Qui sont les 200.000 "joueurs pathologiques" de la Française des jeux ?

Bien-être

Toute L'info sur

La privatisation de la FDJ

DROGUÉS DU GRATTAGE – La privatisation de la FDJ attise les craintes des acteurs de la prévention de l'addiction : selon elles, le nombre de personnes dépendantes aux jeux d’argent risque d'augmenter. LCI s’est entretenu avec la présidente de l’association SOS Joueurs pour comprendre pourquoi et en savoir plus sur ces personnes dépendantes.

Miser, jouer, espérer gagner, puis recommencer…  Voici le quotidien de nombreux addicts aux jeux d’argent, également appelés "joueurs pathologiques". En France, selon des chiffres de 2014, plus d’un million de personnes sont touchées par le problème du jeu, dont environ 200.000 très sévèrement.

Et la privatisation programmée de la FDJ suscite des craintes encore plus importantes, même si l'Etat, parallèlement à son désengagement, va mettre en place une nouvelle autorité de régulation aux pouvoirs étendus. Selon Armelle Achour, psychologue et présidente de SOS Joueurs, une association qui aide les personnes dépendantes à sortir de leur addiction, "les nouveaux entrants au capital de la FDJ vont sans doute vouloir générer encore plus de profits, et donc mettre en place d’autres jeux sur le marché".

Lire aussi

"Malheureusement, il est évident que l’augmentation du chiffre d’affaires augmentera le nombre d’addicts", regrette-t-elle. "On estime que pour chaque point de pourcentage de progression du chiffre d’affaires de la FDJ, on accroît d’environ 1.000 le nombre de joueurs pathologiques", chiffre d’ailleurs auprès de l’AFP Jean-Michel Costes, le secrétaire général de l’Observatoire des Jeux. Mais qui sont vraiment ces accros de la FDJ ?

Existe-t-il un profil type de joueurs addicts ?

Pour Armelle Achour, "il n’y a pas de profil type" de joueur dépendant aux jeux d’argent, puisque "tout le monde est susceptible de développer une addiction, quel que soit son âge ou sa catégorie sociale". Ceci étant, des caractéristiques se dégagent, notamment pour les jeux de grattage, au pouvoir addictif bien plus fort que ceux de tirage du type Loto ou Euromillions (entre 2010 et 2018, la part des joueurs faisant appel aux services de SOS Joueurs pour des problèmes liés aux tickets à gratter a bondi de 14,7% à 32,5%). "Le profil type d’un 'joueur pathologique' à ces jeux est quelqu’un qui se situe plutôt en bas de l’échelle sociale et est assez fragile, puisqu’il y en a pas mal qui souffrent de troubles bipolaires", confie-t-elle à LCI.

"Au niveau de l’addiction, les femmes sont majoritaires", précise la présidente de SOS Joueurs, selon qui  les jeux Cash, Millionnaire et Mots croisés sont ceux qui suscitent le plus de problème de dépendance. "Il y a aussi beaucoup d’ouvriers ou de personnes sans activité professionnelle". En revanche, il n’y a pas d’âge prédominant parmi ces "joueurs pathologiques", même si Armelle Achour regrette la présence de "beaucoup de mineurs", pourtant censés être interdits de participation à des jeux d’argent.

Comment devient-on un joueur pathologique ?

Cette addiction naît souvent du hasard. "Il suffit d’un premier gain, par forcément très important", remarque Armelle Achour, qui explique que "la sensation de gain est très agréable". Alors forcément, après avoir encaissé un peu d’argent, les joueurs retentent leur chance. "Petit à petit, les joueurs ont envie de retrouver cette sensation. Pour eux, tous les prétextes sont 'bons' pour jouer, comme un chagrin amoureux, ou simplement par ennui. Tout est susceptible de rappeler que le jeu était sympathique".

L’explication de l’addiction pourrait même être scientifique. "Dans notre cerveau, il y a des décharges d’adrénaline à chaque fois que l’on joue", explique la présidente. Que ce soit lorsque le résultat de la mise est immédiat, comme pour les machines à sous, le fait de gratter une carte ou encore la préparation d’un jeu comme pour les paris sportifs, "toutes ces actions provoquent une décharge d’adrénaline dans notre cerveau". C’est donc à force de répéter ces gestes que naît l’addiction.

Lire aussi

En vidéo

Entrée en bourse de la FDJ : les Français ont-ils tenté leur chance ?

Quelles sont les conséquences de cette addiction ?

"Les dégâts sont très nombreux", alerte Armelle Achour. "Au niveau psychologique, c’est une catastrophe pour les joueurs. Ce sont des gens qui vivent dans la honte et la culpabilité. Ce ne sont plus eux qui gèrent le jeu, c’est lui qui les gouverne", insiste-t-elle. "Cela devient un véritable besoin, une obsession : ils en rêvent la nuit, se couchent le soir avec l’idée du jeu du lendemain, se posent la question de trouver l’argent nécessaire". Car les conséquences sont évidemment également financières. "Il y a énormément d’endettement, certains ne paient même pas leur loyer au profit du jeu", regrette la fondatrice de SOS Joueurs.

Une fois que l’addiction est présente, il est difficile de s’en défaire, puisque "les joueurs ont toujours la conviction qu’ils vont gagner, que c’est imparable. Cela se constate très nettement sur les jeux de courses hippiques : tout au long de la journée, plus les joueurs perdent, plus ils misent gros. Selon eux, c’est inéluctable, ils doivent gagner". De quoi s’enfermer, un peu plus encore, dans le cercle vicieux des jeux de hasard.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter