Syndrome du bébé secoué : face aux contestations, la Haute autorité de santé défend ses recommandations

Syndrome du bébé secoué : face aux contestations, la Haute autorité de santé défend ses recommandations
Bien-être

DÉBAT - "Contester les recommandations, c'est se tromper de sujet", estime la Haute autorité de santé en réponse aux accusations de l'association Adikia, qui vient en "soutien aux victimes de faux diagnostics de maltraitance". Par l'intermédiaire de son avocat, l'association avait contesté début décembre ces recommandations officielles destinées à repérer les enfants victimes du syndrome du bébé secoué, les jugeant "trop affirmatives".

La Haute autorité de santé (HAS) a défendu jeudi ses recommandations pour repérer les enfants victimes du syndrome du bébé secoué, attaquées par une association de parents qui les accuse de pouvoir conduire à des erreurs judiciaires. "Contester les recommandations, c'est se tromper de sujet", estime la HAS dans un communiqué cosigné avec une vingtaine de structures spécialisées qui ont participé à leur rédaction. Ces organisations professionnelles et associations "refusent de laisser sans réaction la mise en cause de la compétence et de la probité scientifique de leurs experts", selon le communiqué.

"Les recommandations de la HAS sont truffées de bêtises", dénonce pourtant Grégoire Etrillard, l'avocat de l'association Adikia. Dans une lettre envoyée à la HAS début décembre, il demandait la suppression des recommandations concernant le syndrome du bébé secoué. Ce syndrome est une forme de maltraitance infantile et concerne surtout les bébés de moins de 6 mois. Lorsqu'il est avéré que le bébé a été secoué, souvent par un parent excédé par les pleurs, les risques pour le nourrisson sont très graves. Selon des chiffres de la HAS publiés en 2011, "10 à 40% des bébés meurent des suites de ce traumatisme crânien infligé. La majorité des autres conservent des séquelles graves à vie".

Des recommandations "trop affirmatives" pour l'avocat

Pour mettre fin à ces maltraitances, la HAS a mis au point des recommandations en 2011, actualisées en 2017. Elles stipulent notamment que les professionnels de santé doivent procéder à un signalement au procureur de la République en cas de suspicion d'un bébé secoué. "Lorsqu'un syndrome de bébé secoué est suspecté, une première réunion d'au moins 2 médecins doit avoir lieu sans délai et faire l'objet d'un compte-rendu à intégrer au dossier médical. Un signalement doit ainsi être fait sans retard. Une évaluation médico-psycho-sociale plus complète sera faite dans un second temps", indiquent ainsi les recommandations de 2017.

Mais selon l'avocat Me Etrillard, elles sont "trop affirmatives". "Il existe une liste avec toutes les explications possibles par rapport aux symptômes du bébé secoué. Si dans cette liste, aucune explication n'a été trouvée, la recommandation dit qu'il est certain que le bébé a été secoué. Il n'y a même pas de suspicion, ils envoient un signalement à l'autorité judiciaire, dans lequel ils datent le secouement et désignent une personne susceptible d'être coupable", dénonce le représentant de l'association Adikia auprès de LCI.

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"Une remise en cause inacceptable" pour la HAS

Ces signalements peuvent ensuite donner lieu à des sanctions très lourdes. "Les diagnostics médicaux erronés entraînent des erreurs judiciaires et les conséquences sont majeures. Quand les enfants sont vivants, c'est la séparation des familles : les enfants sont placés, ce sont des placements abusifs. Quand les enfants sont décédés, ce sont des peines de prison très lourdes à l'égard de gens qui n'ont rien fait", s'exclame Grégoire Etrillard.

"Je ne suis pas médecin, je ne suis pas là pour dire qui a raison et qui a tort", continue l'avocat. "En revanche, je suis un acteur judiciaire et je me rends compte que la HAS, qui a pour vocation d'expliquer comment nous devons soigner les enfants, se retrouve à être un acteur judiciaire déterminant qui est coupable ou ne l'est pas. Il faut que la Haute autorité de santé réintègre son rôle et ne détermine plus les coupables", poursuit-il.

Dans son communiqué, la HAS rétorque que ces recommandations se basent "sur une analyse rigoureuse de la littérature scientifique et médicale internationale". "Avec l'ensemble des sociétés savantes et associations qui ont mené ce travail sur le syndrome du bébé secoué, la HAS tient à souligner la qualité de cette recommandation, alors qu'elle fait l'objet de contestations voire d'une remise en cause inacceptable de la probité des membres du groupe de travail", affirme le communiqué.

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