"Les parents ne doivent pas les prendre à la légère" : saviez-vous que les allergies sont la principale cause de l'asthme chez les enfants ?

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PATHOLOGIE - On ne le sait pas toujours mais dans 80% des cas chez l'enfant - et 50% chez l'adulte -, l'allergie est la cause principale de l'asthme. L'association Asthme & Allergies appelle les parents à se mobiliser pour agir mieux et plus vite face à l'asthme allergique.

"Il s'agit d'éveiller les consciences..." A l'occasion de la 13ème Journée Française de l'Allergie cette semaine, l'association Asthme & Allergies tire la sonnette d'alarme : "même si ce n'est pas un scoop, on sait aujourd'hui de façon formelle que l'allergie est la cause principale de l'asthme, en particulier chez l'enfant", souligne le Dr Chabane, allergologue joint par LCI. Mais cette réalité échappe encore largement aux Français, comme en témoigne un sondage exclusif réalisé par l'IFOP pour cette journée du 19 mars. On y découvre que seulement 39% des personnes interrogées connaissent ce lien de cause à effet. Un chiffre en totale contradiction avec la réalité épidémiologique puisque chez l’enfant, 80% des asthmes sont dus à l’allergie, une proportion qui atteint ensuite 50% chez l’adulte. Par ailleurs, à peine un asthmatique sur deux a conscience du lien étroit entre asthme et allergies, preuve que les connaissances en la matière demeurent fragmentaires, y compris pour les premiers concernés.


"Or, si on ne fait pas le diagnostic de l'allergie et qu'on ne la soigne pas, elle passe de légère à sévère, et ensuite évolue en asthme, prévient le médecin. Les parents ne doivent donc pas la prendre à la légère. Cette banalisation est dangereuse et il faut la combattre. J'attire donc leur attention : 'quand votre enfant a des manifestations 'atopiques', c'est-à-dire qu'il a le nez bouché régulièrement ou qui coule sans arrêt, qu'il fait des infections à répétition, qu'il a de l'eczéma au niveau des plis, il faut comprendre pourquoi, en faisant un diagnostic afin d'identifier les allergènes", conseille-t-il. 

Un diagnostic tardif

Le Dr Marc Sapène, médecin pneumologue et président de l’association Asthme & Allergies va dans le même sens : "Il est impensable en 2019 qu’on ne recherche pas systématiquement l’origine allergique de l’asthme". Dans les faits, selon le sondage Ifop, 36% des jeunes directement touchés par l’asthme reconnaissent n’avoir jamais consulté de spécialiste pour établir de bilan allergologique de leur pathologie. C’est plus d’un million d’individus ! Cette situation fait écho au diagnostic tardif de l’allergie en France. Il faut attendre en moyenne 7 ans entre l’apparition des premiers symptômes allergiques et la

consultation d’un allergologue. Sauf que pendant ces 7 années, une rhinite allergique a beaucoup de risques d’évoluer

vers l’asthme.


L’errance thérapeutique de l’asthme allergique s’explique aussi par une mauvaise estimation de l’âge à partir duquel l’origine

allergique de l’asthme peut être décelée. "Alors qu’il est possible d’établir un diagnostic dès 3 ans, voire avant, précise le Dr Chabane. Pourquoi faut-il le faire précocement chez l'enfant ? Parce que si on prévient et on soigne l'allergie, on peut du même coup prévenir le développement de l'asthme".

Des traitements souvent incomplets

En général, ce fameux diagnostic révèle dans la majorité des cas une allergie aux acariens. Pour la combattre, "vous allez mettre en premier lieu des mesures d'éviction en protégeant les matelas, les oreillers, en changeant les draps toutes les semaines, en aérant tous les jours, ou en faisant la poussière... , indique l'allergologue. En revanche, si votre enfant est allergique aux pollens, cela va être plus difficile de pas passer au travers". 


Une deuxième solution s'offre à vous, les traitements symptomatiques, que ce soit des antihistaminiques, des décongestionnants, ou plus simplement le lavage du nez avec du sérum physiologique. Cela va permettre de soulager l'enfant. Enfin on peut faire de la prévention à long terme en mettant en place une désensibilisation. "En effet, il faut savoir qu'aujourd'hui, dès l'âge de cinq ans, on peut désensibiliser son enfant contre les acariens en mettant des gouttes une fois par jour sous la langue, ce qui est quand même très facile, et ça évite une aggravation de l'allergie et une évolution vers l'asthme", conseille le Dr Chabane.

"Le problème, concernant notamment les allergies aux pollens - qui arrivent au printemps (notamment avec les arbres, bouleau, cyprès, frênes, oliviers), et en été (avec les graminées ou d'autres herbacées) -, c'est leur banalisation extrême puisque la moitié des patients se traitent en automédication pendant des années, poursuit le thérapeute. Et ce n'est que quand la rhinite est devenue sévère, qu'elle empêche par exemple de dormir, qu'on va consulter. C'est une hérésie ! Il faut savoir que tous les ans, au pic des pollens, les urgences sont encombrées d'enfants qui font de l'asthme". 


Sans compter qu'aujourd'hui le deuxième facteur qui favorise les allergies au pollen, c'est la pollution atmosphérique. "Elle aggrave la situation de l'allergique en le fragilisant car il est davantage irrité, mais elle agit aussi sur le pollen en augmentant sa quantité d'allergènes", prévient le Dr Chabane. Et ça, on le sait moins. 


A l'heure où l'OMS estime que 50% de la population mondiale sera affectée par au moins une maladie allergique en 2050, il est donc urgent d'agir : "on a profondément modifié notre environnement et cela finit par arriver dans notre assiette, notre eau, dans l'air que nous respirons. Cela a changé notre microbiote (c'est-à-dire la relation que nous avons avec les microbes que nous hébergeons). Conséquence, notre système immunitaire prend une voie qui n'est pas la bonne puisqu'il a désormais un mode de développement qui privilégie l'allergie comme mécanisme de défense. Tout le monde est concerné, alors ne sous-estimons pas ce problème de santé publique. Les Français sont d'ailleurs loin d'appréhender la gravité de l'asthme : on comptabilise chaque année 1000 décès en France et 383.000 dans le monde", alerte notre allergologue. 

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