Poussières de plomb en extérieur : l’Anses alerte sur les risques, les enfants particulièrement exposés

Poussières de plomb en extérieur : l’Anses alerte sur les risques, les enfants particulièrement exposés
Bien-être

POLLUTION - Les poussières de plomb émises dans l’atmosphère, comme lors de l’incendie de Notre-Dame, sont bien une source potentielle de contamination, en particulier pour les enfants, même s’il est difficile de quantifier cette exposition, selon un rapport de l’Anses publié ce vendredi.

Incinération des déchets, combustion du charbon, métallurgie... Un certain nombre d’activités industrielles rejettent des poussières de plomb dans l’air, contaminant des particules qui se déposent ensuite sur les trottoirs, les routes ou dans les cours d’écoles. Un phénomène similaire s’est produit le 15 avril dernier lorsque l’incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris a fait fondre 300 tonnes de plomb contenues dans la charpente de la flèche et la toiture. Aujourd’hui, les principales sources connues d’exposition au plomb sont l’eau, l’alimentation ou la peinture au plomb dans les vieux immeubles.

"Quand la concentration de plomb dans l’eau dépasse une certaine valeur, vous devez changer les canalisations", rappelle Guillaume Boulanger, de l’Anses. Des règles existent aussi pour les sols pollués ou l’alimentation, mais "pas pour ces poussières" qui se déposent sur les routes ou les aires de jeux, explique-t-il à l’AFP. Après les inquiétudes provoquées par les mesures réalisées autour de Notre-Dame après le sinistre, les autorités ont donc posé deux questions à l’Anses : est-ce que ces poussières sont une source d’exposition au plomb pour la population ? Et si oui, à quel degré par rapport aux sources déjà connues ?

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Les jeunes enfants, population à risque

Il existe très peu d’études, en France ou ailleurs, mais les données montrent qu’il "est pertinent de considérer les poussières déposées sur les surfaces d’espaces publics extérieurs comme source d’exposition", répond l’agence dans son rapport publié ce vendredi. Elle juge également que la contamination de ces surfaces peut avoir un impact sur le taux de plomb dans le sang (plombémie). Mais "on a du mal à quantifier cette exposition, à dire si c’est plus ou moins important que les autres sources d’exposition", ajoute Guillaume Boulanger.

Malgré le manque de données, le rapport identifie des populations à risque, en premier lieu les jeunes enfants. Leur métabolisme absorbe plus facilement ce produit qui, chez eux, peut être toxique, et ce même à faible dose. "La voie d’exposition prioritaire semble être l’ingestion de poussières, en particulier pour les enfants qui sont plus susceptibles de porter leurs mains à la bouche", note le communiqué de l’Anses publié ce vendredi.

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Des gestes de prévention préconisés

Alors, lorsqu’une situation à risque est repérée, il faut mettre en place des "gestes de prévention". L’Anses rappelle ceux "préconisés par le Haut conseil de santé publique en 2017, comme par exemple le lavage fréquent des mains, ou se déchausser pour limiter le transport de poussières dans les logements". En outre, la plombémie de l’enfant "doit être mesurée", recommande l’agence. C’est d’ailleurs ce qui a été fait sur plus de 1.000 enfants après l’incendie de Notre-Dame. Selon l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France, 13 cas ont dépassé le seuil de déclaration obligatoire de saturnisme (50 microgrammes par litre de sang). Et pour la majorité d’entre eux, la source de contamination a été trouvée au domicile.

L’Anses insiste également sur la nécessité de protéger les travailleurs exposés aux poussières extérieures contaminées, en mesurant leur plombémie. Elle préconise pour eux la mise en place "d’un suivi médical renforcé" si les valeurs biologiques de référence pour les adultes sont dépassées, valeurs qui devraient largement être abaissées, estime-t-elle.

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Des années d’attente avant d’obtenir une cartographie nationale des lieux pollués

À long terme, l’agence appelle surtout à réaliser de nouvelles mesures environnementales ciblées sur les lieux fréquentés par les enfants, pour estimer l’exposition de la population à ces poussières. "Quand on aura ces données, on pourra les utiliser pour établir un seuil et dire par exemple : il faut nettoyer cette aire de jeu", commente Guillaume Boulanger, qui note qu’obtenir une cartographie nationale pourrait prendre des années.

À Paris, en revanche, l’ARS a déjà enclenché le processus après l’incendie de la cathédrale et espère avoir d’ici fin 2020 des éléments pour dresser un état du "bruit de fond" du plomb à Paris, c’est-à-dire la pollution indépendante de Notre-Dame. "Les sources de plomb sont très nombreuses à Paris", explique le directeur général de l'ARS Aurélien Rousseau, notant que l’incendie a remis le sujet "en haut de la pile". Après la "crise" de 2019, "nous sommes toujours en veille active sur ce sujet", assure-t-il à l’AFP, soulignant que les recommandations de l’Anses correspondaient aux mesures prises après l’incendie de Notre-Dame.

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