Textile anti-ondes pour protéger les bébés : le tollé sur les réseaux sociaux contre Petit Bateau est-il justifié ?

Bien-être
BOUCLIER - Le lancement d'un bonnet et d'une couverture anti-ondes pour bébé par Petit Bateau la semaine dernière a déclenché un tollé. La marque s'est attirée la foudre des internautes, l'accusant de profiter de la peur des Français et de s'appuyer sur des arguments infondés. Mais d'après Catherine Gouhier, co-fondatrice et présidente du Criirem, ces protections ne seraient peut-être pas si inutiles.

En lançant une gamme d'accessoires anti-ondes à destination des bébés la semaine dernière, Petit Bateau ne s'attendait sûrement pas à une telle déferlante de critiques. La marque a annoncé sur les réseaux sociaux et sur son site la commercialisation d'un bonnet anti-ondes, vendu 19€90, ainsi que d'une couverture anti-ondes à 89€. Ces deux articles ont été tricotés en fil de coton d'un autre, gainé d’argent. "Résultat : un tricot révolutionnaire capable de bloquer 99,5% des ondes du quotidien, rien que ça", se targue Petit Bateau, qui indique que cette protection a été évaluée par le laboratoire indépendant Emitech sur les ondes de 800MHz à 5,8 GHz, une fourchette de fréquences incluant le wifi ou encore les smartphones.


Sur les réseaux sociaux, les internautes se sont vite emparés du sujet, critiquant la marque française de "jouer sur la peur" et de s'appuyer sur de la "pseudo science". "Le wifi est nocif, ah bon? Et votre couverture est censée protéger, où faire flipper des jeunes parents ?", s'indigne l'un d'eux. Et un autre d'ajouter : "La marque @petitbateau est en train de sombrer dans l'obscurantisme et l'exploitation de peurs infondées ? S'il vous plait, dites moi que cette image est fausse ou que c'est une erreur." 


En réponse, la marque évoque le principe de précaution. "Des études montrent que l’exposition quotidienne aux ondes notamment durant la grossesse et la petite enfance pourrait avoir un impact sur le développement de l’enfant. Nous proposons une solution aux personnes désirant appliquer les principes de précaution (recommandation Anses [agence nationale de sécurité sanitaire, ndlr)", explique-t-elle sur Twitter. Contactée par LCI, la co-fondatrice et présidente du Centre de Recherche et d'Information Indépendant sur les Rayonnements Électro Magnétiques non ionisants (Criirem) Catherine Gouhier, estime de son côté que l'idée n'est pas si mauvaise.

Les radiofréquences classées "potentiellement cancérigènes" en 2011

"Dans la mesure où la réglementation ne nous protège actuellement pas des effets à long terme de ces rayonnements, je ne pense pas que ces accessoires soient complètement inutiles", affirme-t-elle en rappelant que dès 2008, le Parlement européen a adopté une résolution constatant que "les limites d’exposition aux champs électromagnétiques fixées pour le public sont obsolètes" et "ne tiennent évidemment pas compte de l’évolution des technologies de l’information et de la communication". 


À l'heure actuelle, la science n'a toujours pas trouvé de consensus sur la dangerosité de ces ondes pour la santé. Ainsi, malgré le fait que beaucoup de données étudiées par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) leur étaient apparues, en 2011, "limitées", voire "insuffisantes", celui-ci a décidé la même année de classer les champs électromagnétiques de la totalité des radiofréquences (de 30 kHz à 300 GHz) comme "possiblement cancérigènes". Cette décision s'explique en grande partie par les résultats d'une étude rétrospective de l’utilisation du téléphone portable (jusqu’en 2004) ayant montré un risque accru de 40% de gliome (forme de tumeur cérébrale) chez les personnes téléphonant en moyenne 30 minutes par jour sur une période de 10 ans. Le bien-fondé de ces conclusions et le lien de causalité entre l'utilisation intensive du téléphone et l'apparition de ces tumeurs avait cependant été remis en cause, par la suite, par les chercheurs eux-mêmes.

