Particules "ultrafines" : peut-on se protéger de cette pollution invisible ?

Bien-être

INVISIBLES, ET POURTANT - En France, la pollution de l'air tue 48.000 personnes par an. Si les particules fines étaient jusque-là en cause, la faute pourrait surtout revenir aux particules ultrafines, encore très peu connues. Le président de l'association Respire nous expose les meilleures façons de s'en protéger, alors que la région Île-de-France a annoncé ce mardi l'installation du premier instrument permettant de les mesurer.

5.000 fois plus petites qu'un grain de sable, elles passaient jusque-là entre les mailles du filet. Les particules ultrafines (PUF), qui proviennent de la combustion dans les moteurs diesel et essence, mais aussi de celle produite par l'industrie et le chauffage, n'ont jusqu'ici jamais été prises en compte dans les mesures de qualité de l'air. Contrairement aux particules fines PM10 (inférieures à 10 micromètres) et PM2,5 (inférieures à 2,5 µm), elles ne sont pas réglementées et ne font donc pas l'objet d'un suivi obligatoire. Pourtant, comme le soulignait en juillet dernier un rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), les dangers pour la santé sont bien réels. En pénétrant plus profondément dans l'organisme que les particules fines, elles peuvent causer des troubles respiratoires et cardiovasculaires ainsi que des "décès anticipés". Elles pourraient aussi avoir un impact "sur le développement des performances cognitives de l'enfant".

Face aux alertes répétées des associations et la publication de ce rapport, la région Île-de-France a vraisemblablement décidé de prendre les choses en main en annonçant, ce mardi, l'installation prochaine dans la capitale d'une station de nouvelle génération pour mesurer la concentration dans l'air de ces particules ultrafines. En attendant les premiers résultats, nous avons demandé à Olivier Blond, président de l'association Respire, quels étaient les meilleurs moyens de se protéger de cette pollution invisible.

Privilégier les rues les moins embouteillées

"Comme ces particules sont encore plus petites que les particules fines, la plupart des systèmes de filtres, comme les masques antipollution, sont inefficaces", prévient Olivier Blond. Une fois exposé à ces particules, il n'y a donc rien à faire pour s'en protéger. La meilleure solution est donc de les éviter le plus possible. Le problème, indique le président de l'association, c'est que les faibles connaissances concernant ces particules ultrafines ne permettent pas de savoir si elles ont "les mêmes modèles de diffusion, les mêmes concentrations et les mêmes pics" que les particules PM10 et PM2,5. Difficile donc, sans mesures précises, de se frayer un chemin entre ces particules.

Pour notre interlocuteur, le mieux à faire est pour l'instant de faire preuve de bon sens. Il conseille ainsi d'adapter ses trajets pour éviter les zones les plus polluées. "Chacun peut protéger sa santé en choisissant simplement son itinéraire le matin pour aller travailler ou déposer les enfants à l’école. Privilégier une petite rue plutôt que l'axe embouteillé d'à côté va peut-être vous faire perdre quelques secondes, mais vous permettre de respirer un air de bien meilleure qualité." Ce mardi, une cartographie constituée à partir des données collectées par Airparif, l’organisme chargé de la surveillance de la qualité de l’air en Île-de-France, a été mise en ligne sur le site de la ville de Paris. Grâce à l'actualisation de ses données toutes les heures, elle peut permettre aux Parisiens d'affiner davantage leurs itinéraires en prenant en compte les niveaux des différents polluants réglementés (PM10, PM2,5, dioxyde d’azote et ozone).

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Olivier Blond avertit aussi sur les activités sportives, qui sont les moments où l'on respire le plus et le plus profondément. "Il faut faire attention à l’heure à laquelle on pratique son sport. Il ne faut pas faire du jogging le soir à 18h le long du périphérique ! Ça peut paraître être une évidence, mais il y a quand même des gens qui l’oublient."

Bus, tramway ou métro, même topo

Concernant les moyens de transports en commun utilisés, aucun ne paraît être la solution idéale. Car lorsque le bus et le tramway sont plongés dans la circulation automobile, et donc la pollution, le métro est lui aussi largement pollué aux particules fines et ultrafines, en raison notamment des systèmes de freinage.

Faire du vélo sur la piste cyclable semble en revanche bien plus raisonnable aux yeux du président de Respire. "Le simple fait d’être à un ou deux mètres de la chaussée permet de diminuer considérablement la concentration de polluants que l’on respire", affirme-t-il. Selon une étude menée au Royaume-Uni en 2018 et relayée par The Guardian, un cycliste inhale deux fois moins de particules fines qu'un automobiliste et cinq fois moins qu'un piéton. Ces mesures ont été effectuées sur un trajet de quatre kilomètres dans le centre-ville de Leeds, qui compte près d'un million d'habitants.

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Aérer régulièrement son logement pour éviter la concentration de particules polluantes

Alors que la pollution de l'air extérieur constitue un enjeu de santé publique majeur, celle de l'air intérieur l'est tout autant. En raison du confinement, celui-ci est souvent plus pollué qu'à l'extérieur. Aérer deux fois par jour son domicile, si possible en dehors des heures de pointe du trafic routier, est donc important pour limiter la présence de polluants.

Si l'acquisition d'un purificateur d'air peut, pour les logements particulièrement exposés, être une bonne solution pour assainir l'air ambiant, leur efficacité pour la particules ultrafines risque, comme pour les masques antipollution, d'être très limitée.

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Vers une mise à jour de la réglementation ?

Ces mesures individuelles sont pour l'instant les seules possibles à prendre pour les citadins voulant se préserver de ces particules, mais Olivier Blond espère que les premières mesures vont rapidement déboucher sur une mise à jour législative. "Le problème, c’est que la réglementation est complètement obsolète. Elle date d’il y a 20 ans, à un moment où l'on connaissait mal les particules et leurs effets sur la santé et où l'on n'avait pas les bons outils de mesure. Le rapport de l’Anses montre que le danger sanitaire vient des particules les plus fines, celles qui ne sont pas réglementées aujourd’hui. Il faut donc absolument agir pour que la surveillance des particules les plus fines soit inscrite dans la loi et que les associations de mesures, comme Airparif, s’emparent du sujet."

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