Méfiez-vous de la salive de votre chien ou de votre chat, elle peut être mortelle

Méfiez-vous de la salive de votre chien ou de votre chat, elle peut être mortelle

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DANGER SUR PATTES - En France, trois personnes sont décédées entre février 2017 et avril 2018 d'une infection à la bactérie appelée Capnocytophaga canimorsus. Celle-ci est transmise par la salive des chiens et des chats. Le professeur Geneviève Héry-Arnaud, bactériologue au CHRU de Brest, nous explique dans quelle mesure elle peut être mortelle.

En juillet dernier, un Américain de 48 ans s’est fait amputer des mains et des jambes après avoir été léché par un chien. La salive de l’animal lui a transmis une bactérie appelée Capnocytophaga canimorsus. Celle-ci est communément présente dans la flore orale des chats et des chiens mais ne provoque que très rarement d’infection chez un individu mordu ou léché. Un autre cas, cependant, avait attiré fin 2016 l'attention de différents médecins français. Le patient en question était entré en urgence au service de réanimation du CHRU de Brest et présentait tous les signes d'une méningite, dont une nécrose au niveau des membres. L'inflammation avait elle aussi été provoquée par la salive d'un chien. Il avait dû être amputé du pouce et de l'index.


Suite au diagnostic de ce patient, le professeur Geneviève Héry-Arnaud, du laboratoire de bactériologie et virologie du CHRU de Brest et plusieurs de ses collègues avaient décidé d'étudier de plus près la bactérie Capnocytophaga canimorsus. Leurs travaux ont été publiés dans la revue Médecines et Maladies Infectieuses le 6 juin dernier.

60% des cas présentent un système immunitaire affaibli avant l'infection

"Près de 90% des cas qui ont été rapportés sont dus à des morsures de chien, introduit Geneviève Héry-Arnaud, que nous avons jointe au téléphone. Mais cela s'explique surtout par le fait que ce sont eux qui mordent le plus". Mais, pas de panique, tout le monde n'y est pas vulnérable. "Le facteur principal de contamination, c'est la victime et son état immunitaire. Dans 60% des cas, on relève un état d'immuno-dépression, relève la bactériologue. C'est-à-dire que ce genre d'infections gravissimes survient préférentiellement chez des gens qui sont affaiblis." Des personnes splénectomisées, c'est-à-dire dont la rate a été retirée, sont les plus fragiles, l'organe étant essentiel pour la défense immunitaire. "Dans les facteurs de risques, on retrouve aussi la cirrhose ou l'éthylisme chronique, et souvent le tabac. Ça va souvent ensemble d'ailleurs, complète la spécialiste. Et puis, il y a les personnes diabétiques ou sous-corticoïdes."  


Certaines croyances populaires peuvent aussi mettre en danger ceux qui y portent crédit. "Il y a un diction populaire qui dit 'salive de chien vaut médecin'. Quelques personnes pensent donc qu'il y a des vertus à la salive et qui se traitent à la salive de chien. On a eu un cas comme ça où le patient avait eu une opération de neurochirurgie, il avait une belle cicatrice dans le dos et il se faisait lécher consciencieusement sa cicatrice par son chien, persuadé que ça aiderait à la cicatrisation. Résultat : il s'est retrouvé avec une méningite à cause de la bactérie", raconte Geneviève Héry-Arnaud.

Ce n'est pas pour autant qu'il faut tout de suite se débarrasser de son chien, souligne-t-elle. "Si on a des rapports 'normaux' avec ses animaux, il n'y a pas de danger." D'autant que malgré la présence de la bactérie dans la gueule des chats et des chiens, ses formes la plus virulentes, qui peuvent enclencher une infection, ne s'y sont pas forcément développées. 

Un nombre de cas largement sous-estimé

A ce jour, 500 cas d’infections par Capnocytophaga canimorsus ont été recensés depuis 1976 dans le monde. En France, trois personnes en sont décédées entre février 2017 et avril 2018. Mais selon le professeur Geneviève Héry-Arnaud, ces chiffres sont largement sous-estimés. "On ne pense pas forcément à écrire un 'case report', donc à rapporter le cas, à chaque fois qu'on en rencontre un. Donc finalement, comme il n'y a pas d'observatoire comme Pasteur pour le méningocoque ou la Pitié Salpêtrière pour la tuberculose, il n'y a pas vraiment de surveillance. Je pense que pour un cas publié dans le monde, il y en a le double qui ne l'est pas." Lors des analyses sur des patients qui pourraient présenter une atteinte à la bactérie, celle-ci n'est pas non plus évidente à mettre en évidence.

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