Travail, risque d’AVC et santé mentale : ces deux études vont vous donner envie de lever le pied

Bien-être
LE TRAVAIL, C'EST VRAIMENT LA SANTÉ ? - Alors que les Français travaillent en moyenne 36,3 heures par semaine, se classant au troisième rang des pays européens les plus travailleurs, deux études récemment publiées démontrent qu'il est inutile, voire dangereux pour la santé, de trop trimer.

Vous êtes du genre forcené du travail ? Vous feriez mieux de ralentir le rythme, et vite ! D'après une étude menée par des chercheurs français publiée dans le journal Stroke, travailler plus de dix heures par jour pendant au moins cinquante jours par an peut représenter un risque accru de survenue de maladies cardio-vasculaires ou d’accidents vasculaires cérébraux (AVC).


Pour leur étude, les scientifiques de l’hôpital Raymond-Poincaré AP-HP, de l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, de l’Université Paris-Saclay et de l’Inserm se sont appuyés sur les données de la cohorte française Constances. Pilotée par la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM), elle regroupe 200.000 Français âgés de 18 à 69 ans et permet de mener des études épidémiologiques sur une grande partie de la population.

Un risque d'AVC doublé au bout de 10 ans

Après un tri préalable, les personnes travaillant à temps partiel et celles ayant déjà fait un AVC ayant été écartées, 140.000 participants ont pris part à ces recherches. Au total, 0,9% ont rapporté un AVC. Parmi eux, 29,6% avaient travaillé plus de dix heures par jour pendant au moins 50 jours par an et 10,1% l'avaient fait sur plus de dix ans.


Partant de là, les chercheurs ont déduit que travailler plus de dix heures par jours pendant au moins 50 jours par an est associé à un risque de survenue d’AVC 29% plus important dans cette population que dans celle travaillant moins. Et plus les années passent, plus le risque est important, si bien qu'il est doublé au bout de dix ans chez les salariés concernés. L’association est d'autant plus significative chez les personnes de moins de 50 ans, après prise en compte des facteurs de risque habituels. Aucune différence n’a en revanche été observée entre les femmes et les hommes. 

Si cette étude ne prouve pas de lien de causalité entre de grosses journées de travail et les risques cardiovasculaires, elle confirme cependant de précédents travaux publiés dans la revue The Lancet en 2015. À l'époque, les chercheurs avaient montré que les personnes travaillant 55 heures par semaine voyaient leur risque d'AVC augmenter de 33% par rapport à celles travaillant entre 35 et 40 heures.

Des bénéfices pour la santé mentale atteints dès 8h de travail par semaine

Raison supplémentaire pour lever le pied, une autre étude, parue le 18 juin dans la revue Social Science & Medicine, affirme qu'il ne suffirait que d'une journée de travail pour retirer tous les bénéfices sur la santé mentale. Pour le prouver, des sociologues des universités de Cambridge et Salford ont analysé les données d'une enquête conduite auprès de plus de 70.000 britanniques entre 2009 et 2018 pour évaluer le lien entre les changements d'horaires de travail, la santé mentale et la satisfaction de vivre. D'après leurs observations, les personnes anciennement au chômage ou les parents au foyer qui ont un travail rémunéré de huit heures par semaine ou moins voient leurs risques de développer une maladie mentale chuter de 30%.


"Nous avons un guide des dosages effectifs pour tout, de la vitamine C aux heures de sommeil, pour nous aider à nous sentir mieux, mais c'est la première fois que la question est posée pour les heures de travail rémunéré", fait remarquer dans un communiqué Brendan Burchell, co-auteur de l'étude. "Nous savons que le chômage est souvent néfaste au bien-être des gens, affectant négativement leur identité, statut, l'emploi du temps et le sens de l'intention collective. Nous avons maintenant une idée de la quantité de travail rémunéré nécessaire pour obtenir les avantages psychosociaux de l’emploi - et ce n’est pas si conséquent que ça."

Considérant que, dans les décennies à venir, le travail va de plus en plus venir à manquer en raison de l'automatisation de nombreuses tâches, les chercheurs estiment que leur étude pourrait permettre de revoir la distribution du travail, "afin que tout le monde puisse bénéficier de ses effets bénéfiques sur la santé mentale, même si cela signifie que nous aurions des semaines de travail plus courtes". Cela permettrait d'autre part, précisent-ils, d'améliorer l'équilibre entre vie professionnelle et personnelle, d'augmenter la productivité et de réduire les émissions de CO2 dues aux trajets quotidiens.

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