Qu'est-ce que la chimiothérapie par aérosol, qui donne un nouvel espoir aux malades du cancer ?

Bien-être
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AVANCÉE - Un nouveau traitement, utilisé dans plusieurs hôpitaux français, donne de l'espoir aux patients atteints d'un cancer : la chimiothérapie par aérosol. Cette technique permet de diffuser directement les produits médicamenteux dans le corps et de réduire les effets secondaires d'un traitement classique.

Un nouveau vent d'espoir pour les malades du cancer. Inventé en 2013 par le professeur Marc-André Reymond en Allemagne, un nouveau type de chimiothérapie se développe en France : la Chimiothérapie IntraPéritonéale Pressurisée par Aérosols, aussi appelée Pipac.


Actuellement employée dans sept hôpitaux français, elle permet de diffuser les composants de la chimiothérapie par spray, directement dans le corps des patients, et non par intraveineuse. Une technique qui évite les effets secondaires liés au passage du produit dans le sang.

Une opération à répéter trois fois

Pour l'heure, la Pipac est proposée en plus du suivi d'une chimiothérapie classique et s'adresse uniquement à des malades atteints d’une carcinose péritonéale, soit un cancer disséminé dans le péritoine. Cette légère membrane recouvrant l'ensemble des intestins ne présente que peu de vaisseaux, ce qui rend assez peu efficace une chimiothérapie qui passe par le sang.


Une fois au bloc, endormi par anesthésie générale, le patient se fait inciser l'abdomen sur quelques centimètres. De l'air est ensuite introduit entre deux couches du péritoine pour former une cavité où est projetée la chimiothérapie sous forme de fines gouttelettes. Une micro-caméra, préalablement introduite, surveille le bon déroulement de l'opération pendant que chirurgiens, anesthésiste et infirmières sortent de la salle opératoire, du fait des risques d'inhalation en cas de fuite. L'air qui forme la poche est ensuite évacué et les incisions recousues. L'opération est à répéter trois fois à six semaines d’intervalle.

Des effets secondaires moindres

Grâce à cette technique, la distribution des agents médicamenteux dans l’abdomen est homogène, tandis que les métastases sont particulièrement bien traitées. Ainsi, "ce mode d’administration autorise une réduction des doses de chimiothérapie utilisées jusqu’à dix fois les doses conventionnelles, ce qui limite les effets indésirables généraux", indique sur son site l'hôpital Lyon Sud, premier établissement à proposer cette technique en France.


Jacques Braud, un patient de 76 ans qu'a pu rencontrer l'AFP, est traité au centre Georges-François Leclerc de Dijon pour un cancer de l'estomac qui a atteint deux autres organes. Il bénéficie d'une Pipac en parallèle d'une chimiothérapie classique. Un schéma qui lui permet de ne subir aucun des effets secondaires qu'il avait connu lors de sa première chimiothérapie. À la suite de cette dernière, il est désormais paralysé des extrémités des pieds et des mains, ce qui l'empêche de pratiquer la randonnée, sa passion. "La chimio, c’est quelque chose d’épouvantable; ça vous détruit", affirme-t-il.

Des premiers résultats encourageants

Plusieurs études cliniques ont déjà été menées en Allemagne sur le sujet. L’une d’elles a démontré une réponse clinique et/ou histologique dans plus de 60 % des cas chez des patientes en récidive d’une carcinose péritonéale d’origine gynécologique. Elles présentaient une résistance aux traitements de chimiothérapie conventionnelle. Mais, faute d'étude plus large, elle est pour l'instant réservée aux patients suivant des traitements palliatifs, précise l'AFP.


Dès cette année cependant, le Centre de lutte contre le cancer de Nantes prépare une étude multicentrique à laquelle participera Dijon. Les premiers résultats objectifs devraient tomber d'ici cinq ans. "Demain, on pourrait appliquer cette technique à des patients moins atteints et obtenir de très bons résultats curatifs, voire même préventifs", s'enthousiasme auprès de l'agence de presse le docteur Orry. 

D'autres molécules potentiellement plus efficaces mais trop dangereuses pour passer dans le sang pourraient aussi être utilisées à l'avenir et, pourquoi pas, traiter d'autres types de cancer, comme celui de la vessie et du poumon, là où des membranes similaires au péritoine existent.

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