Le tabagisme tertiaire, ce poison insidieux et méconnu que les fumeurs laissent derrière eux

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ATTENTION DANGER - Sans même le vouloir et avec toutes les précautions du monde, il nous est impossible d'y échapper : la fumée tertiaire, soit les particules issues du tabac qui restent en suspension dans l'air et en adhérence sur les matières rugueuses. Or, les études publiées à ce jour sur le sujet montrent qu'elle serait nocive pour notre santé. Le professeur Daniel Thomas, de la Société francophone de tabacologie, nous explique.

C'est une source de pollution méconnue, à laquelle nous sommes pourtant quasiment tous exposés. Dans son hors-série de mai-juin 2019 sur les polluants intérieurs, le magazine 60 millions de consommateurs évoque la problématique de la fumée tertiaire. Soit les particules fines issues de la fumée du tabac qui peuvent rester en suspension dans l’air ou "se déposer en couche sur toutes les surfaces : moquettes, meubles, rideaux, cheveux, vêtements..."


 "Nous avons évoqué ce sujet car il est effectivement mal connu du grand public", nous explique l'auteure de l'article, Frédérique Boursicot. "C’est un tabagisme insidieux puisqu’il est invisible. On sait par exemple que dans la voiture d’un fumeur, la concentration des particules issues du tabac sur les sièges arrière est dix fois plus élevée que dans celle d’un non-fumeur." Ces particules pourraient ensuite persister pendant des années, et ce même si l'odeur a disparu.

Une réaction chimique aux propriétés cancérigènes

Interrogé sur le sujet par LCI, le porte-parole de la Société francophone de tabacologie, le professeur Daniel Thomas, connaît bien le sujet. "Lorsque vous entrez dans une pièce où persiste une odeur de tabac, sans qu'il y ait de fumeur ou de fumée, il s'agit de tabagisme tertiaire, dans le sens où vous inhalez ce que vous sentez : des particules qui restent en suspension", explique-t-il. Une étude de l’université Drexel de Philadelphie (États-Unis), citée par le hors-série de 60 millions de consommateurs, montrait ainsi en mars dernier que 29% des particules présentes dans une salle de classe comportaient des éléments chimiques issus du tabac grâce à leur adhérence à la peau, aux cheveux, aux vêtements, ou en circulant tout simplement via le système d'aération.


"Ces particules vont imprégner les tissus et les matériaux et réagir avec leurs constituants chimiques, déroule Daniel Thomas. Il va entre autres y avoir une réaction avec les acides nitreux, un composé chimique dans l’air ambiant qui n’est pas lui-même nocif mais qui, conjugué avec les particules de fumée de cigarette, va former des nitrosamines, des composés cancérigènes que respire à pleins poumons le fumeur actif." D'après Hugo Destaillats, chercheur au laboratoire Lawrence Berkeley (Californie) qui a mené une étude sur le sujet en 2010, il s'agirait même de l'un des cancérigènes les plus dangereux liés au tabac.

Les dépôts de particules de fumée de cigarettes sont d'autant plus importantes dans des espaces sont confinés et sur les matériaux rugueux. Une moquette, un tapis ou un canapé vont donc bien plus s’imprégner qu'une toile cirée ou du carrelage. Un danger potentiel pour les adultes, mais surtout pour les enfants qui se déplacent à quatre pattes par terre ou mettent les mains à la bouche, et dont l'organisme est encore fragile. Selon le site Québec sans tabac, les enfants qui rampent au sol absorbent ainsi "vingt fois plus de fumée tertiaire que les adultes".

Des effets nocifs observés chez les souris

"Le tabagisme tertiaire est étudié depuis longtemps. Il y a des études, faites sur des souris exposées aux particules du tabagisme tertiaire, qui ont montré des modifications cellulaires susceptibles d'évoluer en cancer", indique le professeur Daniel Thomas. Une étude réalisée par des chercheurs de l'Université de la Californie à Riverside démontrait en 2014 des dommages au foie et aux poumons, ainsi que des signes d'hyperactivité et une plus grande difficulté à cicatriser chez les souris. "Le problème, c’est que l’on n’a pour l’instant pas d’étude épidémiologique qui permette de dire de façon formelle que les personnes exposées à ces environnements présentent un risque significatif accru de cancer ou de maladie cardiovasculaire", poursuit notre interlocuteur.


Pour l'heure cependant, impossible d'évaluer le nombre de morts que pourrait causer chaque année ce tabagisme tertiaire. "Nous savons que le tabagisme actif est extrêmement toxique et tue chaque année 73.000 personnes en France. Le tabagisme passif, également très nuisible, provoquait à l'époque où fumer dans les lieux publics n'était pas interdit près de 2.000 décès par an. Le tabagisme tertiaire est si imperceptible qu'il est pour l'instant compliqué de connaître ses répercutions."

Des précautions s'imposent

En l'absence d'étude concrète et solide sur l'être humain, le membre de la Société francophone de tabacologie conseille de "faire preuve de bon sens" en prenant des mesures de protection. Il préconise donc de ne pas fumer dans un espace clos, même si la fenêtre est ouverte. "Lorsqu'une fenêtre est ouverte, l'air entre et avec lui la fumée. Il vaut mieux aller fumer sur le trottoir." Laver ses vêtements, sur lesquels s'accrochent aussi les particules de fumées, est aussi important pour ne pas exposer les enfants que l'on serrerait dans ses bras, par exemple. "Dans le cas de vêtements imprégnés, un bébé va forcément respirer quelques-unes de ces particules", souligne le professeur, qui en vient à la conclusion que la meilleure façon de protéger ses proches, mais aussi soi-même, est d'arrêter de fumer. 

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