"Platform shoes" : elles reviennent à la mode mais sont mauvaises pour notre squelette

Bien-être
STYLE - Vous l'aurez peut-être remarqué, les "platform shoes", ces chaussures à plateforme iconiques des années 90, reviennent à la mode. Si leur esthétisme séduit de plus en plus de fashionistas, leur design massif et leur poids ne sont pas vraiment adaptés à un usage quotidien, nous avertit le vice-président du Syndicat National de l’Orthopédie Française.

Fila, Adidas, Nike, Vans, Converse et même Gucci... Les chaussures à plateforme, à la mode dans les années 90, n'en finissent pas de faire leur grand retour. Avec leurs semelles d'une vingtaine de centimètres, elles sont sans vergogne ressorties du placard, accompagnées des crop tops, des jeans mom et des bananes.


Mais ces chaussures, souvent lourdes et rigides, sont-elles sans danger pour notre squelette ? Nous avons posé la question à David Bonnet, orthopédiste et vice-président du Syndicat National de l’Orthopédie Française.

Pied bloqué, équilibre affecté

"Ces chaussures peuvent effectivement poser un problème en raison de leur rigidité", affirme celui qui est aussi posturologue. "Car, par définition, le pied est mobile. Lorsque l'on décompose la marche, on observe trois phases : la phase taligrade, soit le moment où l'on pose le talon, la phase plantigrade, où tout le pied est en contact avec le sol, puis la phase digitigrade, où le pied est uniquement en appui sur l'avant. C'est à ce moment-là que les orteils fléchissent et nous propulsent vers l'avant."


Or sur ces chaussures, la semelle est tellement épaisse qu'elle empêche le pied d'effectuer ces mouvements. Immobilisés, les muscles et articulations qui le maintiennent et lui permettent de se mouvoir ne travaillent plus. "Le pied est constamment à plat et on marche en passant uniquement d'une phase plantigrade à une autre phase plantigrade", résume David Bonnet. "Cela va perturber toute la posture, qui s'équilibre habituellement grâce aux informations transmises au cerveau par les pieds. Celles-ci lui indiquent dans quelle position se trouve le corps pour adopter un bon équilibre." Sans ces données, les genoux, les hanches et le dos vont mal compenser, entraînant différentes douleurs, comme des lombalgies. "Il faut considérer que les pieds sont les fondations de l'édifice. S'ils sont gênés, les étages supérieurs vont être affectés."

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Une circulation du sang altérée

Autre aspect non négligeable : le rôle important du pied dans le retour veineux. "Le sang circule dans tout le corps grâce au cœur, qui est la pompe principale. Mais en arrivant aux pieds, ce sang va devoir remonter avec l'aide d'une deuxième pompe, actionnée par les contractions musculaires des pieds. Cela ne fonctionne qu'à la condition que ces derniers puissent se dérouler", indique l'orthopédiste. Sans cette pompe, le retour veineux ne fonctionne plus et les pieds et les jambes risquent de gonfler, occasionnant l'apparition de varices. "Mais, tempère David Bonnet, ces problèmes-ci ne sont occasionnés que si les chaussures en question sont portées au moins toute une saison. Il ne va pas vous arriver grand-chose si vous portez ces chaussures pendant un week-end." La lourdeur des semelles, elle, peut occasionner une fatigue au niveau des membres inférieurs qui s'efforcent de soulever leur poids à chaque pas.

Ni trop molle, ni trop rigide... Les critères de la chaussure idéale

Pour David Bonnet, l'idéal serait de porter, au quotidien, une chaussure "suffisamment solide pour stabiliser l'arrière du pied" et comportant un talon "de maximum deux centimètres". "Dès que l'on augmente la hauteur du talon, on perturbe les pressions qui sont normalement réparties sur l'avant et l'arrière du pied, ce qui peut occasionner des douleurs sur l'avant du pied et déformer les orteils", avertit-il. La semelle, elle, doit être "assez souple" pour permettre au pied de se dérouler. 


Mais des semelles trop molles sont également à éviter en raison de l'altération du contact du pied avec le sol qu'elles provoquent. "Si c'est trop mou, on va se retrouver à peu près avec le même problème que les semelles trop rigides, où les informations fournies par les pieds ne remontent plus correctement au cerveau." 

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