Faut-il avoir peur de la bactérie "mangeuse de chair" ?

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BACTÉRIE - C'est un type de faits divers qui se multiplie dans la presse internationale : de nombreuses personnes, jeunes comme âgées, sont infectées par la bactérie "mangeuse de chair", ou fasciite nécrosante. LCI fait le point sur cette pathologie bien souvent mortelle, qui fait aussi des victimes en France, avec la professeure Claire Poyart, responsable du pôle de biologie de l’hôpital Cochin.

Elle est à chaque fois décrite comme une affection rare. Pourtant, depuis plusieurs mois, les cas de fasciite nécrosante, ou bactérie "mangeuse de chair", semblent se multiplier. A Noël ainsi, une Canadienne de 30 ans, dont la moitié du visage avait subitement enflé, a dû se faire hospitaliser d'urgence après avoir été infectée par cette bactérie. Les partie touchées ont dues être ôtées et remplacées par une greffe de peau prélevée sur sa cuisse. Un mois plus tôt, une adolescente canadienne était aussi prise en charge alors que son visage se faisait littéralement dévorer. Si cette bactérie semble particulièrement apprécier les Canadiens, ils ne sont pourtant pas seuls à subir ses foudres. Des milliers en sont victimes chaque année dans le monde.


Mais qu'est-ce que cette horrible bactérie ?  Doit-on la craindre en France ? LCI a posé la question à la professeure Claire Poyart, responsable du Centre national des streptocoques, à l'hôpital Cochin (APHP).

Des cas aussi répertoriés dans l'Hexagone

Si les fascites nécrosantes font beaucoup parler d'elles à l'étranger, elles font aussi des victimes en France, loin de toute couverture médiatique. D'après Claire Poyart, "200 personnes en moyenne en sont victimes chaque année". Ces infections se manifestent par une forte fièvre, des douleurs aiguës  et une enflure rouge et douloureuse qui s’étend rapidement (jusqu'à trois centimètres par heure). La lésion atteint la peau, mais peut s'étendre jusqu'à l'aponévrose, membrane qui enveloppe les muscle, et même au-delà. Mais contrairement à ce que sous-entend son nom, la bactérie "mangeuse de chair" ne dévore pas la peau. Elle produit des toxines qui détruisent les tissus.


"Ça va très vite. En général, ça évolue en quelques heures, nous assure la spécialiste. Sans intervention rapide et traitement antibiotique, ces toxines s'introduisent dans le sang et entraînent les symptômes d’un "choc endotoxinique", soit une chute de la pression artérielle et de la tachycardie. En cas d'apparition des premiers symptômes, inutile, donc, de lambiner pour se rendre à l'hôpital le plus proche. "Cela nécessite des mesures de réanimation et des actes chirurgicaux : soit une greffe de peau, soit de façon beaucoup plus grave, une amputation", assure la professeure. Le taux de mortalité est malgré tout de 30 % environ.

Une bactérie commune en cause

Si ces infections sont rares, elles proviennent pourtant d'une bactérie commune : le streptocoque A. "C’est une bactérie strictement humaine qui loge couramment dans la gorge ou sur la peau", décrit Claire Poyart. Très contagieuse, elle se transmet comme toute maladie infectieuse par la toux, la salive ou encore le contact manuporté. En dehors des infections gravissimes qu'elle peut provoquer, elle est aussi, et surtout, responsable d'infections "tout à fait bénignes comme les angines bactériennes", précise la professeure. Elles représentent plus de 80 % des cas.


Depuis 2010 malgré tout, les cas d'infections graves au streptocoque A, qui peuvent se manifester sous forme de syndrome de choc toxique, de méningite, de septicémie ou encore de fasciite nécrosante, augmentent de façon régulière. Elles représentent aujourd'hui 3 cas pour 100.000 habitants en France, soit environ 2.000 cas par an. Une augmentation à laquelle Claire Poyart dit ne pas avoir, pour l'heure, d'explication.

On ne peut pas expliquer pourquoi quelqu’un fait une angine, et pourquoi une autre développe une infection invasive.Professeur Claire Poyart, responsable du Centre national des streptocoques

"À l'heure actuelle, on ne peut pas expliquer pourquoi quelqu’un fait une angine, et pourquoi une autre développe une infection invasive", assure la responsable du Centre national des streptocoques. "Cela se rapproche un peu du méningocoque, que 20% de la population porte dans sa gorge. Pour une raison ou pour une autre, des sujets feront une méningite et d’autres pas."

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