Polémique autour de l'âge de Jeanne Calment : combien de centimètres perd-on au cours de sa vie ?

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ZOOM - Ces derniers jours, un internaute russe a créé la polémique en assurant que la supercentenaire française Jeanne Calment serait en réalité décédée en 1934, sa fille ayant ensuite pris son identité. L'un de ses arguments : le fait, étonnant à ses yeux, qu'elle n'ait perdu que deux centimètres tout au long de sa vie. Contacté par LCI, le médecin gériatre Tristan Cudennec nous en dit plus sur les variations de la taille avec l'âge.

Depuis une dizaine de jours, la controverse fait rage. Selon la théorie développée par un internaute russe, qui se présente sur Linkedin comme un entrepreneur dans la biotechnologie, la supercentenaire française Jeanne Calment, décédée en 1997 à l’âge de 122 ans, serait en fait morte en 1934 et aurait été "remplacée" par sa fille, Yvonne. Dans sa tribune, il avance notamment le fait que Jeanne Calment, qui faisait 1,52 m lorsqu’elle avait une cinquantaine d’années, en faisait 1,50 à 114 ans. Soit une perte de seulement deux centimètres alors que la moyenne générale des courbes de croissance montre que les femmes subissent une diminution de l’ordre de 6 centimètres.


Interviewé par France Inter, le gérontologue et ex-médecin de Jeanne Calment, Michel Allard, dément. D’après le registre de centenaires publié par la fondation IPSEN en 1990 et dans lequel apparaît le dossier de la supercentenaire, il est indiqué qu’elle fait "143 cm à la toise" cette année-là, affirme-t-il document à l'appui. Elle aurait donc perdu au moins 9 centimètres. Nous avons de notre côté contacté le médecin gériatre à l'APHP Tristan Cudennec pour savoir si, quand bien même, il était possible de n'avoir perdu que 2 centimètres en étant centenaire.

L'ostéoporose et la sarcopénie, deux phénomènes qui font perdre des centimètres

"C'est tout à fait possible" quand, en moyenne, nous perdons cinq à six centimètres en vieillissant, assure-t-il. Avant de tempérer : "Mais à condition d'avoir une bonne qualité et une bonne hygiène de vie". Car s'alimenter correctement et pratiquer une activité physique régulière est primordial pour conserver sa tonicité musculaire et osseuse. Ce sont en effet les muscles et les os qui vont jouer sur la perte de taille. "La maturité musculaire et osseuse est atteinte autour de la vingtaine, expose le gériatre. Puis à partir de la soixantaine, le corps va se mettre à rapetisser tout doucement". Deux mécanismes en sont responsables : l'ostéoporose et la sarcopénie.

L'ostéoporose est une maladie qui touche deux à trois fois plus les femmes que les hommes. Elle se caractérise par une diminution de la densité de l'os et par des modifications de sa micro-architecture. "Nous passons notre vie à détruire et à construire de l'os, explique Tristan Cudennec. Passé 60-70 ans, ça fonctionne moins bien. Ce n'est pas pour rien que lorsque l'on chute, on se casse le col du fémur à 70 ans et que l'on ne se le casse pas à 50 ans. Les os deviennent plus fragiles et perdent potentiellement en volume lors de leur reconstruction." Ce qui, à terme, peut faire perdre quelques centimètres.


Le phénomène de sarcopénie, lui aussi, intervient sur le rapetissement. "Ce n'est pas une maladie, comme l'ostéoporose, précise le médecin. Il s'agit d'une diminution, liée au vieillissement, de votre masse musculaire et de votre force musculaire". Moins soutenue par les muscles, la colonne vertébrale va avoir tendance à se transformer, en adoptant une forme de S (scoliose) ou de C (cyphose).

Un phénomène pas forcément inéluctable

"Tout ça, ce sont des choses qui arrivent avec le vieillissement mais qui ne sont pas forcément inéluctables", insiste Tristan Cudennec. Il est en effet possible de limiter la casse en s'assurant un apport suffisant, et ce le plus tôt possible, en calcium, vitamine D et protéines (ces deux derniers éléments permettant de fixer le calcium sur les os). Une pratique sportive régulière et adaptée à votre condition physique permet également de consolider votre structure osseuse, mais surtout musculaire et ainsi de lutter contre la sarcopénie.


Et, si vous n'avez pas respecté ces consignes depuis plusieurs années, voire depuis toujours, sachez qu'il n'y a pas d'âge pour commencer, indique le médecin. "C'est sûr que c'est mieux de toujours avoir eu une bonne hygiène de vie. Mais ce n'est pas parce que vous n'avez pas forcément respecté ça pendant longtemps que vous ne pouvez pas commencer à 60 ans et en tirer profit." 

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