Une contraception sans hormones ni effets secondaires sur les rails

Bien-être

PROGRÈS - Une révolution serait-elle en marche dans l'univers de la contraception ? Un laboratoire américain annonce être en passe de finaliser une contraception sans hormones ni effet secondaires. Elle pourrait être commercialisée aux États-Unis dès 2020.

Elles l'ont réclamé, ils sont en train de le faire. Depuis le mois d'avril dernier, des centaines de femmes dénoncent sur les réseaux sociaux les effets secondaires de leur moyen de contraception sous le hashtag #PayeTaContraception. Ce mouvement a été initié par Sabrina Debusquat, journaliste auteure de l'essai "J'arrête la pilule" (éditions J'ai Lu) et à l'origine d'une tribune parue le 2 avril dans Libération, "Marre de souffrir pour notre contraception !". Co-signée par la militante féministe Marie-Hélène Lahaye et l'illustratrice Diglee, elle réclamait une concertation nationale autour de la contraception pour développer des alternatives sans hormones de synthèses ni effets secondaires. Quelques semaines plus tard, une pétition* adressée à Marlène Schiappa et Agnès Buzyn venait appuyer ce texte. Elle a déjà recueilli plus de 25.000 signatures.

Si la démarche n'est pas initiée par des chercheurs français, elle souffle tout de même un vent d'espoir. Le laboratoire américain Evofem a annoncé de nouvelles avancées dans le développement d'Amphora, un nouveau moyen de contraception sans hormones ni effet secondaires.

Un taux d'efficacité de 86%

Sous forme de gel, le dispositif est applicable dans le vagin au moins une heure avant un rapport sexuel. Capable de réguler le PH de la flore vaginale, il assure un effet contraceptif. Après un rapport sexuel, le vagin voit en effet son PH augmenter naturellement pour créer un environnement favorable aux spermatozoïdes. En maintenant le PH entre 3,5 et 4,5, le gel crée une situation hostile pour ces derniers, qui ne fécondent alors pas les ovaires. Évalué sur 1.400 femmes âgées de 18 à 35, Amphora aurait montré un taux d'efficacité de 86%. C'est 85% pour le préservatif masculin, et 91% pour la pilule selon le site choisirisacontraception.fr.

D'après le laboratoire, ce type de contraception "à la demande", c'est-à-dire qui ne nécessite pas d'être prise quotidiennement, avec un très faible taux d'effets secondaires (1%), a amélioré la perception qu'avaient les participantes de leur vie sexuelle. Au travers d'un questionnaire, 45% des femmes ont indiqué avoir constaté avoir une vie sexuelle "un peu" ou "beaucoup" plus épanouie qu'auparavant. "Pour la première fois, nous n'étudions pas seulement les bénéfices cliniques d'une méthode de contraception. Nous sommes aussi à l'écoute des besoins des femmes au travers de leur vie reproductive et sexuelle", se targue dans un communiqué Saundra Pelletier, membre de la direction du laboratoire. 

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Une efficacité également à l'étude contre certaines IST

Le PH induit par le gel serait aussi efficace contre certaines maladies sexuellement transmissibles, comme les infections à chlamydia et gonorrhée. En 2016, 267.000 personnes ont été diagnostiquées pour une infection à chlamydia en France. Des chiffres en constante augmentation. Si l'infection est dans la moitié des cas asymptomatique, elle peut néanmoins, si elle n'est pas détectée, provoquer de graves complications (stérilité, grossesse extra-utérine et une atteinte du nouveau-né chez la femme, épididymite et prostatite chez l'homme). "Amphora pourrait être la première innovation à s'attaquer à la chlamydia, réduisant les impacts négatifs sur la fertilité associés à cette IST croissante", se réjouit Saundra Pelletier.

Selon les chiffres de l’Institut de veille sanitaire, les cas de gonorrhée, eux, ont augmenté de 100% chez les hommes homosexuels ou bisexuels, de 32% chez les femmes hétérosexuelles et de 8% chez les hommes hétérosexuels entre 2013 et 2015 en France. Cette infection peut entraîner des brûlures urinaires, des écoulements génitaux ou rectaux et, si elle n'est pas traitement à temps, un risque de maladie inflammatoire pelvienne, de grossesse extra-utérine et de stérilité, ainsi qu’un risque accru d’infection par le VIH chez la femme. L'homme risque lui aussi la stérilité.

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Si Evofem obtient l'autorisation des autorités de santé américaines, Amphora pourrait être commercialisé aux États-Unis dès 2020. Ses effets protecteurs contre certaines IST devraient quant à eux être confirmés, ou non, en novembre 2019, à la fin de la phase 2b de l'essai clinique. 

* Pour accéder à la pétition "Marre de souffrir pour notre contraception !", cliquez ici.

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