Mort d'une fillette après une allergie : que contiennent exactement nos dentifrices ?

Bien-être
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COMPOSITION - Fin avril, une petite Américaine est décédée d'une réaction allergique à son dentifrice. LCI décortique les étiquettes pour lever le voile sur ce qu'ils contiennent vraiment.

Fin avril, une petite Américaine est décédée des suites d'une allergie à son dentifrice. Pour faire disparaître des tâches sur son émail, son dentiste lui avait conseillé une nouvelle référence délivrée uniquement sur ordonnance médicale. Heureuse à l'idée d'avoir un dentifrice "spécial", la fillette de 11 ans s'était empressée de l'utiliser. Elle a perdu connaissance peu de temps après, victime d'un choc anaphylactique. Son dentifrice contenait en fait un dérivé d'une protéine présente dans le lait de vache, auquel elle était allergique.


Dévastée, sa mère a expliqué n'avoir pas pensé à vérifier la composition de ce nouveau dentifrice, après l'avoir pourtant fait pendant des années sans jamais trouver aucune trace de protéine de lait. Alors qu'elle s'est désormais donné pour mission de faire prendre conscience aux parents d’enfants allergiques de toujours lire les notices et les listes d'ingrédients, faisons le point sur ce que contiennent vraiment nos dentifrices.

Des agents polissants et désinfectants à scruter avec attention

Dans la majeure partie des cas, le premier ingrédient de la formulation d'un dentifrice n'est autre que l'eau. Viennent ensuite les agents de nettoyage, qui représentent environ le tiers des ingrédients. Leur mission est de polir la surface de la dent afin d’aider à l’élimination de la plaque bactérienne et des colorations. Un dépôt de micro-organismes peut en effet, souligne l'Union française pour la santé bucco-dentaire (UFSBD), se transformer en tartre sous 36 heures. Le carbonate de calcium (Calcium carbonate), le bicarbonate de sodium ou encore la silice hydratée (hydrated silica) font partie des agents de nettoyage les plus utilisés. Ils sont sans danger pour les dents lorsque la taille des particules est infime. Dans les dentifrices blanchissants, ces dernières sont plus épaisses pour une action abrasive plus puissante. L'utilisation trop récurrente de ce type de produit peut donc endommager l’émail. "Il convient de demander conseil à son dentiste en particulier si l’on souffre d’une hypersensibilité dentaire", précise l'UFSBD.


Les antiseptiques, présents en infimes quantités, assurent eux aussi la limitation de la multiplication des bactéries, et donc la formation de la plaque dentaire, mais ont également un effet anti-inflammatoire sur le tissu gingival et la gencive. Le citrate de zinc fait partie de cette catégorie d'ingrédients, tout comme le décrié triclosan. Ce puissant agent antibactérien a été reconnu perturbateur endocrinien puisqu'il agirait "non seulement sur les hormones œstrogènes, mais aussi sur la fonction thyroïdienne", indique l'UFC-Que Choisir. Certains dentifrices en contiennent malgré tout encore.

Si le dentifrice vise à nettoyer, il vise aussi à soigner les dents. Ainsi, la quasi-totalité des dentifrices sont supplémentés en fluor, un minéral reconnu pour son efficacité face l'apparition de caries. Il n'est pas dangereux pour la santé à partir du moment où le dentifrice n'est pas avalé systématiquement par les enfants. Une surdose de fluor risque en effet d'entraîner l'apparition de petites tâches sur les dents qui fragilisent l'émail. Dans la liste des ingrédients, on le retrouve le plus fréquemment sous l’appellation "fluorure de sodium" et "fluorure de potassium". Chez les enfants de moins de 6 ans, son dosage ne doit pas dépasser 500 ppm (50 mg/100 g). Comme le citrate de zinc, il a aussi des propriétés antibactériennes.


Certains dentifrices, comme celui que la petite Américaine a utilisé, contiennent aussi des protéines de lait, appelées "lactoferrine" ou encore "lactoperoxidase", censées aider à combattre l’inflammation et les saignements associés aux problèmes de gencives en réduisant l’accumulation de certaines bactéries dépendantes au fer présentes dans les problèmes gingivaux. 

