Mode avion, WiFi coupé, patch pour smartphone... Ces astuces anti-ondes sont-elles efficaces ?

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BOUCLIER - Les astuces visant à se protéger des ondes électromagnétiques se multiplient. Quand certains éteignent leur WiFi la nuit, d'autres collent des patchs au dos de leur téléphone. Mais tout cela est-il vraiment efficace ? Nous avons demandé son avis à Paul Mazet, responsable de laboratoire spécialisé en compatibilité électromagnétique au Centre technique des industries mécaniques (Cetim).

Fin avril, le tribunal de Bordeaux a donné raison à treize personnes électro-hypersensibles dans leur combat contre les compteurs Linky installés par Enedis. La société s'est vue condamnée par le juge à poser des filtres pour réduire la puissance des émissions d'ondes électromagnétiques. Si ce type de dispositif peut permettre de soulager les personnes vraiment affectées par la situation, il n'est pas d'utilité publique aux yeux de Paul Mazet, responsable de laboratoire spécialisé en compatibilité électromagnétique au Centre technique des industries mécaniques (Cetim) interrogé par LCI. "Le niveau d'émission des compteurs Linky est environ 1.000 fois inférieur au seuil limite au-delà duquel des effets sur la santé ont été notés", nous explique-t-il.


Au-delà du compteur Linky, de nombreux appareils du quotidien sont sources de ces ondes, appelées radiofréquences, dont beaucoup craignent encore les effets sur la santé malgré l'obligation légale des fabricants de soumettre leurs produits à des seuils d'émissions maximum. Pour les téléphones portables par exemple, la valeur limite est fixée depuis 2003 à 2 W/kg. Ces dernières années, plus de 3.000 études ont par ailleurs évalué l'impact des radiofréquences sur la santé. Si aucune n'a clairement établi d'effets délétères, aucun consensus scientifique n'existe à leur sujet à l'heure actuelle. Dans le doute, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a donc décidé de classer les ondes radios comme "possiblement cancérogènes pour l’Homme" en 2011. Dans le doute aussi, certains s’astreignent à couper le WiFi pour la nuit, d'autres achètent des patchs pour réduire les émissions de leur téléphone portable. Mais toutes ces précautions sont-elles vraiment utiles ? Paul Mazet nous répond.

Mettre un patch anti-ondes sur son téléphone portable

Pour quelques euros, il est possible d'acquérir un petit patch anti-ondes à installer au dos de son téléphone portable. Mesurant quelques centimètres, ces dispositifs promettent d'abaisser le niveau d'émission des ondes électromagnetiques de votre appareil. Mais pour Paul Mazet, ils pourraient dans certains cas aggraver les choses. "Un téléphone va adapter son niveau de puissance en fonction de sa qualité de réception. À cause du filtre, il va émettre plus de puissance et plus d’ondes", indique-t-il. Un phénomène confirmé par une enquête de la répression des fraudes (DGCCRF) datant de 2015, qui dénonce d'autre part des "allégations [qui] s’appuient souvent sur un vocabulaire fantaisiste ou entièrement inventé" de la part des vendeurs.


Pour Paul Mazet, choisir un téléphone qui émet le moins possible en regardant son indice de débit d'absorption spécifique (DAS) est la meilleure solution. Plus celui-ci est faible, moins les rayonnements sont puissants. Utiliser un kit main-libre permet aussi de réduire la quantité d'ondes auxquelles la tête est exposée lors d'une conversation téléphonique.

"Et puis les sources de rayonnement les plus importantes ne sont pas forcément celles que l’on croit : au domicile par exemple, les appareils qui rayonnent le plus sont les téléphones sans fil", précise Paul Mazet. "Ce sont des technologies très anciennes." Mieux vaut finalement téléphoner avec son téléphone portable qu'avec son téléphone sans fil.

Mettre son téléphone en "mode avion" la nuit

Au sein de nombreux foyers, les téléphones portables ont remplacé les réveils sur les tables de chevet. Pour éviter de recevoir des radiations durant la nuit, certains enclenchent le "mode avion", qui coupe la réception réseau du téléphone. Pour le scientifique, cette disposition est là encore inutile. "Les fabricants de portables ont réduit au maximum tout ce qui est consommation d’énergie, donc émission de fréquences, pour gagner en autonomie. Lorsqu'il n'est pas utilisé, les émissions sont donc tellement faibles qu’il n’y a aucun risque."


Dans un avis datant 2018, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) préconisait cependant d'éloigner les équipements radioélectriques "du ventre des femmes enceintes" et "du bas ventre des adolescents".

Éteindre le WiFi de sa box internet la nuit

Mis à part l'économie d'énergie faite à l'extinction de le WiFi la nuit tombée, Paul Mazet ne voit aucun bénéfice à cette action. "Éteindre son WiFi la nuit ne sert strictement à rien. Les niveaux d’émission sont tellement faibles qu’il n’y a pas de risque." Pour lui, un appareil portant la mention CE est conforme du point de vue sanitaire et ne doit pas inquiéter son propriétaire. D'après les mesures réalisées par l'Anses, une borne d'accès à internet présenterait un DAS maximum de 1 W/kg, soit deux fois moins élevé que ce qui est autorisé pour un téléphone portable. Le niveau d'exposition décroît par ailleurs très rapidement en fonction de la distance à laquelle on se trouve de l'appareil.

Malgré l'infime incidence que pourraient avoir tous ces petits gestes de précaution, il est en fait, dans notre société, impossible d'échapper aux ondes électromagnétiques... "À moins de travailler en Antarctique", ironise Paul Mazet. Pour autant, la multiplication des sources d'émission n'est pas forcément synonyme d'augmentation de la puissance des ondes, précise-t-il. "Il faut que des ondes soient en phase pour s’additionner, ce qui est du domaine de l’impossible. Vous serez exposés à plus de fréquences, mais elles ne seront pas forcément plus fortes, et donc pas plus dangereuses."

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