Pic de gastro-entérites : pourquoi la vaccination n’est-elle pas recommandée en France ?

Pic de gastro-entérites : pourquoi la vaccination n’est-elle pas recommandée en France ?
Bien-être

MALADIE DE l'HIVER - Le réseau Sentinelles a publié ce mercredi les chiffres du nombre de gastro-entérites sévissant actuellement en France. L’activité est forte, à un niveau plus élevé que ces dernières années à la même période. Brigitte Virey, présidente du syndicat national des pédiatres français, nous explique pourquoi le vaccin des nourrissons contre la gastro-entérite n’est plus recommandée par les autorités sanitaires françaises.

Depuis plusieurs semaines, le nombre de gastro-entérites sur le territoire est en hausse, et les premiers jours de 2020 n’ont pas dérogé à la règle. Selon le réseau Sentinelles, l’activité est forte, avec 326 cas pour 100.000 habitants dans la métropole. Un chiffre "pas exceptionnel, mais plutôt élevé pour la période", assure le réseau à LCI. Trois régions sont d’ailleurs particulièrement touchées : la Nouvelle-Aquitaine (462 cas pour 100.000 habitants), le Grand-Est (426) et les Pays-de-la-Loire (415).

Dès lors, faut-il vacciner les nourrissons contre le rotavirus, responsable d’une partie des gastro-entérites ? Le vaccin est-il efficace ? Pourquoi n’est-il pas recommandé en France ? Quels sont ses effets indésirables ? LCI a posé ces questions à Brigitte Virey, pédiatre et présidente du syndicat national des pédiatres français.

LCI : Qui peut être concerné par ce vaccin contre le rotavirus ?

Brigitte Virey : Les tout petits nourrissons, à partir de deux mois et jusqu’à six. Deux vaccins existent : un en trois doses et un en deux. Toutes se font par voie orale. Il protège au minimum trois ans. Une fois que le nourrisson a passé les six mois, il n’y a plus l’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le faire vacciner. Si vous le faites, vous êtes en dehors de l’AMM, donc cela pose un problème.

Lire aussi

Pourquoi ce vaccin ne concerne-t-il que les nouveau-nés ?

Le rotavirus est virulent et le risque majeur est la déshydratation. Nous n’avons le droit de perdre au maximum que 10% du poids de notre corps. Si un nourrisson fait 4 kilos, 10%, c’est 400 grammes, et c’est très vite perdu. Mais une fois que l’enfant grandit, le problème ne se pose plus. S’il attrape ce virus, il ne sera sans doute pas en forme, mais ce ne sera pas vital.

Quels sont les effets secondaires du vaccin ?

C’est un virus vivant, donc il a des effets indésirables assez immédiats. Le plus souvent, un peu de diarrhée peut apparaître. Ce qui est surtout ennuyeux, ce sont les risques d’invagination intestinale du nourrisson dans la semaine qui suit la première dose du vaccin. Elle se caractérise par une accélération du transit au niveau intestinal. Sous l’effet des contractions, l’intestin va se télescoper en lui-même et le transit ne passera plus. Cela se traduit par un bébé qui va avoir mal, pleurer, refuser de s’alimenter et qui peut vomir.

Le vaccin est-il vraiment efficace ?

Oui, il fonctionne très bien. Dans les pays où la vaccination est recommandée et faite de façon systématique, cela protégerait même les personnes autour des nourrissons vaccinés. En France, nous ne pouvons pas le dire puisque cette vaccination est assez confidentielle. Il y a pas mal de pays proches de chez nous dans lesquels la vaccination est recommandée pour les nourrissons, comme l’Allemagne et l’Angleterre, mais aussi le Canada ou l’Australie.

En vidéo

L'épidémie de gastro-entérite se propage à Toulouse

Pourquoi le vaccin n'est-il pas recommandé en France ?

À plusieurs reprises, il y a eu des discussions au niveau du comité technique des vaccinations pour savoir s’il devait l'être ou pas. Il l’a été pendant très peu de temps, il y a au moins 5 ans. Mais à cause des effets secondaires, il y a eu une pression très forte pour que la recommandation de ce vaccin soit enlevée.

Il y a plusieurs années, deux décès de nourrissons ont été attribués au vaccin contre le rotavirus. Cela a-t-il joué dans le fait de ne plus le recommander ?

Bien sûr. C’est difficile de savoir concrètement ce qu’il s’est passé sans le dossier médical sous les yeux, mais il semblerait que pour l’un des deux décès, l’AMM n’ait pas été respectée. Pour le deuxième, je pense que c’est un concours de circonstances dramatique : au départ, il y a eu le vaccin, mais aussi d’autres choses après. Le vaccin a sûrement joué, mais ce n’était pas la seule cause.

Combien de nourrissons se font vacciner contre le rotavirus chaque année en France ?

Très peu. C’est un vaccin un peu cher, entre 130 et 140 euros, et qui n’est pas remboursé par la sécurité sociale. Automatiquement, cela sélectionne les personnes qui peuvent accéder à cette vaccination. Et puis, quand vous leur expliquez que dans les huit jours qui suivent, il faut surveiller tous les signes de l’invagination intestinale, cela refroidit certaines d'entre elles. Enfin, comme un certain nombre de vaccins sont désormais obligatoires, je pense que dans l’esprit des gens, puisque celui contre le rotavirus ne l’est pas, c’est qu’il n’est pas indispensable.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent