"Je ne pouvais pas attendre la loi Macron" : le parcours en solo de Karine, 38 ans, pour faire congeler ses ovocytes en Espagne

Bien-être

TÉMOIGNAGE - A 38 ans, Karine n'a toujours pas trouvé l'homme avec qui elle pourrait avoir des enfants. Les années ayant ainsi filé entre ses doigts, elle a décidé de faire congeler ses ovocytes en Espagne. Un parcours en solitaire qu'elle raconte à LCI alors que ce mardi, la mission parlementaire sur la loi de bioéthique préconise, comme Emmanuel Macron s'y était engagé, l'ouverture de la Procréation médicalement assistée aux couples de femmes et aux femmes seules.

Déborah Schouhmann-Antonio est thérapeute et coach en périnatalité. Chaque jour, celle qui est aussi l'auteure du livre "Infertilité, mon guide vers l'espoir" (éditions Jouvence) reçoit et accompagne dans son cabinet des femmes qui ne parviennent pas à avoir d'enfant. Si, au-delà du suivi thérapeutique, la professionnelle est parfois en mesure de proposer des solutions accessibles et autorisées par la loi, cela n'est pas toujours le cas. Certaines de ses patientes, dans l'impossibilité de faire un enfant dans l'immédiat à cause d'un souci de santé ou encore parce qu'elles n'ont pas encore trouvé le bon partenaire, souhaitent par exemple faire congeler leurs ovocytes. Une pratique seulement accessible en France aux femmes qui souhaitent faire une FIV, en cas de don d'ovocytes ou de pathologies susceptibles d'altérer la fertilité, comme une endométriose sévère ou un cancer.

Des restrictions que la mission parlementaire sur la loi de bioéthique, dont le rôle est de préparer le débat législatif qui doit avoir lieu avant l'été, voudrait voir levées : elle préconise ce mardi, outre la levée de l'anonymat des donneurs de sperme ou l'assouplissement des recherches sur l'embryon, l'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, comme Emmanuel Macron s'y était engagé pendant sa campagne. Une promesse que Déborah Schouhmann-Antonio attend de pied ferme. "Ça existe déjà, donc ça serait quand même plus simple de le faire chez nous, avec une loi claire et qui, en plus, protège les femmes. Nous sommes à la traîne en France sur ce sujet-là." Aujourd'hui, elle avoue parfois devoir conseiller aux femmes qu'elle rencontre de se rendre à l'étranger. "De toute façon, en général, elles y ont déjà pensé", note-t-elle. Karine, 38 ans, fait partie de ces femmes.

Mon vœu le plus cher est de trouver le bon partenaire et d’avoir un enfant avec lui. Mais je ne l’ai toujours pas trouvé.- Karine

A l'âge de 38 ans, elle n'a toujours pas réussi à avoir d'enfant. La faute à des hommes effarouchés par l'engagement, nous raconte-t-elle. "Mon vœu le plus cher est de trouver le bon partenaire et d’avoir un enfant avec lui. Mais je ne l’ai toujours pas rencontré." La congélation de ses ovocytes lui trottait donc dans la tête depuis un moment, mais c'est après avoir vu un débat télévisé sur le sujet que la trentenaire se décide à sauter le pas, en mai dernier.

Elle contacte l'une des intervenantes, directrice d'une clinique spécialisée à Valence, en Espagne. S'en suit un rendez-vous sur place, où elle se rend accompagnée de sa mère. Après lui avoir expliqué les modalités et la marche à suivre pour l'opération à venir, le médecin la charge de trouver un gynécologue en France, qui accepte de lui fournir une ordonnance pour les injections d'hormones et les échographies à effectuer. "Non remboursés, ces médicaments-là coûtent extrêmement cher, autour de 3.000 euros", précise Karine.

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Il m’a dit qu’il fallait que je sois accompagnée psychologiquement et que j’accepte mon destin.- Karine

"Il m'a fallu beaucoup de temps pour trouver une gynécologue prête à m’accompagner parce que c’était illégal. Dans un premier temps, j’ai fait appel à la mienne, qui me suivait depuis des années. Ça a été très dur pour moi parce qu’elle n’a pas voulu m’aider. Elle m’a dit que j’avais encore le temps et qu'elle ne voulait pas prendre de risque." Karine en voit ensuite une deuxième, puis une troisième. Des gynécologues qui, elles, comprenaient sa démarche, mais ne souhaitaient pas non plus lui prêter main forte.

Une période difficile et humiliante, sans compter les propos de son médecin traitant : "Il m’a dit qu’il fallait que je sois accompagnée psychologiquement et que j’accepte mon destin. Ça m'a remise dans ce sentiment de culpabilité de ne toujours pas avoir d’homme, de famille… ", se souvient Karine, amère. Elle contacte finalement de nouveau la clinique en Espagne, qui l'adresse à une gynécologue ayant déjà permis une PMA pour un couple de lesbiennes.

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En fait, on ment à tout le monde.- Karine

Son ordonnance enfin obtenue, Karine doit réaliser des échographies tous les deux jours environ, pour vérifier la taille de ses ovocytes. Mais cette fois, refroidie par les réactions des médecins, elle décide de mentir, de culpabilité et de colère, aux centres de radiologie où elle prend ses rendez-vous. Elle prétexte être là pour réaliser une FIV. "En fait, on ment à tout le monde", résume-t-elle. S'en suivent vingt jours où la trentenaire doit se faire des piqûres trois fois par jour, seule. "Je n’avais personne pour me les faire. C’était difficile, d'autant plus qu’on a en plus les hormones qui affectent notre émotivité." Pendant ce temps là, la clinique effectue avec elle un suivi téléphonique et une fois ses ovocytes estimés assez mûrs pour la ponction, Karine fonce à Valence.

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Je me suis sentie comme une vache à lait.- Karine

L'opération se passe bien. Si ce n'est que seuls huit ovocytes "valables" lui sont prélevés, ce qui, selon la clinique ne lui assure que très peu de chance d'avoir des enfants. "Les médecins m'ont dit qu'à mon âge, il en fallait 15 pour avoir 50% de chance d’y arriver. Et ça, ils ne me l’ont dit qu’après", enrage-t-elle. Pour une nouvelle ponction, la clinique lui réclame 2.500 euros, soit ce qu'elle venait de débourser pour la première intervention. "Je me suis sentie comme une vache à lait." Karine prend tout de même la décision de réaliser cette deuxième ponction. "En tout, ça a dû me coûter 6.000 ou 7.000 euros parce qu'à chaque fois, je devais rester quelques jours en Espagne", estime-t-elle.

Aujourd'hui, Karine se donne encore quelques années pour rencontrer un homme. "J’y crois encore. Déjà parce que je me sens moins angoissée. Peut-être que ça va faciliter les choses. Sinon je me dis que vers 42 ans, ce sera peut-être le moment de faire un enfant toute seule. Je ne pouvais pas attendre la loi Macron."

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