa maman lui a demandé si c’était par fainéantise. "Pourquoi devrions-nous être qualifiées de paresseuses sous prétexte que nous ne voulons pas nous raser ? Pourquoi devrions-nous prouver le contraire ?", interroge-t-elle alors. D'où l'idée de son challenge qui peut surprendre, voire rebuter, mais derrière lequel se cache une véritable envie de redonner aux femmes confiance en elles, en luttant contre les standards de beauté. Laura Jackson conclut son propos en assurant que sa démarche "n'est pas une campagne de haine à l’intention de celles et ceux qui ne comprennent pas à quel point il est normal d'avoir des poils. Mais plutôt un projet pour se mettre en valeur et mieux se comprendre".

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Encouragées par son discours, de nombreuses femmes se sont laissées tenter par l’expérience et ont posté des clichés de leur corps poilu, rejoignant ainsi la liste de plusieurs célébrités comme Julia Roberts, Paris Jackson, Madonna ou encore Miley Cyrus, qui ont déjà exhibé leurs poils pour la bonne cause. Et comme le précise BBC News, Laura Jackson espère récolter 1000 euros pour financer le programme pédagogique Body Gossip, qui apprend aux jeunes à accepter leurs corps. 

"N'oublions pas que les femmes qui se montrent avec leurs vergetures ou leurs cicatrices ressemblent à celles qu’on voit majoritairement dans la vie de tous les jours. Sur 3 milliards de femmes dans le monde, 8 seulement sont des super top-model aux mensurations idylliques", nous rappelle Hervé-Charles Léger.

Celeste Barber, ou comment rire des clichés véhiculés par les stars

Celle qui dénonce le mieux ces faux-semblants s'appelle Celeste Barber. Elle est la caution humoristique du body positivisme. Cette comédienne australienne, aux 5 millions d'abonnés sur Instagram, s'est fait connaître en pastichant les clichés postés par les stars sur les réseaux sociaux. Une façon de montrer ce que peuvent donner "pour de vrai" leurs poses soi-disant parfaites. 

A l'arrivée, un succès grandissant, avec plus de 1000 parodies likées 500.000 fois en moyenne, un livre et une tournée américaine jouée à guichets fermés avec un one-woman show désopilant. Une démarche également applaudie des deux mains par Hervé-Charles Léger, mais qui selon lui n'est pas à la portée de toutes les femmes : "Il faut être honnête, on ne peut pas passer de 'Je déteste ma cellulite' à 'Je l’adore et je l’expose à tout le monde'.  C’est plus compliqué que ça. Il y a tout un cheminement avant d’arriver à lâcher prise. S’aimer, ça s’apprend, d’où la nécessité d’être accompagné. Le changement de regard, il faut le vouloir et l’accepter. Ce n’est pas parce que vous allez apparaître en photo que cela va tout changer. Il y a aussi un travail de fond à faire", estime-t-il.

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