Les médicaments contre l’acidité gastrique suspectés d’avoir des effets indésirables à long terme

Bien-être

EFFETS INDÉSIRABLES - En France, un quart de la population s'est vu prescrire au moins une fois des médicaments qui visent à réduire l'acidité gastrique en 2015. Si l'ANSM avait déjà averti fin 2018 sur cette trop forte consommation, insistant sur les risques pour la santé, une vaste étude américaine vient confirmer ce danger.

L'alerte avait déjà été donnée par l'Agence nationale du médicament (ANSM) en fin d'année dernière. Dans un rapport, elle affirmait que les médicaments visant à réduire l'acidité gastrique sont utilisés de façon trop fréquente en France et souvent hors des recommandations d'usage, ce qui peut induire de sérieux risques pour la santé des patients, notamment "d’ordre cardiovasculaire, rénal, ou de tumeurs gastriques".

Une étude récemment publiée dans le British Medical Journal (BMJ) et relayée par Le Figaro vient un peu plus enfoncer le clou. Les auteurs, chercheurs à la clinique de Saint Louis, aux États-Unis, ont observé une mortalité importante chez les plus grands consommateurs de ce type de médicaments, aussi appelés inhibiteurs de pompe à protons (IPP), en partie due à des maladies cardio-vasculaires ou rénales.

Une augmentation du risque de mortalité de 17%

Pour mener à bien leurs travaux, les scientifiques ont comparé le nombre de décès dans deux groupes de vétérans américains en moyenne âgés de 65 ans. Dans le premier, 160.000 patients ont pris des IPP sur une période allant de trois mois à deux ans. Dans le second, 60.000 patients ont suivi un traitement antihistaminique H2, une alternative aux IPP. Après un suivi d'une durée de dix ans, le premier groupe a enregistré 45 décès supplémentaires tous les 1.000 patients par rapport au second groupe, soit une augmentation du risque de mortalité de 17%. La majorité de ces décès excédentaires étaient liés à des maladies cardiovasculaires, à des cancers, à des troubles du système urogénital et à des maladies infectieuses ou parasitaires. "Étant donné les millions de personnes qui prennent des IPP régulièrement, cela se traduit en milliers de morts supplémentaires tous les ans", affirme dans un communiqué Al-Aly, l'un des auteurs de l'étude.

Fait d'autant plus inquiétant : l'étude a décelé que plus de 80% des patients prenaient des IPP prescrits à faible dose, ou à dose équivalente de ce qui peut être vendu dans le commerce. "Cela suggère que le risque pourrait ne pas être limité aux IPP prescrits, mais exister aussi avec les dosages vendus dans le commerce", indique Al-Aly.

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Une utilisation la plupart du temps sans raison valable

Par ailleurs, les chercheurs ont découvert que plus de la moitié des personnes sous IPP n'en avaient en fait pas réellement besoin. En France, plus de 15,8 millions de patients se sont vu prescrire au moins une fois des IPP en 2015, "soit environ un quart de la population française", soulignait le rapport de l'ANSM. Une consommation en augmentation de 27% comparé à l'année 2010.

Parmi les adultes initiant un traitement (soit la moitié des 15,8 millions patients de 2015), l'utilisation de médicaments anti-acidité gastrique avait lieu dans un but préventif : celui d'éviter la formation de lésions de l'estomac et de l'intestin dues aux anti-inflammatoires non stéroïdiens. Aucun facteur de risque n'était pour autant identifiable.

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