VIDÉO - Cette femme a été sauvée après 6 heures d'arrêt cardiaque : voici ce qu'il s'est passé

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Bien-être

SANTÉ - Une équipe de l’hôpital Vall d'Hebron de Barcelone a pu sauver la vie d’une patiente en arrêt cardiaque depuis six heures. Pour cela, elle a utilisé une machine, baptisée l'Emco. LCI a contacté le Professeur Marc Leone de l'hôpital Nord à Marseille pour en savoir plus sur cette technologie.

Un miracle, ou presque. Une équipe médicale espagnole a annoncé vendredi être parvenue à sauver la vie d'une randonneuse britannique après un arrêt cardiaque de six heures suite à une hypothermie sévère durant une excursion en montagne. Les premières tentatives de réanimation n’ayant pas eu d’effet, la patiente a été héliportée vers l'hôpital Vall d'Hebron de Barcelone. L’établissement possède un système innovant de réanimation déjà utilisé notamment en chirurgie cardiaque. Avec l’aide de cette machine, baptisée l’Ecmo (pour "extracorporeal membrane oxygenation", ou "oxygénation par membrane extra-corporelle" en français), les médecins sont parvenus à réchauffer son sang, puis ont procédé à un électrochoc pour relancer son cœur. Miraculée, la patiente n'a eu pratiquement aucune séquelle à son réveil, a fait savoir l'équipe médicale. LCI a contacté le Professeur Marc Leone, chef du service Anesthésie et réanimation à l’hôpital Nord de Marseille, pour en savoir plus sur cette technologie et son rôle pour la survie de cette patiente.

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LCI : Le cas de cette patiente est décrit comme étant exceptionnel.  Est-ce vraiment une première ?  

Pr Marc Leone : Il faut bien distinguer deux choses : il y a l’arrêt cardiaque et l’arrêt cardiaque dans le cadre de l’hypothermie. C’est complètement différent. La température du corps de la patiente était à 18 °C (contre 37,0 °C habituellement), son cœur a fini par cesser de battre. L’hypothermie a tué le patient mais l’a aussi sauvée de son arrêt cardiaque en la maintenant dans un état proche de celui de l'hibernation chez l'animal. 

Des cas similaires ont déjà été observés en Scandinavie. En 1999, la revue scientifique The Lancet rapportait le cas d’une patiente en Norvège, dont la température du corps était descendue à 13,7 °C. Elle a pu être réanimée neuf heures après son arrêt cardiaque. Un cas similaire avait été décrit antérieurement chez un enfant, dont le corps était à 14,7 °C sauvé plus de 7 heures après son arrêt cardiaque. 

Que se passe-t-il dans l’organisme lorsque l'’on tombe en hypothermie ?

Pr Marc Leone : Avec le froid, le métabolisme ralentit, les organes nécessitent moins de sang et d'oxygène et cela permet au cerveau de se préserver pendant un certain nombre d’heures. Les lésions sont généralement occasionnées quand la température du corps remonte trop brutalement. Dès le XIXe, le médecin et chirurgien militaire Dominique-Jean Larrey décrivait que les blessés de guerre mourraient beaucoup plus rapidement quand ils étaient installés près du feu que ceux qui étaient laissés dans une pièce froide. 

Les lésions sont généralement occasionnées quand la température du corps remonte trop brutalement. - Le Pr Marc Leone

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Dans ce cas précis, les médecins ont utilisé une machine pour réchauffer son sang : l’Ecmo. En quoi consiste cette technologie ?

Pr Marc Leone : En France, l’Ecmo est déjà utilisée depuis une dizaine d’années en réanimation. C’est un dérivé de ce qu’on appelle la circulation extracorporelle, une technique utilisée couramment en chirurgie cardiaque qui permet de dévier à l’extérieur du corps la circulation sanguine afin de permettre l’oxygénation du système. L’ECMO en reprend le principe en y incorporant les dernières avancées technologiques, notamment en simplifiant certains procédés.

En clair, on extrait le sang du système circulatoire (soit une veine, soit une artère selon l’objectif, dans ce cas une artère), le réchauffe, l'oxygène puis le réintroduit dans l'organisme dans le système circulatoire (via une veine). Ce type d’assistance permet un réchauffement très progressif. C'est probablement ce qui a permis à cette randonneuse britannique de se réveiller sans la moindre séquelle, notamment neurologique. Néanmoins, en dehors de cas de ce type, son efficacité n'est toujours pas clairement démontrée, même si son utilisation est assez répandue. 

Est-ce qu'on pourrait l'utiliser dans d'autres cas de figure et plus largement ? 

L'Ecmo est arrivée en France il y a une dizaine d'années lors des grandes épidémies de grippe. On l'utilisait notamment pour assister les patients atteints d'un syndrome de détresse respiratoire aigu, dans le but d'oxygéner les poumons lorsqu'ils ne sont plus en état de fonctionner. Les chirurgiens s'en servent également dans les cas de défaillances cardiaques. Lorsqu'une personne est en attente d'une greffe, par exemple. Mais, en raison de ses contraintes, son utilisation en ambulatoire à l'instar d'un défibrillateur, n'est pas envisageable.

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