Une "bombe génétique" mise au point par des chercheurs pour vaincre les bactéries résistantes aux antibiotiques

Une "bombe génétique" mise au point par des chercheurs pour vaincre les bactéries résistantes aux antibiotiques
Bien-être

PROGRÈS - Chaque année, la résistance de certaines bactéries aux antibiotiques tue plus de 10.000 personnes en France. Un problème de santé publique auquel des chercheurs de l'Institut Pasteur et de l'Université polytechnique de Madrid ont peut-être trouvé une solution. Ensemble, ils ont développé un outil qu'ils qualifient de "bombe génétique".

En 2018, l'Organisation mondiale pour la santé (OMS), affirmait que la résistance aux antibiotiques constituait "l'une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale". La surconsommation de ces médicaments et leur mauvaise utilisation sont les principales responsables de ce phénomène donnant aux bactéries une chance de survivre et de développer une immunité. En France, plus de 10.000 décès sont imputables chaque année à cette résistance.

Pour contrer ce danger, nombreux sont les scientifiques à chercher des solutions. Lundi, des chercheurs de l'Institut Pasteur et de l'Université polytechnique de Madrid ont annoncé avoir réussi à développer une "bombe génétique", capable de cibler les bactéries résistantes sans tuer celles qui sont bonnes pour l'organisme, comme le font les antibiotiques. Ce nouvel outil, présenté dans la revue  Nature Biotechnology, est associé à un taux minime d’apparition de nouvelles résistances.

Une grenade avec goupille de sécurité

La structure, que les chercheurs comparent à une "grenade génétique", est à la fois porteuse d'une charge explosive et d'une goupille de sécurité. Elle contient une toxine qui n'est activée qu'en présence d'une molécule spécifique de la bactérie ciblée. Un mécanisme qui permet de tuer les bactéries responsables de maladies sans s'attaquer aux bonnes bactéries de la flore intestinale, contrairement à ce que font les antibiotiques. Cette "bombe" est délivrée grâce à un mécanisme propre aux bactéries, qui s'échangent des gènes via un processus appelé "conjugaison".

Pour développer cet outil, les chercheurs ont mené leurs expériences sur Vibrio cholerae, une bactérie marine qui a pour hôtes naturels certains poissons et crustacés. Ils ont réussi à la tuer chez le poisson zèbre et des larves de crustacés. Chez l'homme, cette bactérie est responsable du choléra. "De plus, les vibrios regroupent un grand nombre d'espèces pathogènes pour l'homme (V. parahaemolyticus, V. vulnificus), mais aussi pour les animaux aquatiques, poissons, huîtres, crevettes, pour lesquels on pourrait appliquer facilement notre approche", assure à l'AFP Didier Mazel, chercheur à l’Institut Pasteur. 

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L'outil, pour lequel une demande de brevet a été déposée, pourra par la suite s'adapter pour s'attaquer à d'autres types de bactéries résistantes.

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