Produits anti-poux : les dermatologues alertent sur l'inefficacité de certains traitements

Bien-être

INTERVIEW – La Société française de dermatologie alerte sur les dangers de la prise inadaptée des produits anti-poux. De nombreux traitements disponibles à la vente n'ont selon elle pas suffisamment prouvé leur efficacité. Les explications d'une dermatologue.

C’est un phénomène qui touche tous les enfants, au grand dam de leurs parents : les poux et leur éternel retour. Ces bestioles microscopiques, enfouies dans le cuir chevelu et qui démangent, sont un véritable fléau pour les porteurs. De nombreux traitements accessibles à tous sont en vente, en grande surface comme en pharmacie. Mais sont-ils tous conseillés ? Comment faut-il les utiliser ? Quels en sont les risques ?

LCI s’est entretenu avec la dermatologue Charlotte Bernigaud, qui exerce à l’hôpital Henri Mondor de Créteil, afin d'en savoir plus, alors que dans un communiqué publié cette semaine, le groupe Infectiologie dermatologique et infections sexuellement transmissibles de la Société française de dermatologie a alerté sur les dangers de la prise inadaptée des produits anti-poux.

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LCI : Pourquoi la Société française de dermatologie a-t-elle décidé d'alerter sur les risques des traitements anti-poux ?

Charlotte Bernigaud : Après l’arrêt de la commercialisation du malathion, un médicament utilisé pour le traitement anti-poux et retiré du marché en 2018 par son fabricant des suites de restrictions voulues par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), l’arsenal thérapeutique à disposition a été réduit. Aujourd’hui sur le marché en matière de médicaments, il reste les produits plus anciens comme les pyrèthres, mais des cas de résistance à ces insecticides ont déjà été montrés.

Dans les autres produits sur le marché, il y en a qui sont considérés comme des dispositifs médicaux, mais qui ne sont pas des insecticides chimiques. Comme ils n’ont pas le statut de médicament, les laboratoires n’ont pas subi les mêmes exigences pour le développement des produits, avec des essais contrôlés ou des études de bonne qualité. Pour la plupart, nous ne sommes pas certains de leur efficacité. L’un des produits les plus vendus est d’ailleurs un dispositif médical, le diméthicone, alors qu’au cours de certains essais, les résultats se sont révélés être inférieurs à ceux des insecticides plus standards.

Le communiqué alerte également sur le développement en France des salons anti-poux...

Nous n’avons aucune évaluation sur leur efficacité. Une famille doit plutôt se tourner vers des dermatologues, des parasitologues ou des médecins généralistes afin de savoir quel produit elle doit utiliser, s’il a déjà montré son efficacité ou non, et s’il est bien évalué.

Nous ne recommandons pas de couper les cheveux des enfants, car cela peut être mal vécu- Charlotte Bernigaud, dermatologue

Quels sont les risques lorsque l'on utilise un traitement dont l'efficacité n'a pas été prouvée par des essais sérieux ?

Les patients vont continuer à avoir des poux, cela ne va pas les traiter. Les personnes pensent que ce n’est pas grand-chose, mais c’est très stigmatisant, et cela peut provoquer des nuisances, comme de l’absentéisme scolaire, des troubles de la concentration, du sommeil, de l’attention… Beaucoup d’études scientifiques ont déjà fait remonter ces problèmes psychosociaux.

Le risque est aussi que d’autres personnes soient contaminées, de rendre la propagation plus importante. Et cela va continuer si les personnes pensent que le produit utilisé fonctionne.

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Poux : comment traiter les enfants ?

Qu’est-ce que vous conseillez à un parent dont l’enfant est atteint par des poux ?

D’abord, de bien être certain du diagnostic, de vérifier que les poux sont bien vivants et qu’il y a des lentes. Ensuite, nous recommandons d’utiliser des lotions, et non pas des shampoings, car ils ont une moins bonne diffusion et une moindre stabilité. Il faut ensuite renouveler le traitement une semaine à 10 jours plus tard.

Et si cela ne fonctionne toujours pas ?

En cas de plusieurs échecs de traitements bien conduits, de suspicion de résistance, et uniquement dans ces cas, un médecin dermatologue ou non peut avoir recours à l’utilisation de l’ivermectine, qui est un comprimé oral. C’est un traitement qui doit être exceptionnel. L’ivermectine est un médicament délivré hors AMM (autorisation de mise sur le marché), seulement sur ordonnance, aux enfants pesant plus de 15 kilos, qui a été évalué par des études sérieuses.

Les personnes de l’entourage qui sont également atteintes par les poux doivent elles aussi être traitées, mais uniquement celles qui sont touchées. Nous ne recommandons pas de traiter une personne asymptomatique, pas plus que de couper les cheveux, par ailleurs, puisque cela peut être mal vécu par les enfants.

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