Urgences : pourquoi les médecins bataillent avec les pompiers pour que le 113 soit le numéro unique de santé

Urgences : pourquoi les médecins bataillent avec les pompiers pour que le 113 soit le numéro unique de santé
Bien-être

INTERVIEW - Le 15, le 18, le 112... Pour contacter les urgences sans se demander qui appeler, le gouvernement réfléchit à mettre en place un numéro unique. Les médecins urgentistes proposent le 113 pour tous les problèmes de santé, tandis que le 112 serait associé aux incendies et à la sécurité. Mais les pompiers ne veulent pas de cette dissociation. La présidente de la Société française de médecine d’urgence nous éclaire sur ce débat.

Dans quelques mois, appeler le 15, le 17 ou le 18 pour contacter les urgences pourrait être un lointain souvenir. Le gouvernement souhaite en effet mettre en place un principe de numéro unique pour toutes les urgences. Mais pompiers et services d’urgence s’opposent sur la méthode : les premiers souhaitent conserver le 112 (aujourd'hui méconnu mais valable dans toute l'Europe) comme seul numéro des services de secours, au nom de la simplification, tandis que les urgentiste estiment qu’il faut créer le 113 pour les urgences de santé, et conserver le 112 pour les incendies et les questions de sécurité.

Pourquoi se dirige-t-on vers un numéro unique pour les urgences ? Qui répondra aux appels ? Pourquoi les urgentistes s’opposent-ils aux pompiers ? LCI a posé ces questions au Dr Agnès Ricard-Hibon, présidente de la Société française de médecine d’urgence (SFMU).

LCI : Quel serait l’intérêt d’avoir un numéro d'urgence de santé unique, le 113, comme vous le proposez ?

Agnès Ricard-Hibon : Il s'agit d’offrir à la population une meilleure lisibilité. Quand les gens auront un problème de santé, ils n’auront qu’un seul numéro, le 113. Ensuite, il y aura une diversité de réponses en fonction des cas. S’il s’agit d’une urgence vitale, elle sera gérée par la médecine d’urgence. Sinon, elle le sera par la médecine générale. Mais le numéro appelé sera identique.

Le 113 ne concernera que les problèmes de santé. Pour les incendies ou les problèmes de sécurité, ce sera le 112- Dr Agnès Ricard-Hibon, présidente de la SFMU

Pourquoi n'y aurait-il pas un seul numéro pour toutes les types de secours ?

Le 112 doit concerner les appels aux pompiers et à la police lorsqu’il y a un incendie ou un problème de sécurité. Et le 113 les problèmes de santé, avec des professionnels du secteur au bout du fil : les premiers mots spontanés des patients étant très importants dans la qualification de l’appel, il ne faut pas multiplier les intermédiaires. En fonction de la gravité estimée, l’appel pourra être dirigé vers un médecin urgentiste ou vers un médecin généraliste, dans une coopération étroite entre la médecine d’urgence et la médecine générale.

Les pompiers, eux, s'opposent à cette dissociation...

Nous ne sommes pas d'accord avec eux pour plusieurs raisons. D’abord, le 112 est une perte d’expertise et d’information, car c’est un décroché polyvalent qui n’est pas centré sur la santé. Il pourrait y avoir une difficulté pour interpréter les symptômes, ce qui peut aboutir à une perte d’information. C’est aussi le risque d’une augmentation exponentielle d’envois de pompiers non justifiés. Avec le principe de précaution, dès qu’il y a le moindre doute, les pompiers sont envoyés et vont aux urgences, alors qu'elles sont déjà surchargées. Les professionnels de santé ont, eux, la capacité d’analyser le besoin.

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Qui serait au bout du fil du 113 ?

Il y aura toujours un assistant de régulation médicale. Son rôle est de décrocher en premier, prendre les données de géolocalisation, poser quelques questions pour estimer le degré d’urgence et déterminer si cela relève de la médecine d’urgence ou de la médecine générale. Il y aura aussi un médecin, pour évaluer le besoin de santé et prescrire la réponse médicale la plus adaptée : service d’urgence, ambulance de réanimation, consultation d’un médecin de ville, prescription téléphonique dans une pharmacie, simple conseil médical...

Si une personne appelait le 112 pour un problème de santé, serait-elle redirigée vers le 113 ?

Il y aura une interconnexion entre le 112 et le 113. Si nous avons besoin des pompiers, parce qu’il y a un accident de la route ou un arrêt cardiaque, nous les enverrons. Nous avons demandé au gouvernement de lancer de vraies campagnes d’information pour le bon usage des numéros d’urgence. La population doit avoir une information claire pour éviter ces errances de numéros et cette perte de temps.

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Le 15, le 17 et le 18 ont vocation à être supprimés- Dr Agnès Ricard-Hibon, présidente de la SFMU

Le gouvernement doit trancher entre votre proposition et celle des pompiers. Quand rendra-t-il son arbitrage ?

Le gouvernement est un peu occupé par le coronavirus, ce qui a décalé l’arbitrage. Mais il est imminent, puisque l’objectif est que ce dispositif soit mis en place au printemps.

Pourquoi avoir choisi le numéro 113 ? Simplement parce qu’il suit le 112 ?

Cela peut être ça... De plus en plus, les numéros d’urgence européens et outre-Atlantique sont à trois chiffres, et le 115 est déjà pris par l’urgence sociale. On aurait aussi pu garder le 15, mais un certain nombre de personnes n’osent pas l'appeler, pensant que c’est un numéro réservé à l’urgence vitale. Or, il faut que ce soit un numéro qui ne soit pas lié qu’à l’urgence vitale.

Que deviendront les numéros d’urgence actuels, tels que le 15, le 17 ou le 18 ?

L’objectif est de simplifier, de ne plus avoir 14 numéros d’urgence qui font que les gens se trompent. Le 15, le 17 et le 18 ont vocation à être supprimés pour n’avoir plus que le 112 et le 113.

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