Vous n'irez plus à la piscine après avoir lu cet article

Bien-être

EN EAUX TROUBLES - Si la piscine permet de décompresser, elle serait loin de n'avoir que des avantages pour la santé selon le gastro-entérologue Bruno Donatini. Ces bassins chlorés, nous explique-t-il, représenteraient une foultitude de menaces et y nager ne serait pas aussi bénéfique qu'on le croit.

Depuis fin 2016, des séances de sport, dont la piscine, peuvent être prescrites par les médecins aux personnes atteintes d’une affection de longue durée telle que le diabète, l'obésité ou la sclérose en plaques. Une activité sportive qui permet, affirme la Haute autorité de santé, d'éviter le recours aux médicaments et, pour certaines maladies comme le cancer, aide à tolérer les traitements.

Mais d'après le gastro-entérologue Bruno Donatini, que nous avons interviewé après la conférence sur les virus qu'il a donnée ce week-end au salon Vivez Nature à Paris, aller à la piscine serait une très mauvaise idée, que l'on soit malade ou pas. Les bénéfices pour la santé seraient en effet bien moindres que les risques.

Un terrain favorable à l'asthme et aux verrues

"L’objectif n’est absolument pas de critiquer la valeur thérapeutique de l’eau, qui peut être utilisée à des fins curatrices lors de thalasso thérapies, précise Bruno Donatini d'emblée. Ça, c'est établi." Le médecin s'attaque plutôt au manque d’hygiène de ces bassins collectifs, où peaux mortes et miasmes se mêlent dans un joyeux mélange. "Est-ce qu’on attrape plus de virus en piscine ? C’est certain avec les verrues !", lance-t-il. Celles-ci sont causées par une infection par un papillomavirus humain (HPV) qui résisterait, selon le gastro-entérologue, plusieurs jours au chlore des piscines. Ces virus ne se transmettant que par contact, le risque d'être concerné par l'une des souches HPV responsables des infections génitales est en revanche nul.

"D'autre part, on sait que la chloramine, soit la réaction du chlore et des acides aminés contenus dans les peaux mortes qui flottent, est un gaz qui déclenche les crises d’asthme", poursuit le spécialiste. En 2006, une étude belge parue dans la revue Environmental Science & Technology concluait en effet à l'évidence d'un lien entre "la fréquentation régulière des piscines chlorées couvertes par les enfants" et "une probabilité accrue de développer de l'asthme ou une inflammation des voies respiratoires". D'autres études épidémiologiques ont également associé au chlore l'augmentation de l'incidence de l'asthme chez des nageurs professionnels et chez des employés de piscine.

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Une flore intestinale exposée

Nager aux côtés d'inconnus dans un bassin mettrait également en danger votre microbiote intestinal. L'un des risques principaux ? Avaler "un bout de biofilm [amas structurés de cellules bactériennes, ndlr.] craché par quelqu’un de malade, qui va vous coloniser petit à petit" et dénaturer votre flore bactérienne. Le médecin cite en exemple une étude publiée en 2009 dans la revue Science Translational Medecine et menée sur des souris, qui avait prouvé qu'un déséquilibre dans la population bactérienne était capable d'engendrer un surpoids, même en l'absence de régime riche en graisse.

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Des bénéfices musculaires et osseux pas si évidents

Pour le gastro-entérologue d'autre part, aller à la piscine n'aurait pas autant de vertus que l'on peut bien lui prêter. Alors que beaucoup de personnes âgées fréquentent les bassins pour rester en forme et se dépenser en douceur, cette immersion ne serait ainsi pas bénéfique du tout pour l'ostéoporose. "Pour densifier l'os, il faut de la gravité", assure le médecin. Pratiquer un sport debout, avec son poids, serait donc bien plus conseillé selon lui que de se mouvoir en apesanteur dans l'eau. Chez les astronautes, le risque de perte osseuse grave est d'ailleurs l'un des principaux obstacles aux missions spatiales prolongées.

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Quant aux bénéfices sportifs, le médecin émet là encore des doutes. "Le diamètre du muscle psoas, qui relie les jambes à la colonne vertébrale, mesure la capacité sportive. Or les patients qui vont à la piscine ont de petits psoas. Cela ne fonctionne pas. Vous ne ferez jamais autant d'effort qu'en courant ou qu'en faisant du vélo." L'amélioration de la variabilité cardiaque, qui permet à la fois d’évaluer l’état de forme, de contrôler l’impact de l'effort et d’apprécier l’état de la récupération serait elle aussi nulle.

Enfin, si la natation est souvent conseillée aux personnes souffrant de maux de dos, de récentes recherches d'une équipe de médecins bordelais révèlent qu'elle n'aurait finalement pas autant de bénéfices qu'escomptés. "Il n'y aurait, selon les auteurs de l'article, pas plus d'arguments pour proposer la natation que pour la déconseiller", résume Le Point, qui rapporte cette étude parue dans la revue Médecins du sport en janvier 2018. Une mauvaise pratique peut en revanche avoir des effets délétères, poussant les auteurs à conseiller de n'orienter les patients vers ce sport que s'ils disposent de bases techniques suffisantes.

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N'en reste pas moins que la natation est l'un des rares sports permettant de solliciter tous les muscles du corps, tout en préservant les articulations et en brûlant efficacement des calories. Peut-être vaut-il simplement mieux privilégier, quand cela est possible, de piquer une tête dans l'océan ?

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