"Je suis allergique aux génériques !" : ce pharmacien croque nos petits travers avec humour

Bien-être

DESSINS - Derrière leur comptoir, les pharmaciens sont confrontés à toutes sortes de situations. Et certaines ne manquent pas de piquant. Allan Mimouni, qui travaille dans une officine du XVIIe arrondissement de Paris, a décidé de les illustrer.

Depuis quinze ans qu'il travaille en officine, Allan Mimouni a vu défiler beaucoup de patients... et de perles. Entre ceux qui affirment être allergiques aux génériques, ceux qui cachent la boîte de préservatifs qu'ils viennent d'acheter, et ceux qui étalent leur vie en long et en large à tous ceux qui veulent bien les écouter, il y aurait de quoi écrire un livre. Le pharmacien, lui, a décidé d'en faire des dessins.

Depuis le mois de septembre, cet amoureux du crayon illustre avec humour et parfois une certaine autodérision les scènes auxquelles il assiste au quotidien, puis les publie sur sa page Instagram éponyme et sur le groupe Facebook "Tu sais que tu es pharmacien", réservé aux métiers de l'officine. S'il n'était, au début, pas très sûr de lui, il a finalement su trouver son public. "J'ai rapidement vu que ça plaisait et ce qui est drôle, c'est que je me suis aperçu que mes confrères et moi, nous vivons quasiment les mêmes situations et avons les même patients, les mêmes réactions, quelque soit et où que soit la pharmacie", explique-t-il à LCI avant d'évoquer, tour à tour, les profils les plus drôles des clients qu'il côtoie.

Le client qui n'ose pas dire pourquoi il vient

"Nous recevons souvent des clients qui ne savent vraiment pas ce qu'ils veulent. 'C'est un comprimé... Il est rose... mais je ne sais plus trop à quoi il sert...'  Sauf qu’il y a 5.000 références en pharmacie, donc retrouver ce que le client demande peut être très compliqué ! En fait, les gens pensent que les pharmaciens connaissent toutes les couleurs et les formes de tous les comprimés et gélules. Sauf qu’il y a certaines boîtes qu’on ne peut pas ouvrir parce qu’il y a une sécurité, et certains emballages en aluminium ne permettent pas de se faire une idée de la forme du comprimé."

Il y a des clients qui achètent des préservatifs comme si c’était la prohibition.- Allan Mimouni, pharmacien

"Cela nous arrive aussi souvent de recevoir des gens qui tournent autour du pot. Cela se produit surtout pour tout ce qui touche aux parties intimes, ou à la gastro", note Allan Mimouni. "C'est sûr que c'est un peu particulier d'annoncer d'emblée à un inconnu que l'on a la diarrhée ! En plus, il y a potentiellement d’autres personnes dans la pharmacie, ce qui fait qu'elles ne veulent pas parler trop fort. Même si nous sommes censés aménager les lieux de telle sorte qu'il y ait des zones de confidentialité, il arrive que les gens s'agglutinent. La personne nous explique alors, un peu gênée, qu'elle a un peu mal au ventre, qu'elle a des crampes... Il faut creuser pour savoir ce qu'il liui faut vraiment". D'autres, raconte-t-il en riant, achètent des préservatifs "comme si c’était la prohibition". "Ils les prennent discrètement, les cachent derrière une autre boîte, les rangent tout de suite dans un sac…"

Le client qui raconte sa vie

"S'il y en a qui sont un peu mal à l'aise, d'autres le sont au contraire trop ! En fait, remarque le pharmacien, il y a vraiment beaucoup de gens qui sont sans gêne à la pharmacie. Peut-être parce que c’est un endroit où l'on livre une partie de son intimité... Et comme beaucoup de médicaments sont remboursés, il n’y a très souvent pas de rapport d’argent. Tout ça fait qu’ils sont assez à l’aise." Une situation qui amène certains clients à raconter leur vie, ou à intervenir dans l'échange d'un autre client avec le pharmacien.

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Les clients qui veulent plein d'échantillons

Dans la catégorie des gens décomplexés, il y a aussi ceux qui réclament systématiquement des échantillons alors qu'ils n'achètent jamais rien en parapharmacie, note Allan Mimouni. "Ce genre de situation se reproduit assez souvent. Les clients en sont très friands de parce que c’est gratuit..."

Le patient "allergique" aux génériques

"Il y a des gens qui ne veulent pas du tout de générique, affirme Allan Mimouni. Il y en a qui vont jusqu’à dire qu’ils sont allergiques ! Ça n'a pas de sens. C'est comme si je vous disais que je suis allergique à la nourriture. Ce qui est important, c’est de regarder ce qu’il y a dans le médicament et s’il s’avère qu’il y a vraiment une allergie, ce sera à un produit en particulier. Sauf qu’il se retrouve aussi dans des médicaments qui ne sont pas génériques, puisque ce sont les mêmes formules. L’excuse ne tient pas."

Les plus réfractaires, ce sont les personnes âgées.- Allan Mimouni, pharmacien

Ces aversions, le pharmacien les explique par plusieurs raisons. "Les plus réfractaires, ce sont les personnes âgées parce que ça fait des années qu'elles prennent les mêmes médicaments : le comprimé blanc le matin, rose le midi et jaune le soir. Et c’est vrai que sur les génériques, la forme et la couleur peuvent être un peu différentes, ce qui peut être un peu déstabilisant." "Il y a aussi ceux qui pensent que puisque c'est moins cher, c'est moins bien. Comme cela peut s'appliquer pour plein de produits de la vie courante. Mais c’est beaucoup plus compliqué que ça dans le monde du médicament..."

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Le pharmacien note cependant que les personnes récalcitrantes sont de moins en moins nombreuses. "Ça fait déjà une dizaine d’années qu’on se bagarre avec les patients pour essayer de leur faire comprendre que c’est bien de prendre le générique parce que c’est le même médicament et que ça coûte moins cher à la sécurité sociale."

Le client qui ne veut rien payer

"En France, nous sommes très peu habitués à débourser de l'argent pour la santé, même si nous cotisons indirectement pour ça. Il arrive donc souvent que lorsque l'on annonce qu'un médicament n'est pas remboursé, les clients ne veuillent pas payer et inventent par exemple le fait que finalement, il l'ont déjà chez eux. Je trouve toujours cela surprenant, surtout qu'il s'agit parfois de quelques euros."

"Pas plus tard qu'hier, j'ai un patient qui est venu chercher des médicaments pour sa femme enceinte. Il n'a pas voulu prendre une boîte qui lui aurait coûté trois euros."

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Malgré toutes ces situations et le regard "critique" qu'il porte parfois sur eux, le pharmacien tient à affirmer toute la "tendresse" et la "bienveillance" qu'il cultive à l'égard de ses patients.

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