Avis de recherche : depuis les années 1940, les hommes ont perdu 50% de leurs spermatozoïdes

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ALERTE - Le nombre de spermatozoïdes contenus dans le sperme est en chute libre. D'après l'Association française d'urologie, il a chuté de 50% depuis les années 1940. LCI a demandé à un spécialiste comment expliquer ce phénomène.

Le constat est préoccupant. Selon l'Association française d'urologie, la concentration de spermatozoïdes a diminué d'au moins 50% depuis les années 1940. Et le phénomène est loin de se stabiliser puisque la spermatogenèse chute encore chaque année d'environ 1,4%. Une diminution qui, si elle ne menace pas encore la survie de l'espèce humaine, est tout de même inquiétante étant donné sa rapidité.


Interrogé par LCI, le professeur Eric Huygues, urologue au CHU de Toulouse, estime que l'infertilité est un problème de plus en plus commun. "Actuellement, un couple sur dix a des difficultés pour concevoir naturellement. Et sur ces 10% de couples, la moitié serait liée en partie ou en totalité à des facteurs masculins", explique-t-il. L'infertilité masculine advient à partir du moment où le sperme présente moins de cinq millions de spermatozoïdes par millilitre, contre 100 millions en moyenne.

La thèse des perturbateurs endocriniens privilégiée

Actuellement réunis au congrès français de l'urologie, qui se déroule du 21 au 24 novembre, les spécialistes réfléchissent aux raisons de cette chute de la spermatogenèse. Celle-si, précise Eric Huygues, est souvent multifactorielle. Elle peut s'expliquer par des causes génétiques, anatomiques, comme le fait d’avoir une varicocèle (dilatation permanente des veines spermatiques qui drainent le sang du testicule, entraînant dans cet organe un ralentissement de la circulation veineuse) ou peuvent aussi être liées au mode de vie de la personne (tabac, sédentarité...). 40 % des infertilités sont d'autre part dites idiopathiques. Autrement dit, le corps médical ne peut les expliquer.


Pour le spécialiste, l’hypothèse principale de ce désordre est un problème d’environnement. "C’est la seule chose qui puisse expliquer quelque chose d’aussi rapide." Les perturbateurs endocriniens, présents dans des dizaines de milliers de produits comme les plastiques, les produits phytosanitaires ou encore les produits cosmétiques et d'hygiène, sont d'ailleurs sur le banc des accusés. "Ils agissent en augmentant artificiellement le taux de molécules ayant une fonction œstrogénique, tandis que certaines substances vont bloquer l’action de la testostérone. L’une des périodes critiques est le premier trimestre de la grossesse. La maman est exposée à ces produits et au lieu d’avoir un environnement équilibré entre ses œstrogènes à elle et la testostérone produite par les testicules de son petit garçon, il y a beaucoup trop d'œstrogènes. Du coup, il ne va pas bien se développer et a un risque d’avoir une infertilité par la suite, ou que son testicule ne descende pas", développe le médecin. 

Une comparaison aux années 40 à relativiser

Malgré ce constat d'infertilité croissante, le professeur Huygues tient tout de même à relativiser les choses en rappelant que les couples des années 40 étaient tout de même parents beaucoup plus tôt qu'aujourd'hui. "Les problèmes d’infertilité actuels peuvent donc être en partie dus à l’âge de la femme et de l’homme", souligne-t-il. En quelques décennies, l’âge du premier enfant est passé de 27 à 32 ans chez l’homme, et de 23 à 30 ans chez la femme. De nombreux individus décident d'autre part de ne pas avoir d'enfant. "La race humaine pourrait donc s’éteindre par choix délibéré... bien avant que l’ensemble des hommes ne soit devenu stérile", conclut l'Association française d'urologie dans un communiqué sur le sujet.

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