Barre du métro, canards de bains, clavier d'ordi... : faut-il vraiment avoir peur des nids à microbes ?

Bien-être

MISE A POINT - Certaines marques font leur commerce de l'éradication des microbes. Mais celles-ci doivent-elles vraiment nous faire trembler ? Geneviève Héry-Arnaud, bactériologue au CHRU de Brest, nous répond.

Canards de bain, torchons, brosses à dents, barres du métro, claviers d'ordinateur, chariots de supermarché, écrans de smartphone ou encore bacs en plastique des aéroports... Les alertes aux nids de bactéries font régulièrement grand bruit. Elles font frissonner, se dresser les poils des bras. Avec dégoût, on découvre que le fond d'un sac à main est "plus sale que la cuvette des WC". D'ailleurs, il en va de même, si l'on compile toutes ces études, pour tous les objets de notre quotidien.

Mais les nids à microbes sont-ils vraiment à fuir comme la peste ? Doit-on s'en épouvanter ? Courir se désinfecter de la tête aux pieds ? Jeter son clavier par la fenêtre ou le passer à la machine à laver ? Nous avons demandé son avis à la bactériologue Geneviève Héry-Arnaud, qui officie au CHRU de Brest.

Les bactéries, parties intégrantes de la vie

"Ce n'est pas avec un sac à main qu'on va déclencher de grandes épidémies", lance d'emblée la bactériologue. Selon la spécialiste, cet esprit germophobe que la société est en train de développer la desservirait plus qu'autre chose. Car, contrairement à ce que la croyance populaire laisse entendre, les bactéries ne sont pas forcément mauvaises. "Il y a une confusion entre les quelques bactéries très pathogènes [responsables de maladies, ndlr] et les milliers de bactéries de notre environnement. Ce sont des choses complètement différentes", insiste-t-elle.

Les bactéries font en fait purement et simplement partie intégrante de notre quotidien, de la vie. Elles sont présentes dans le sol, dans l'air, dans l'eau...  L'Homme, lui-même, est composé pour moitié de bactéries.

Il faut apprendre aux gens à vivre avec les microbes.- Geneviève Héry-Arnaud, bactériologue au CHRU de Brest

"Nous sommes en train de développer un esprit germophobe. Or, au lieu de préconiser un univers aseptisé qui, de toute façon, est vain, je pense qu'il faut plutôt apprendre aux gens à vivre avec les microbes", estime la scientifique. D'ailleurs, rappelle-t-elle, l'Homme a toujours vécu au contact de bactéries. Nul besoin, donc, d'en avoir peur, la plupart des bactéries qui nous entourent et nous colonisent étant bénéfiques pour notre santé. "Car à vouloir être trop hygiéniste, nous pouvons même en pâtir", avertit celle qui affirme n'avoir jamais stérilisé les biberons de ses enfants. "Je pense à cette flambée de maladies allergiques que les médecins observent en ce moment, telles que l'asthme. Cette réaction du système immunitaire à l'âge adulte serait peut-être due au fait qu'on n'ait pas eu assez de contact avec le monde bactérien étant plus jeune."

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La bactériologue estime donc qu'en dehors des périodes d'épidémies pendant lesquelles il faut adopter les gestes barrières, les règles élémentaires d'hygiène, que sont par exemple les lavages de mains après avoir été aux toilettes ou avant de passer à table, suffisent largement. "A moins d'être immunodéprimé, il y a globalement zéro risque."

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