Mon enfant a des terreurs nocturnes : dois-je m'inquiéter ?

Bien-être

ANGOISSE - Cris, hurlements, agitation... Tous ces signes pourraient faire penser à un mauvais cauchemar. Sauf que, chez environ 5% des enfants, il s'agit de terreur nocturne. Des crises impressionnantes qui surviennent durant le sommeil et dont l'enfant ne se souvient plus au réveil. Le pédiatre Arnault Pfersdorff nous en dit plus sur ce phénomène.

"C'était horrible... Ça a duré au moins 20 minutes, on aurait dit qu'il était possédé", se souvient Morgane, maman d'un petit Malo. Il y a quelques semaines, celui-ci, âgé de 14 mois, a fait ce qui se nomme une terreur nocturne, un trouble du sommeil spectaculaire qui se manifeste généralement par des pleurs, une agitation importante et parfois des cris. L'enfant peut aussi se raidir, se redresser dans son lit et avoir les yeux ouverts. "Quant ça se produit, même la première fois, il ne faut pas cinq minutes pour comprendre que ça n'est pas un réveil ordinaire lié à une tétine égarée ou un cauchemar", explique la jeune maman. Impossible alors, pour les parents, de sortir leur enfant de cet état. "J’ai tout essayé : après les bisous, les câlins, les chansons pour le rassurer, je lui ai parlé un peu plus fort, je l'ai emmené dans le salon, allumé la lumière... mais il ne se réveillait pas et continuait de hurler, se débattait !", se souvient celle qui "à ce moment-là", ne reconnait "plus vraiment (son) bébé". 

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Le fils de Coralie, Baptiste, allait jusqu'à se raidir, pendant ses crises qui duraient également une vingtaine de minutes. "Il hurlait et on voyait qu'il était apeuré. Mais il dormait en fait profondément", se souvient-t-elle. Alexandra, une autre maman, a également dû affronter ce genre d'épisodes plusieurs fois ces dernières années avec sa fille, Emma, désormais âgée de 4 ans. Ne comprenant pas ce qu'il se passait la première fois, elle était prête à l'emmener aux urgences. "Je pensais qu'elle souffrait, qu'elle avait un problème."

Comme ces trois mamans, contactées par LCI, la plupart des parents se trouvent désemparés et impuissants face aux crises nocturnes et inconscientes de leurs enfants. Pour mieux comprendre ce phénomène et savoir comment y réagir, nous avons demandé des explications au pédiatre Arnault Pfersdorff, auteur du livre "Bébé : premier mode d'emploi" paru chez Hachette en 2017.

La fatigue, le stress, mais aussi une nouvelle façon d'appréhender le monde

"Les terreurs nocturnes font généralement leur apparition vers l'âge de 16 mois et disparaissent la plupart du temps vers 4 ans", explique le pédiatre. Elles concernent environ 5% des enfants et peuvent s'expliquer par des événements stressants, inhabituels ou encore une grosse fatigue. "Dans mon cas, affirme ainsi Morgane, le cas de la fatigue s'est vérifié pour chacune des deux crises. C'était des journées où, pour une raison ou une autre, la nuit précédente avait été écourtée et il n'avait pas eu son quota de siestes dans la journée". Même chose pour la fille d'Alexandra qui a fait sa dernière crise après un long retour de vacances. "Je pense que le changement d'environnement a aussi pu jouer", indique-t-elle.

Pour Arnault Pfersdorff, tout débute lorsque l'enfant entre dans la période de test vis-à-vis des autres, et en particulier des adultes. "L’enfant découvre qu’il a un pouvoir sur les autres et les images qu'il voit défiler dans la journée ne sont alors plus seulement des images de découverte, mais aussi de sensations." Autrement dit, en se confrontant aux autres, en socialisant, il n'est plus uniquement contemplatif, mais interagit avec le monde qui l’entoure. C'est cette nouvelle manière d'appréhender le monde qui peut provoquer les terreurs nocturnes.

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Grand format : dans la tête des bébés

Ces crises se produisent la plupart du temps avant minuit, lors de la phase de sommeil lent profond. "Cela peut s'expliquer par le défilement des images de la journée dans le cerveau", développe le pédiatre. L'enfant se remémore dans son sommeil des micro-épisodes qu'il a vécu sans même forcément que l'adulte s'en aperçoive : "un enfant qui lui vole un jouet, qui le tape, une chute, une sirène de pompiers dans la rue…", énumère-t-il. "Cela peut aussi être un bel anniversaire, un match de foot où il y a beaucoup de monde et de bruit. Il va emmagasiner tout ça et dans la nuit, son cerveau va passer en revue ces images pour les évacuer de son 'cerveau émotion', ce qui va créer cette crise."

Tenter de débriefer la journée avec son bambin pour prévenir la crise

Pour appréhender ces terreurs nocturnes et éviter qu'elles ne se produisent, Arnault Pfersdorff propose une méthode qu'il a lui-même mise au point : "même si les enfants ne parlent pas encore, le but est de les faire raconter les moments qui les ont impressionnés dans la journée avant d'aller se coucher. Je suggère donc aux parents de lâcher, en articulant bien et de manière assez saccadée, des mots comme 'enfant', 'crèche', 'tomber', 'pimpon'.... Sur une quinzaine de mots, il y en a forcément un ou deux qui vont le faire réagir." L'enfant devrait alors, si tout fonctionne bien, rebondir dessus, ce qui lui permet de se remémorer l’épisode de la journée et de s'endormir en ayant déjà géré la phase propre au "cerveau émotion". 

Si malgré tout, la crise se produit, le pédiatre conseille de ne pas réveiller l'enfant, mais plutôt de le toucher, le caresser, ou encore lui passer un gant de toilette frais dans les cheveux. Il est aussi possible de le prendre dans ses bras. "La plupart du temps, il se rendormira et ne conservera aucun souvenir de sa terreur nocturne", assure-t-il. Ce que confirment les trois mamans.

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