Lutte contre le chikungunya : l'Inserm annonce une découverte prometteuse

Bien-être

AVANCÉE - Le moustique tigre s'installe petit à petit en France, amenant avec lui des risques grandissants de contracter le chikungunya. Déjà responsable de nombreuses épidémies à travers le monde, la maladie ne dispose pour l'instant d'aucun remède. Des scientifiques français viennent cependant de faire une découverte qui pourrait faire progresser la recherche.

Originaire d'Afrique, le chikungunya signifie en langue makondée "l’Homme qui marche courbé". Une référence aux douleurs musculaires et articulaires sévères qui touchent les patients infectés et les empêchent de se déplacer normalement. Cette maladie virale transmise à l'Homme par le moustique provoque aussi de la fièvre, des nausées, des maux de tête, ainsi qu'une fatigue importante.

Décrite pour la première fois à l'occasion d'une flambée du nombre de cas dans le sud de la Tanzanie en 1952, l'infection a depuis causé de nombreuses épidémies en Amérique, en Asie, et dans l’Océan Indien. En 2005, plusieurs centaines de milliers de cas ont notamment été déclarés sur l’Île de la Réunion. En 2010, l'infection a touché pour la première fois le sud de la France, où les premiers cas autochtones ont été recensés. 

Alors qu'il n'existe actuellement pas de remède contre cette maladie, des chercheurs français pensent avoir trouvé une piste intéressante. Ils ont réussi à identifier une protéine cruciale pour la réplication du virus dans ses cellules cibles. Leur étude, publiée dans la revue Nature, ouvrent des perspectives thérapeutiques dans la lutte contre le chikungunya, fait savoir ce mercredi l'Inserm dans un communiqué.

Une protéine responsable de la réplication et du déclenchement de la pathologie

Si plusieurs travaux avaient jusque-là identifié certaines des modalités de réplication du virus, aucun n’avait encore réussi à expliquer pourquoi celui-ci ciblait de préférence les cellules musculaires et articulaires. Sous la direction d’Ali Amara (Inserm, CNRS, Université de Paris) à l’Institut de Recherche de l’Hôpital Saint-Louis AP-HP, en collaboration avec l’équipe de Marc Lecuit (Institut Pasteur, Inserm, département des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Necker-Enfants malades AP-HP et Université de Paris), les scientifiques ont identifié le rôle clé de la protéine FHL1 pour la réplication et le déclenchement du processus de la pathologie induite par le virus chikungunya. Cette dernière est majoritairement présente dans les cellules musculaires et les fibroblastes, des cellules qui assurent notamment la cohérence et la souplesse des tissus.

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"En temps normal, FHL1 participe au fonctionnement du muscle sain, et serait détournée de cette fonction par le virus pour assurer sa réplication dans les cellules cibles", explique l'Inserm. C'est en tout cas ce qu'ont montré des expériences menées sur des souris, chez lesquelles la protéine FHL1 avait été inhibée. Les animaux se sont montrés totalement résistants à l'infection, à l'inverse d'autres rongeurs chez qui la protéine avait été laissée intacte et qui ont subi "d’importantes lésions musculaires".

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D'autres recherches encore nécessaires avant la possible mise au point d'un traitement

Pour l'instant, le fonctionnement de ce phénomène n'est pas encore entièrement cerné par les chercheurs. "Nous voulons maintenant comprendre les détails moléculaires de cette interaction. La prochaine étape est de définir pourquoi FHL1 est si spécifique du virus chikungunya, et de déchiffrer au niveau moléculaire son mode d’action", indiquent dans le communiqué de l'Inserm Ali Amara et Laurent Meertens, responsables de l'étude. À terme, cette découverte pourrait donner lieu au développement d'antiviraux capables de bloquer la réplication du virus.

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