Plus de 350.000 fractures par an liées à l'ostéoporose : l'appel d'un spécialiste pour un dépistage "systématique" de la maladie

Bien-être

PRISE EN CHARGE - À partir d'un certain âge, le squelette devient plus fragile. Des chocs minimes peuvent entraîner une fracture, puis une autre, et encore une autre. C'est l'ostéoporose. Cette maladie, qui altère grandement la qualité de vie et la santé des patients, et dont la journée mondiale se tient ce dimanche, est encore trop peu diagnostiquée en France, regrette auprès de LCI le rhumatologue Gérald Rajzbaum.

En France, plus de 350.000 fractures sont attribuées chaque année à l'ostéoporose. Cette maladie osseuse, qui associe à la fois une diminution de la densité de l'os et une modification de sa micro-architecture, fragilise le squelette et augmente le risque de casse.

Si ces fractures peuvent paraître presque anodines pour une jeune personne, elles le sont beaucoup moins pour des patients âgés. Un col du fémur, un poignet ou encore des vertèbres cassées peuvent vite entraîner la dégradation de la santé des patients, qui s'avèrent être des femmes pour la majorité. En raison de la ménopause, qui signe l'arrêt de la production d’œstrogènes par l’organisme, des hormones qui jouent un rôle important dans le remodelage osseux, l'ostéoporose est deux à trois fois plus fréquente chez elles que chez les hommes. Pour Gérald Rajzbaum, rhumatologue au sein du Groupe hospitalier Paris Saint-Joseph, un gros travail de dépistage reste encore à faire en France pour éviter la multiplication de ces fractures. Il répond à nos questions à  l'occasion de la journée mondiale de l'ostéoporose, ce dimanche 20 octobre.

Pourquoi le dépistage est-il si peu pratiqué ?

Gérald Rajzbaum : Le dépistage devrait être systématiquement proposé après 50 ans à toute femme ayant un risque de fragilité osseuse. Seulement, il est encore très peu proposé en raison d'un manque de sensibilisation du personnel soignant. Les personnes qui se rendent aux urgences pour une fracture sont prises en charge et soignées, mais ressortent souvent de l’hôpital sans jamais avoir entendu parler d’ostéoporose et sans qu’on leur ait proposé d'examen. Cela est généralement fait par des médecins qui connaissent la maladie.

Pour tenter d'améliorer la situation, des "filières fractures" se mettent en place depuis presque une quinzaine d’années dans de nombreux hôpitaux, dont le Groupe hospitalier Paris Saint-Joseph. Pour tout patient de plus de 45 ans qui vient aux urgences pour une fracture, nous nous posons systématiquement la question de savoir si celle-ci est due à l'ostéoporose. Si nous pensons que c'est le cas, nous orientons la personne vers une ostéodensitométrie ou vers un traitement d’emblée. Nous ne voyons cependant pas, à l'hôpital, les personnes en bonne santé apparente. Un gros travail de dépistage est aussi à faire du côté des médecins généralistes.

Quels sont les moyens de dépistage disponibles ?

Gérald Rajzbaum : Il existe un examen simple, indolore et qui ne dure qu'une dizaine de minutes : l’ostéodensitométrie. Il permet d’évaluer un risque de fracture chez un patient en analysant par rayons X, à très faible irradiation, la densité de l’os. Si cette densité osseuse est inférieure à la normale établie pour une population donnée - car la densité osseuse n'est pas la même en fonction des origines ethniques -, il y a un risque plus important de fracture.

Bien que cela soit un examen de référence, comme la prise de tension chez un patient hypertendu, il ne suffit pas à lui seul pour diagnostiquer l'ostéoporose. Le médecin doit aussi prendre en compte les antécédents de santé et familiaux du patient, mener un examen clinique... S’il a jusque-là mené une vie saine, n'a jamais pris de médicaments qui fragilisent le squelette, comme la cortisone, n'a pas consommé d'alcool avec excès ni fumé, la densitométrie de ses os, même inférieure à la normale, est à relativiser. La mise en place d'un traitement n'est dans ce cas pas toujours obligatoire.

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Quels sont les traitements proposés ?

Gérald Rajzbaum : Les médicaments les plus fréquemment prescrits sont des biphosphonates, qui réduisent le risque de fracture vertébrale et de la hanche. Mais il existe par ailleurs de nombreux autres traitements. Ceux-ci doivent être accompagnés d'une prise de vitamine D, qui permet d'augmenter l'efficacité des médicaments, et par des apports en calcium, en priorité grâce à l'alimentation. Il est aussi fondamental que les patients aient une alimentation équilibrée et une activité physique. Des études ont montré que le renforcement musculaire permettait aussi de renforcer un peu le squelette. Mais ce n'est pas tant pour cela que pour éviter de faire des chutes ou de pouvoir se rattraper qu'un meilleur tonus musculaire est important.

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