Sim37 : les gynécologues s'élèvent contre ce simulateur d'accouchement qui prédirait les césariennes

Sim37 : les gynécologues s'élèvent contre ce simulateur d'accouchement qui prédirait les césariennes
Bien-être

COURROUX - Réduire les accouchements à risque grâce à l'imagerie 3D, voilà ce que propose SIM37, une méthode développée par l'entreprise Baby Progress. Mais, après deux ans d'enquête, une association dénonce cette pratique aux méthodes jugées infondées et immorales. Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français monte aussi au créneau.

"Ensemble, améliorons l’expérience de la naissance !", clame sur son site internet BabyProgress. Depuis 2016, cette entreprise parisienne fondée par le gynécologue-obstétricien Olivier Ami propose aux futures mamans parvenues à trente-sept semaines d’aménorrhée de simuler de façon numérique leur accouchement, grâce aux données issues de l’imagerie médicale et d’une reconstitution 3D du fœtus et du canal de naissance.

Cette méthode, baptisée SIM37, permettrait aux futurs parents "de faire un choix éclairé avec leur professionnel de santé sur le meilleur mode d’accouchement, de réduire les césariennes en urgence, de diminuer les accouchements traumatiques, de réduire les césariennes programmées sans justification, et d'améliorer globalement l'expérience de la naissance." Des affirmations qui suscitent le courroux des confrères du gynécologue-obstétricien, ainsi que de l'Institut de recherche et d'action pour la santé des femmes (IRASF).

Cette pratique est complètement infondée, non reconnue, animée par l’appât du gain.- Chercheurs en obstétrique ayant souhaité garder l'anonymat

Après deux ans d’enquête sur cette méthode, ce dernier affirme dans un rapport publié le 23 janvier qu’elle est qualifiée de "pure folie" par les pairs d’Olivier Ami. "Des chercheur.e.s spécialisé.e.s en obstétrique et qui préfèrent garder l’anonymat se sont penché.e.s sur le SIM37 et ont déclaré que : ‘cette pratique est complètement infondée, non reconnue, animée par l’appât du gain’." Cet examen de quelques minutes est en effet facturé 900 euros, et non remboursé par la sécurité sociale. De quoi amener l'IRASF à supposer que les motivations du gynécologue-obstétricien ne sont autres que " vendre et potentiellement perpétuer des césariennes". D'autant que, souligne l'association, la clinique de la Muette,  où pratique Olivier Ami, affiche un taux de césariennes de 43,5%, "soit plus du double de la moyenne nationale (20,2%)".

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Autre aspect controversé du SIM37 : son caractère expérimental, sans pour autant que celui-ci soit déclaré. Neuf cents femmes auraient en effet bénéficié gratuitement de cet examen. "Des études scientifiques confidentielles ? Un nouveau concept ? Moi qui croyait que les preuves scientifiques étaient apportées par des publications, de préférence dans des revues validées par des pairs", s'insurge dans un tweet Marie-Hélène Lahaye, juriste, féministe et auteur du blog "Marie accouche là".

Face à ce qui semble être une étude qui ne dit pas son nom, l'IRASF réclame aujourd'hui des preuves d’obtention du consentement libre et éclairé des femmes pour participer à une recherche expérimentale ou encore des protocoles d’expérimentations et les résultats des publications.

Ce procédé n’a jamais fait l’objet d’une évaluation pertinente et sérieuse.- Collègue national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF)

Deux jours après la publication de ce rapport, le 25 janvier, le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) s’est lui aussi emparé du sujet en soulignant dans un communiqué "l’absence de preuves scientifiques justifiant de proposer cette méthode aux femmes enceintes". "Ce procédé n’a jamais fait l’objet d’une évaluation pertinente et sérieuse", rappelle le Collège.

Dans un tweet publié au lendemain du rapport de l'IRASF, Philippe Deruelle, le secrétaire général du CNGOF et gynécologue obstétricien aux hôpitaux universitaires de Strasbourg, crie à la tromperie et au scandale, étant donné "l'absence de publication ayant démontré l'intérêt de cette méthode". Interviewé par Le Figaro, il estime d’autre part que l’observation anatomique ne suffit pas à prédire le déroulement d’un accouchement et les complications qui pourraient en découler. "Outre les mensurations de la mère et du bébé, interviennent le positionnement du fœtus, l’orientation de sa tête et, sans doute, les propriétés de l’utérus ainsi que la force des contractions. L’intrication de ces différents paramètres a jusqu’à présent déjoué tous les modèles visant à pronostiquer l’issue d’un accouchement", affirme-t-il.

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En réponse au CNGOF, BabyProgress a publié un communiqué dans lequel la société assure comprendre que des "questionnements légitimes" se posent, "comme pour toute avancée scientifique", et vouloir collaborer avec le Collège et la communauté médicale.

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