Gare aux aphtes provoqués par les tensioactifs

Représentant de 1 à 2% des ingrédients d'un dentifrice, les tensioactifs sont chargés de faire mousser le produit afin de faciliter le décollement de la plaque dentaire. L'un des principaux tensioactifs retrouvé dans les dentifrices n'est autre que le sodium laury sulfate, un irritant bien connu des scientifiques susceptible de provoquer des aphtes. Dans la même famille, l’ammonium lauryl sulfate (ALS) ne brille pas non plus par ses effets, pouvant aussi se révéler très irritant. "Seul un rinçage très soigneux peut limiter les dégâts" chez les personnes sensibles, explique l'UFC-Que Choisir avant de noter : "Les industriels devraient au minimum les éliminer des produits pour enfants".


Pour éviter tout désagrément, la meilleure solution est d'opter pour des dentifrices peu moussants ou contenant plutôt des tensioactifs mieux tolérés, comme du sodium lauroyl sarcosinate.

Conserver un dentifrice, une affaire délicate

Dans un dentifrice, les agents humectants représentent 20 à 30% de la formule. Ils ont pour rôle d'empêcher la pâte de se dessécher. Parmi eux, la glycérine (glycerin), le glycérol ou le sorbitol. Aucun de ces produits ne pose de problème, du moment qu'ils ne sont pas avalés en grande quantité. Cela peut auquel cas provoquer des désagréments intestinaux tels que diarrhées ou ballonnements.


Ajoutés dans de menues proportions, les agents de conservation peuvent en revanche bien plus causer soucis. Des dentifrices, dont certains destinés aux enfants, contiennent en effet du butylparaben et du propylparaben, encore autorisés dans les formulations "alors qu’ils sont considérés comme perturbateurs endocriniens", regrette l'UFC-Que Choisir. Le BHA, un antioxydant de synthèse, se retrouve également dans certains dentifrices alors qu'il est classé cancérogène possible par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) et est fortement suspecté d’être perturbateur endocrinien. Le sorbate de potassium (E202) et le citrate de potassium (E332), également utilisés à des fins de conservation, entraînent en revanche moins de risques. Si le premier est inoffensif, le second "peut entraîner des réactions allergiques chez les sujets sensibles aux moisissures", puisqu'il est produit par un champignon mis en culture, note l'UFC-Que Choisir.

Les agents liants, eux, représentent 1 à 2% du produit. Ils permettent de  donner de la consistance et de l’onctuosité à la pâte. On retrouve dans les compositions de la gomme de cellulose (E466) ou des carraghénanes (E407a). Si certaines études ont pu les lier à des problèmes de santé en les testant sur des rats, leur infime proportion dans la composition des dentifrices et le fait qu'ils soient recrachés puis rincés ne fait pas d'eux des éléments indésirables, tout comme les sels de sodium, de potassium et de calcium d'acides gras (E470a).

Arômes, édulcorants et colorants, des ingrédients pas toujours idéaux

Les arômes, les édulcorants et les colorants font partie des ingrédients "bonus" puisqu'ils ne servent ni à laver, ni à conserver le dentifrice. Ils sont néanmoins présents dans toutes les formulations pour apporter un peu d'attrait à ce moment d'hygiène parfois rébarbatif. Les arômes, qui représentent environ 1 à 1,5% des ingrédients, sont souvent présents dans la liste d'ingrédients sous la mention "aroma". Ils ne sont pas considérés comme dangereux pour la santé. Le limonene, une substance présente dans de nombreuses huiles essentielles, également ajoutée pour sa saveur, est en revanche allergène.


En plus de l'arôme, des édulcorants sont ajoutés au dentifrice pour le rendre plus sucré. Contrairement au sucre, ils sont non cariogènes. Il peut s'agir de sodium saccharin, d'isomalt ou de sucralose. Si certaines études suggèrent que la consommation de ces additifs pourrait favoriser la prise de poids, voire perturber la flore intestinale, le fait que ces composants soient recrachés en même temps que le dentifrice ne rend pas leur présence préoccupante.

Les dentifrices contiennent enfin généralement un à deux colorants. Certains, comme le CI 74160 (colorant bleu) ou le dioxyde de titane, aussi appelé CI 77891 (colorant blanc), ne sont pas autorisés dans l'alimentation mais le sont dans les pâtes à dents, n'étant pas censés être ingérés. D'où l'importance de ne pas avaler le produit. 

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