Les enfants davantage fragiles aux rayonnements

Si un bébé risque peu d'atteindre ce temps passé au téléphone quotidiennement, il est malgré tout plus fragile aux rayonnements des téléphones portables ou à ceux de la WiFi que les adultes. "Les rayonnements pénètrent beaucoup plus à l’intérieur du cerveau des enfants parce qu’il y a davantage d’eau à l’intérieur de leur crâne", affirme la présidente du Criirem. "Un schéma du professeur Om P. Gandhi, de l’Université de l’Utah aux États-Unis, montre d'ailleurs la pénétration des ondes d’un téléphone portable dans la tête d’un enfant de 5 ans, de 10 ans et chez un adulte. Cela n’a rien à voir. Le cerveau des enfants peut absorber jusqu’à 50 % de rayonnement de plus que celui d’un adulte."

La première "conséquence possible de l'exposition" aux radiofréquences, souligne l'Anses dans un rapport de 2016 concerne "le bien-être des enfants" et surtout "leurs fonctions cognitives" (mémoire, fonctions exécutives, attention…). Cependant, précise l'Agence, la littérature scientifique internationale "ne permet pas de conclure à l'existence ou non d'effets des radiofréquences chez l'enfant sur le comportement, les fonctions auditives, le développement, le système de reproduction, le système immunitaire et la toxicité systémique ni d'effets cancérogènes ou tératogènes". Elle avait tout de même demandé à ce que l'ensemble des dispositifs radioélectriques, notamment ceux destinés aux enfants, soient soumis aux mêmes obligations (contrôles, niveaux d'exposition et information) que les téléphones et insistait également pour que les valeurs limites d'exposition réglementaires soient établies en fonction "des conditions raisonnables d'utilisation des appareils" et que les normes en vigueur soient réévaluées. Pour l'heure, ces souhaits n'ont pas été mis en oeuvre.

Il faut une réglementation qui protège sur le long terme.Catherine Gouhier, co-fondatrice et présidente du Criirem

Dans ce contexte, et même si les risques pour la santé de ces radiofréquences ne sont pas fondamentalement avérés, étant toujours accompagnés de la mention "possible", la co-fondatrice du Criirem estime que chercher à protéger son enfant avec des vêtements anti-ondes n'est pas déraisonnable. Elle privilégierait cependant en premier lieu des filtres à poser sur les vitres ou des peintures spécialement conçues pour arrêter les ondes. "Au Criirem, nous avons vu, dans des appartements, des voilages en fil d'argent devant une fenêtre arrêter presque 90% du champ électromagnétique", ajoute Catherine Gouhier, qui conseille aussi de désactiver sa borne wifi la nuit et d'éloigner les babyphones d'au moins trois mètres de la tête du bébé.


Malgré tout, la présidente du Criirem estime que ces solutions individuelles, et coûteuses, ne sont pas suffisantes. A ses yeux, "il faut une réglementation qui protège sur le long terme. Nous n'allons pas nous mettre à construire des maisons avec des filtres parce que la téléphonie mobile impose ses règles", s'indigne-t-elle en indiquant que la 5G s'apprête à augmenter encore davantage les niveaux de fréquences.  "Les opérateurs sont capables de faire fonctionner la téléphonie mobile en respectant des niveaux de champs beaucoup plus bas. Pour cela, il suffit d'augmenter le nombre d’antennes et de baisser leurs niveaux d'émissions, ce que se refusent à faire les opérateurs parce que ça leur coûterait beaucoup trop cher."

Si les accessoires vendus par Petit Bateau n'ont été testés que sur les radiofréquences, d'autres champs électromagnétiques posent aussi question. Dans un avis du 5 avril rendu public vendredi 21 juin, l'Anses met ainsi en garde contre les basses fréquences émises par les lignes à haute tension, certains transformateurs ou stations électriques, soulevant une association possible sur le long terme avec un risque de leucémie infantile. Elle recommande entre autres de ne pas implanter de nouvelles écoles à proximité des lignes à très haute tension.

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