On a infiltré leur page Facebook : les pharmaciens galèrent autant que nous pour décrypter l'écriture des médecins !

Bien-être

SURPRISE - Nous aimions à penser que les pharmaciens étaient incollables sur le décryptage des ordonnances. En infiltrant l'un de leur groupe Facebook, nous nous sommes rendu compte que cela n'était pas du tout le cas. Rodolphe Cohen, pharmacien et administrateur de cette page, nous explique à quel point ces prescriptions illisibles sont problématiques.

En France, le décryptage d'ordonnance est en quelque sorte un sport national. Qui d'entre nous n'a jamais été confronté à une prescription illisible, emplie de traits ponctués de points ou d'un enchaînement de boucles ? A priori, pas grand monde. Il est malgré tout possible de se rassurer en se disant que de toute façon, le pharmacien qui aura à la traiter saura lire entre les lignes du médecin. 

Mais en infiltrant un groupe Facebook destiné aux pharmaciens, nous nous sommes rendu compte avec stupeur que cela n'était en réalité pas du tout le cas. De nombreuses publications sonnent sur la page du groupe "Tu sais que tu es pharmacien" comme des appels à l'aide, des bouteilles à la mer face à un amas de gribouillis peu inspirant.

Des fusées de détresse sur Facebook

"Quelqu'un a une idée ? Help !", s'écrit l'un deux devant ce qui s'apparente plus à des hiéroglyphes qu'à un nom de médicament. "Bonsoir, help please", hèle un autre en joignant la photo d'une page pleine de symboles incompréhensibles. 

Un troisième pharmacien, lui, se désole à son comptoir : "C'est de pire en pire, les médecins ne s'embêtent plus à écrire correctement".

Je n'ai jamais compris pourquoi les médecins étaient aussi pressés d'écrire une ordonnance !- Rodolphe Cohen, pharmacien et coordinateur du groupe Facebook "Tu sais que tu es pharmacien"

"En tant que pharmaciens, nous sommes confrontés à des prescriptions illisibles une à deux fois par jour", nous explique Rodolphe Cohen, pharmacien à Saint-Denis (93) et administrateur de ce groupe Facebook qui compte près de 20.000 membres. Dans la plupart des cas, une publication sur les réseaux sociaux permet de résoudre le problème, les suggestions des confrères affluant rapidement. En cas de séchage général sur la question ou de discorde dans les commentaires, un coup de fil au médecin règle le problème.

"Je n'ai jamais compris pourquoi les médecins étaient aussi pressés d'écrire une ordonnance ! Pourquoi ils ne prennent pas deux minutes pour écrire en capitales...", se lamente tout de même le pharmacien. "Certes, ils suivent des études très longues et développent, forcément, une capacité à écrire rapidement, avec des abréviations, etc. Mais l'écriture d'une prescription se fait dans un autre contexte, avec des patients en face ! Il arrive que certaines personnes arrivent chez nous complètement perdues,  en n'ayant pas vraiment compris ce qu'ils avaient, et avec une ordonnance illisible."

Des erreurs parfois inévitables

Évidemment, une telle situation peut aisément mener à des erreurs. Elles sont notamment régulières chez les stagiaires ou les très jeunes pharmaciens, nous assure Rodolphe Cohen. "J'ai travaillé dans une grande pharmacie avant et on a rattrapé de belles bêtises ! Il est aussi arrivé que l'on s'en rende compte à posteriori : un Dédrogyl ou lieu d'un Aturgyl, soit on passe d'une vitamine D en solution buvable à un spray décongestionnant pour le nez... C'est vraiment un problème !"

À cette situation, une seule solution : l'informatisation des médecins. "Mais eux n'ont pas la pression", note le professionnel. Car si le milieu de la pharmacie a dû se mettre très tôt à l'informatique pour accélérer les processus de remboursement de la sécurité sociale et des mutuelles et toucher l'argent des ventes de médicaments au plus vite pour ne pas se retrouver à crédit, les médecins, eux sont payés à l'acte. "À contrario en Belgique, ils sont à des années lumières de nous. Ils ont des ordonnances qui sont écrites informatiquement, scannées par le pharmacien dont le logiciel reconnaît chaque boîte." 

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Mais, concède Rodophe Cohen en blaguant, "j'adore, parce que les gens nous prennent pour des dieux à chaque fois qu'on arrive à décrypter une ordonnance". "Je dis souvent aux clients de la pharmacie : 'Ne vous inquiétez pas, je vais réussir à la lire, j'ai eu 18 à la lecture d'ordonnance !', comme si le décryptage était une matière de notre cursus."

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