"Un énorme gâchis" : l’arrêt de l’ancienne version du Levothyrox inquiète les patients

"Un énorme gâchis" : l’arrêt de l’ancienne version du Levothyrox inquiète les patients
Bien-être

PHARMACIE – Le ministère de la Santé a annoncé cette semaine la fin "définitive" de la vente de l’ancienne version du Levothyrox en septembre, après avoir été temporairement distribuée aux patients mécontents du changement de formule en 2017. Une décision qui ne surprend pas Beate Bartès, présidente de l'association "Vivre sans thyroïde" qui regrette que le problème des effets secondaires pour les patients ne soit pas réglé.

À partir de septembre 2020, l’ancienne version du Levothyrox ne sera plus disponible dans les pharmacies françaises. C’est ce qu’a annoncé cette semaine le ministère de la Santé, alors que "le laboratoire Merck, producteur d’Euthyrox, le nom de l’ancienne formule, a informé les autorités sanitaires de la fin de distribution de ce produit en France", est-il indiqué dans un communiqué. Ce médicament, prescrit pour les malades de la thyroïde, est accusé par des milliers de patients de provoquer des effets indésirables.

"Trois millions de personnes sont traitées pour la thyroïde en France, dont 110.000 qui prennent l’ancienne formule", assure à LCI Beate Bartès, présidente de l’association "Vivre sans thyroïde". Quelle est la réaction de l’association après cette annonce ? Pourquoi la commercialisation de l’ancienne formule est-elle arrêtée ? Les problèmes d'effets indésirables de la nouvelle version persistent-ils ? Quelles sont les alternatives pour les patients qui ne la supportent pas ? LCI a posé ces questions à Beate Bartès.

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LCI : Comment réagissez vous à l’annonce de l’arrêt de l’ancienne formule du Levothyrox ?

Beate Bartès : Cela fait déjà longtemps que cet arrêt est annoncé. Depuis le début, Merck a dit que l’ancienne formule ne durerait pas parce que la nouvelle était meilleure. Cela devait d’abord être fin 2018, ensuite mi-2019, puis fin 2019... Mais depuis le départ, nous étions plutôt pessimistes. Tout cela est un énorme gâchis. Il y a beaucoup de souffrances pour les patients. Surtout, ils n’ont plus confiance dans les laboratoires pharmaceutiques, dans leurs médecins et dans les autorités qui ne les ont pas suffisamment protégés. Malheureusement, cela va être très long à réparer.

Pourquoi selon vous la production de l’ancien médicament est-elle arrêtée ?

La raison officielle c'est que l’ancienne formule est instable. La raison officieuse, mais c’est juste une déduction : le brevet de l’ancienne formule a expiré en mai 2019. Le brevet de la nouvelle formule, déposé en 2014, est encore valable jusqu’en 2034. Notre hypothèse est que Merck a peut-être suggéré aux autorités de leur demander de changer de formule pour qu’ils aient une bonne raison de déposer un nouveau brevet. Nous n’avons aucune preuve, mais c’est une question que nous pouvons nous poser. C’est la technique de l’obsolescence programmée : dire du mal de l’ancienne formule pour la remplacer par une nouvelle et avoir un nouveau brevet.

Théoriquement, la nouvelle formule n'a pas changé- Beate Bartès

Savez-vous si le laboratoire Merck a travaillé à l'amélioration de sa nouvelle formule suite aux problèmes constatés ? 

Nous n’en savons rien. Théoriquement, elle n’a pas changé depuis son arrivée au printemps 2017. Malheureusement, nous n’avons jamais eu accès aux informations. Par deux fois, notre association a assigné Merck en justice pour le savoir, mais on nous a opposé le secret des affaires. Nous n’avons aucune idée d’où viennent les différents excipients, on nous dit juste que c’est "origine Europe". Nous ne savons pas s’il y a eu des changements de fournisseur ou de lieu de fabrication qui pourraient peut-être expliquer les problèmes.

Quels étaient les principaux symptômes des personnes qui ne supportaient pas la nouvelle formule ? 

Il y a tout un tas de symptômes : des maux de tête, de grosses fatigues, des problèmes cardiaques, des vertiges très forts, des insomnies, des envies suicidaires, des dépressions, des douleurs musculaires et articulaires, des problèmes digestifs, des chutes de cheveux... Tous ces symptômes sont apparus dans les premières semaines après le passage à la nouvelle formule. Le plus étrange, c’est qu’ un certain nombre de patients supportent très bien ce médicament. Nous ne savons pas à quoi cela tient. Ceux qui ne supportaient pas la nouvelle formule étaient repassés à l'ancienne. 

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La nouvelle formule du Levothyrox sera-t-elle le seul médicament disponible sur le marché après ce retrait ?

Non, ce ne sera pas le seul et heureusement ! Il y a maintenant des alternatives qui n’existaient pas avant. Les patients qui prennent actuellement l’ancien médicament ne seront pas obligés de revenir à la nouvelle formule. Il va y avoir l’élaboration d’un guide pratique pour les médecins qui va lister toutes les alternatives disponibles et qui va expliquer comment accompagner et surveiller les patients lors d’un changement de spécialité. Il ne faudra pas que les patients qui ont souffert avec la nouvelle formule y reviennent. Cependant, chaque changement de spécialité, peu importe laquelle, comporte des risques de déséquilibre, donc il faut s’attendre à une période d’adaptation et éventuellement de réajustement du dosage.

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