Sucre et produits laitiers (mais aussi masques et gommages) favoriseraient l'acné

Bien-être

HYGIÈNE DE VIE - En France, l'acné touche environ 15 millions de personnes, dont une majorité d'adolescents. Si, pour beaucoup, la guerre contre ces boutons disgracieux est rude, elle pourrait être facilitée en adaptant son régime alimentaire et les soins dermatologiques utilisés, rapporte une étude française qui vient d'être présentée au congrès de l'Académie européenne de dermatologie et de vénérologie. Brigitte Dréno, la directrice de recherche, revient pour nous sur ses résultats.

Personne, ou presque, n'y échappe. Se développant à la puberté, l'acné touche 80% des adolescents. Cette maladie de peau est causée par l'augmentation du taux d'hormones sexuelles masculines dites androgènes, qui entraîne un excès de sébum. En obstruant les pores, celui-ci crée un environnement gras et favorise la prolifération d'une bactérie habituellement présente sur la peau, le Propionibacterium acnes, qui créé l'inflammation, et donc l'acné. Il se développe dans 95% des cas sur le visage, dans 43% dans le dos et 20% sur le cou.

S'il est difficile d'échapper à l'arrivée de ces boutons disgracieux, il est cependant possible de freiner leur apparition grâce à des traitements, mais aussi grâce à son alimentation et à son hygiène, rappelle une étude présentée samedi lors du 28e congrès de l'Académie européenne de dermatologie et de vénérologie (EADV) à Madrid. Selon les dermatologues qui en sont les auteurs, les produits sucrés, laitiers, ainsi que les soins de la peau agressifs font partie des principaux facteurs favorisant l'acné.

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Plus d'acné chez les consommateurs de produits sucrés et laitiers

L'enquête, menée pour le compte des laboratoires Vichy, a été faite auprès de 6.700 participants résidant dans six pays d'Amérique du Nord, d'Amérique du Sud et d'Europe. Ceux-ci ont répondu à un questionnaire en ligne élaboré par les auteurs de l'étude, portant notamment sur leurs habitudes alimentaires et les soins qu'ils utilisaient au quotidien. Après analyse des réponses, il est apparu qu'il existait, au sein des personnes qui souffrent d'acné, une différence de proportion statistiquement importante  entre celles qui consommaient des sodas ou des sirops (35,6%) par rapport à celles qui n'en consommaient pas (31%). La différence se remarquait encore plus nettement pour les pâtisseries et le chocolat (37 % contre 27,8 %) et les friandises (29,7 % contre 19,1 %).

"Cela confirme des données déjà existantes sur le plan scientifique et qui montrent que lorsque vous mangez du sucre, vous secrétez dans votre sang une substance appelée IGF-1, insuline growth factor-1", explique à LCI la directrice de recherche, le professeur Brigitte Dréno. Cette hormone de croissance vient se fixer sur les cellules superficielles (keratinocytes) des follicules pileux, où les poils ainsi que les boutons d'acné prennent naissance, et sur les cellules sébacées. Ces dernières prolifèrent alors et tendent à augmenter l'acné.

De la même façon, alors que 48,2% des acnéiques ont rapporté consommer des produits laitiers au quotidien, ils n'étaient que 38,8% à ne pas en consommer. Un fait qui s'expliquerait par la capacité des produits laitiers à faire grimper, comme avec les produits sucrés, le taux de l'hormone de croissance IGF-1.

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Pour autant, précise le professeur qui officie au CHU de Nantes, "il n'est pas nécessaire de changer du tout au tout son alimentation" pour espérer voir disparaître ses boutons d'acné. "Nous avons de plus en plus tendance à grignoter, à manger beaucoup de gâteaux, de bonbons... Il faut simplement garder une consommation raisonnable de sucres et un régime équilibré. De la même façon, il ne faut pas enlever le lait de son alimentation."

Savons et crèmes non adaptés, gommages et masques, porte ouverte aux boutons

Ces travaux révèlent aussi que l'utilisation de soins de la peau trop agressifs est également fréquente chez les personnes souffrant d'acné. "Lorsque l'on souffre d'acné, il ne faut pas utiliser de masques ou de gommages car cela créé une irritation de la peau. Si votre glande sébacée se ferme dans un premier temps, ce qui peut paraître bien, elle se rouvre ensuite plus largement encore. Concernant les savons, il est important de privilégier des produits à l'acidité appropriée. Un savon ordinaire, comme le savon de Marseille, a un PH d'environ 8, alors que celui de la peau est de 5", explique Brigitte Dréno. "En utilisant ce genre de produit nettoyant, vous allez stimuler votre glande sébacée et donc favoriser l'acné." Les crèmes hydratantes, quant à elles, doivent d'autre part être non comédogènes, c'est-à-dire occlusives et donc susceptibles de favoriser l'apparition de boutons d'acné (les crèmes contenant du silicone, des huiles minérales ou des filtres solaires sont par exemple comédogènes).

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Traiter l'acné, ce n'est pas seulement faire une ordonnance avec un traitement local et général, mais c'est aussi questionner son patient.- Professeur Brigitte Dréno

Soumise au Journal de l'Académie européenne de dermatologie et de vénérologie (JEADV) pour publication, l'étude s'adresse tout d'abord, souligne le professeur, aux professionnels. "Le but, c'est de rappeler aux dermatologues que traiter l'acné, ce n'est pas seulement faire une ordonnance avec un traitement local et général, mais c'est aussi questionner son patient et regarder les facteurs qui peuvent influencer l'acné et faire que vous allez vous retrouver en situation d'échec si vous ne les repérez pas. Mais si les patients s'emparent aussi de ces travaux pour adopter de meilleures habitudes, c'est une bonne chose aussi", note-t-elle.

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