Vacciner les garçons contre le Papillomavirus humain, "une nécessité" pour l'Académie de médecine

Bien-être

POSITION - En France, seules 20% des filles sont vaccinées contre les infections à papillomavirus humains (HPV). Face à ce taux, le plus bas d'Europe, l'Académie nationale de médecine estime dans un rapport publié lundi que la vaccination des garçons est "une nécessité" pour éliminer les cancers du col de l'utérus et éviter ceux de la gorge et de l'anus.

Depuis 2007, la vaccination contre les infections à papillomavirus humains (HPV) est recommandée et remboursée, en France, pour toutes les jeunes filles de 11 à 14 ans et entre 15 et 19 ans en cas de rattrapage. Elle est également préconisée jusqu'à l'âge de 26 ans chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes et chez des patients immunodéprimés. Ces virus sexuellement transmissibles sont responsables chaque année de 4.200 nouveaux cancers anaux-génitaux (col de l'utérus, vagin, vulve, anus) et de 1.450 cancers ORL (gorge, bouche).

Si l'administration du vaccin permet de se protéger contre la quasi-totalité de ces virus, la vaccination des filles est aujourd'hui  "inférieure à 20%", ce qui en fait "la plus basse d'Europe", déplore dans un rapport publié lundi l'Académie nationale de médecine. Dans ce document, elle se prononce pour la vaccination des garçons de 11 à 14 ans, estimant que cela "est une nécessité" pour éliminer les cancers du col de l'utérus et éviter ceux de la gorge et de l'anus. Certains pays, comme les États-Unis ou l'Australie, procède déjà à cette vaccination universelle.

Une augmentation des cancers ORL et du canal anal due à HPV

En mars dernier, l'Académie s'était déjà exprimée, aux côtés d'une cinquantaine de sociétés savantes et de syndicats médicaux, sur l'importance de vacciner tous les adolescents, quel que soit leur sexe. Dans le rapport publié lundi, elle insiste sur des "aspects supplémentaires" qui motivent d'autant plus sa position. "Nous considérons qu'actuellement, pratiquement 35% des cancers ORL sont liés à HPV, alors que ceux liés aux intoxications alcoolo-tabagiques sont en train de diminuer", note dans une vidéo le professeur Richard Villet. Ces cancers causés par une infection au papillomavirus ont d'ailleurs une présentation clinique différente de celle de ceux induits par l'alcool ou le tabac. Ils surviennent chez des personnes plus jeunes (entre 35 et 45 ans), dans des milieux socio-économiques plus élevés et sont généralement liés "aux pratiques sexuelles". L'augmentation du nombre de ces cancers est visible depuis les années 70.

"À côté de ces cancers ORL, il y a aussi de plus en plus de cancers du canal anal", poursuit le membre de l'Académie. Ceux-ci ont augmenté de 56% depuis 1990 et 93% sont attribuables à HPV. La plupart du temps (80%) les HPV 16 et 18, couverts par la vaccination, sont responsables.

Un rapport "coût-efficacité" favorable

Pour l'Académie nationale de médecine, la vaccination des garçons présente un rapport "coût-efficacité" favorable, et ce d'autant plus que la vaccination des filles est faible. Contrairement à la Suède, où plus de 80% des filles sont vaccinées, les garçons ne sont, en France, pas indirectement protégés contre les HPV. "Vacciner tous les garçons représenterait de plus une 'non-stigmatisation' du comportement sexuel puisqu’ainsi tous les futurs HSH [hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, ndlr.] seraient protégés avant même le début de leur activité sexuelle", ajoute-t-elle. 

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L'institution estime enfin que l'information sur la vaccination "doit concerner directement les enfants et ne pas se limiter aux parents". Elle réclame "une véritable campagne d'information en milieu scolaire sur ces infections et leur prévention" et la mobilisation des médecins de diverses spécialités.

Saisie l'an dernier par la ministre de la Santé Agnès Buzyn, la Haute Autorité de Santé (HAS) doit prochainement déterminer sa position concernant le bénéfice de la vaccination chez les garçons.

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