Crise du Covid : pourquoi il est si dur de se passer du toucher

Crise du Covid : pourquoi il est si dur de se passer du toucher

EN MANQUE DE CÂLINS - C'est certainement l'un des cinq sens qui nous fait le plus défaut depuis le début de la pandémie : le toucher. Un geste élémentaire dont la distanciation sociale nous prive. Il est pourtant, dans certains cas, vital.

Rassurer, apaiser, réconforter, soutenir, partager, donner... Autant de verbes dont la signification nous semble tout d'un coup étrangère. Car ils sont souvent accompagnés d'un geste élémentaire : le toucher. Ce sens est tellement instinctif qu'on l'avait oublié, jusqu'à ce qu'une pandémie nous rappelle combien il nous manque quand on en est privé. Et vous êtes nombreux à le déplorer, et pour certains, à en souffrir. 

"On s'enferme dans une prison, et c'est contre-humain", diront quelques-uns. Quand d'autres regretteront le temps de la spontanéité : "On est tout le temps dans le contrôle, et à un moment donné, à force de se contrôler, on est un peu moins soi-même". Et c'est encore plus dur quand il nous manque l'essentiel, comme les câlins de ses petits enfants. "C'est terrible parce qu'on perd ses repères. Je leur faisais des gros bisous, bien sûr que ça me manque. Plus personne pour me prendre dans ses bras", déplore ainsi une jeune grand-mère dans le reportage de TF1 en tête de cet article.

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Toucher et être touché

Et que dire quand toucher et être touché fait partie de son métier ? Cette émotion, Thierry Malandain et ses danseurs du centre chorégraphique national de Biarritz ne veulent plus y renoncer. Alors, ils sont testés une fois par semaine. Un protocole sanitaire qui leur permet à nouveau de danser ensemble et d'imaginer aussi les prochaines étreintes d'un futur ballet. Impossible en effet de concevoir de danser sans se toucher. "Si on doit stopper les corps à corps, je préfère arrêter et rentrer à la maison. On ne peut pas renoncer à la vie", souligne ainsi le chorégraphe. "Ce qui est drôle, c'est qu'on se rend compte en en étant privé à quel point le toucher fait partie intégrante de la vie. C'est vital. Un être humain sans toucher, c'est un être humain qui meurt", renchérit une de ses danseuses. 

Une fonction vitale, selon plusieurs études

Toucher est donc bien une fonction vitale, au sens propre du terme. Plusieurs études scientifiques ont par exemple montré que dans le cas de prématurés, le contact peau-à-peau ou méthode kangourou, favorise la maturation du système digestif et du système nerveux. Il a été démontré que ce contact permet à l’enfant de mieux réguler sa température ; d'augmenter sa prise de poids de près de 50% ; d'avoir un sommeil plus réparateur ; de diminuer ses signes de stress et de ressentir moins de douleur lors des interventions médicales.

Par ailleurs, des chercheurs de l'université de Washington ont publié en 2018 une étude qui révèle que le toucher est l'un des piliers du développement intellectuel des enfants. Pour ce faire, ils ont analysé des images de l'activité cérébrale de bébés pendant qu'ils étaient exposés à des vidéos de personnes touchant des choses et lorsqu'ils touchaient eux-mêmes des objets. En ligne de mire, le cortex somatosensoriel des enfants qui se situe au sommet de la tête. Résultat : cette zone est stimulée de façon différente selon la partie du corps touchée et la pression de celui-ci. Par exemple, un contact avec la main envoie un signal plus fort qu'un contact avec le pied. Plus surprenant, la même partie du cerveau est activée que l'enfant soit acteur ou seulement spectateur du toucher. L'intérêt du toucher est donc fondamental dans la sociabilisation de l'enfant et son apprentissage de la vie 

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Le toucher aide aussi les athlètes dans leurs performances sportives. Une étude de l’Université de Berkeley en Californie a ainsi établi un lien entre le nombre de contacts physiques et les performances des équipes de basket-ball de la NBA : les meilleures sont celles dont les membres se touchent le plus et jouent de manière plus coopérative.

Plus encore, lors d'un câlin, notre cerveau se charge d'ocytocine, l'hormone du bien-être. Un anxiolytique naturel qui fait baisser le cortisol, en d'autres termes, le stress. Ainsi, au moment où nous en aurions le plus besoin, nous sommes privés de ces contacts réconfortants. Avec pour conséquence, le repli sur soi-même, note la neuropsychologue Céline Rivière. "Pour certains, ils arrivent à identifier que c'est ce manque de lien, et pour d'autres ils ont du mal à savoir ce qui leur manque le plus. Et dès qu'on parle du toucher, cela leur semble évident, mais ils ne s'étaient pas rendu compte à quel point le fait de ne pas toucher leurs amis, de ne pas être en lien avec eux les rendait malades", explique-t-elle. 

Le toucher est donc bien le Saint Graal des sens. Et ce n'est pas pour rien qu'il est le premier à se développer dans l’utérus et le dernier à disparaître lorsqu’on meurt. 

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