Mort subite du nourrisson : un test sanguin capable de détecter ce risque développé par des chercheurs français

Bien-être

RECHERCHE - Grâce à des prélèvements sanguins faits sur des adultes et des enfants sujets aux syncopes, des chercheurs strasbourgeois travaillent sur la mise au point d'un test sanguin capable de détecter des nouveau-nés exposés au risque de mort subite. Des traitements pourraient ensuite leur être proposés à titre préventif.

Le nombre de nourrissons décédés de "mort subite" a chuté de 75% entre 1991 et 1997. Une baisse drastique qui s'explique par les nouvelles préconisations des autorités de santé de faire dormir les bébés sur le dos et non plus sur le ventre ou sur le côté. Pourtant, le nombre de morts inattendues stagne depuis les années 2000, avec environ "300 à 400 décès par an", selon le cardiopédiatre Angelo Livolsi, interviewé par l'AFP. Car, si coucher les enfants sur le ventre représentait un facteur de risque, il n'est probablement pas le seul.

Ainsi des médecins strasbourgeois ont récemment mis en lumière les liens entre une hyperactivité vagale et des malaises à répétition. Dans une étude publiée mi-juillet par la Public Library of Science, ils expliquent que cette découverte pourrait permettre de dépister une partie "non négligeable" des bébés à risque de mort subite grâce à un test sanguin qu'ils ont mis au point.

La surexpression d'une enzyme liée aux syncopes

Leurs recherches se sont dans un premier temps portées sur des lapins, avant de se fonder sur des prélèvements effectués sur des adultes et des enfants sujets aux syncopes. Les données récoltées ont ensuite été  comparées avec celles d'individus en bonne santé, ce qui a permis de mettre en évidence un lien entre la surexpression de récepteurs muscariniques, une enzyme censée réguler ces récepteurs, et les syncopes. "Il y a des récepteurs localisés au niveau cardiaque et parfois, le mécanisme qui contrebalance le système de stress (l'accélération de la fréquence cardiaque, l'augmentation de la tension) est excessif, le cœur ralentit trop et le cerveau est moins perfusé", résume auprès de l'AFP le docteur Charlie De Melo, réanimateur-pédiatre.

Si un adulte perd, dans ce cas, simplement connaissance quelques secondes avant de récupérer spontanément, certains nouveaux-nés concernés par des surexpressions muscariniques pathologiques peuvent subir un arrêt cardiaque complet.

Lire aussi

Un dépistage qui permettrait la mise en place de traitements préventifs

Grâce à l'identification du lien entre cette enzyme et les syncopes, les chercheurs pensent désormais pouvoir dépister les enfants à risque. "Jusqu'à présent, on était un peu perdu devant ces malaises car on était seulement sur des signes cliniques, mais là, en faisant une prise de sang, on peut mesurer l'importance de la surexpression et comment l'enzyme agit", assure Angelo Livolsi. En cas de taux anormal, le patient peut être traité avec "un anti-muscarinique de synthèse", déjà prescrit à Strasbourg par le docteur Livolsi, qui suit des familles aux antécédents d'hyperactivité vagale. 

Pour mettre au point cette fameuse prise de sang, les médecins strasbourgeois poursuivent leurs recherches en effectuant des prélèvements, avec l'accord des parents, sur des bébés de moins d'un an hospitalisés pour des malaises graves. Cela permettra d'établir des valeurs références pour les nouveaux-nés et les bébés prématurés. A terme, ils espèrent pouvoir proposer un test sanguin "en même temps que les autres dépistages néonataux", effectués à l'âge de 3 jours. "L'idée serait de détecter ces patients avant qu'ils fassent des malaises graves et de les traiter pendant leur première année de vie, c'est-à-dire la période de risque maximale", affirme Charlie De Melo.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter